‹ La boîte aux gossesChapitre 4 sur 15 · LA BONTE DU MONDE 'J · texte numérisé non relu

LA BONTE DU MONDE 'J

bien tes potages pendant cette quinzaine, à Pâques nous t'emmènerons où tu voudras...

— Oui, dit le père, imagine n'importe quel trimballement, tout ce que tu trouveras de plus abracadabrant, ma foi ! nous l'accomplirons...

Ninie pâlit, rougit, ne répondit pas tout de suite.

— N'importe quoi? demanda-t-elle, palpitante,

— N'importe quoi ! promirent solennellement les parents, cherche, réfléchis...

Ninie commença par manger le potage servi, puis elle déclara, la voix tremblante :

— J'ai réfléchi... Je voudrais... je voudrais aller dans le métro.

Exclamation du père :

— Voyons ! tu n'y penses pas... il faut rester dans le domaine des souhaits raisonnables...

Mais la mère intervint, sur un ton de regret, dominée par la justice :

— Tant pis ! chose promise, chose due... Tu as dit toi-même : n'importe quelle extravagance.

Le père sembla céder, se résigner. Mais alors cela prit dos proportions : l'on n'avait pas trop

de quinze jours pour se préparer. (Ne fallait-il pas que Ninie savourât les joies, — souvent les meilleures, — des prévisions et des programmes anticipés?)

Il y eut des dissertations interminables, — toujours au moment du potage que Ninie avalait alors machinalement. Quel jour choisir? Le dimanche ou le lundi de Pâques? Et l'heure la plus favorable pour s'embarquer, voilà une question diflicile I Et l'itinéraire? Et comment s'habillerait-on? Car enfin il fallait un costume approprié pour une pareille expédition 1 Et que devrait-on emporter, en cas d'indisposition, en cas de blessure ou de syncope?

Ma foi 1 Ninie (jui avait un peu grandi étrennerait un corsage neuf — et forcément quelque chose d'un genre tennis, bain de mer, villégiature...

Bien entendu, toutes les voisines, du rezde-chaussée au septième, venaient cinq et six fois par jour se renseigner sur l'événement : Scruit-on prêt? Aurait-on beau temps? Quel corsage, mes amis ! Une étoffe anglaise certainement, — nulle part on n'aurait le pareil ù moins de sept ou huit francs !

LA. BONTl';; DU MO^DE H

La date lixéc ! le lundi do Pâques ! Départ à deux heures après midi.

Les parents s'arrangèrent pour éviter toute déception. On alla sans hâte, en prenant le temps, de façon que l'expédition fût considérable, de façon à faire durer, à détacher, à goûter cha- ([uc incident

Chariot donnait le bras à Ninie, à demi tremblante et fiévreuse d'un bonheur inquiet.

Le père et la mère, alternativement, signalaient et faisaient ressortir les détails émotionnants.

— Attention ! iNinio, nous approchons de la station. Sens-tu ? Déjà l'air est plus chaud ?

— Oui, ça me caresse.

— Eh ! eh ! Nous y voilà ! Il est encore temps de renoncer... personne ne recule? en avant!... Le trou est là... Mettons le pied sur la première marche par laquelle on quitte le niveau de Paris.

— Attention ! Ninie I Nous quittons la terre ferme, la rue, les maisons, nous nous enfonçons dans le souterrain.

— Et l'odeur, Ninie?

— Hein ! jamais tu n'avais hume une odeur pareille?

— Et comme la chaleur augmente 1

— Déjà quinze marches ! Soufflons un peu... nous sommes à une belle profondeur... si on tombait de là-haut, on serait fricassé ! déjà on n'entend presque plus les voitures.

— Tu n'étouffes pas, Ninie? Dis-le tout do suite...

— Non, non !

Pour sûr que Ninie n'éprouve aucun malaise ! Au contraire, elle est resplendissante avec son corsage de flanelle à rayures et un béret bleu, un béret al^jiniste, parbleu 1 crânement campé sur l'oreille.

Elle aspire des impressions par tous les sens : le nez en l'air, la bouche ouverte pour l'odeur si rare et si agréable! les joues à droite, à gauche, pour la tiédeur, l'ouïe attentive, les ])ieds tâtant la marclie de pierre ; et son cœur bat, sa poitrine se soulève,son front blanc attrape mille perceptions.

— 10 II route, descendons encore.

Ici i'(»st une première caverne iiiuuense..il y il (It's guichets, on fait la queue.

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