‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 16 sur 59 · BASANES · texte numérisé non relu

BASANES

Basane (TAitLBn unk). — Insulter un supérieur par le geste grossier qui consiste à dessiner de la main, posf'c sur la braguette, une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante.

[Argot militaire.)

Quel nom avait ? N'en avait pas.

Marchez, la belle,

Marchez au pas.

Mais suivant le désir du gas Elle en pigeait un dans le tas.

Marchez, la belle,

Ma ribambelle.

Ainsi toujours on l'appelait D'un nom joli, fût-il très laid.

Lui donnant celui qu'on voulait.

Marchez, la belle.

Mon fourniment est au complet.

De la retraite au point du jour,

Marchez, paillasse,

Marchez, m'amour.

Un chacun n'en prend qu'à son tour, Pas plus colonel que tamhour.

Marchez, paillasse,

Ma ripaillasse.

Moi, j'en prends à mon agrément.

Jean-François Francœur est l'amant De la gamelle au régiment.

Marchez, paillasse.

Rien ne manque à mon fourniment.

Le caporal, d\m air grognon^

Marchez, la pute,

Marchez, mignon.

M'a dit que j'étais un fi gnon.

Sur le nez je lui colle un gnon.

Marchez, la pute.

Ma risquenpute.

Pour tort à son individu Il croit qu'en paîment il m'est dû Douze pruneaux de plomb fondu.

Marchez, la pute.

Mon fourniment crie au perdu.

Paraît que mon cas sent les lieux.

Marchez, la douce,

Marchez, grands yeux.

Le sergent dit que c'est des mieux.

Je taille une basane au vieux.

Marchez, la douce,

Ma si tant douce.

Le chevronné, se gendarmant, Jure qu'un pareil garnement Faut le fusiller doublement.

Marchez, la douce.

l'ai du bren dans mon fourniment.

Le lieutenant s'amène après.

Marchez, la rose.

Marchez, teint frais.

Il dit qu'il fera sans regrets Tenir les douze flingots prêts.

Marchez, la rose,

Bouton de rose.

Le lieutenant n'est qu'un serin lit Je lui taille à son chagrin Lue basane premier grain.

Marchez, la rose.

Mon fourniment brandouille un brin.

Le capitaine est survenu.

Marchez, coquette,

Marchez, sein nu.

Il dit qu'il n'a jamais connu De nom-de-dieu plus mal tenu.

Marchez, coquette.

Ma bistoquette.

Au capitaine, en règlement.

Une basane, et bellement, Large comme un Saint-Sacrement.

Marchez, coquette.

J'ai de ça plein mon fourniment.

Le gros-major! Ses trois galons !

Marchez, la blonde.

Marchez, crins longs.

Les bleus croyaient, en vrais melons, Que j'allais joindre les talons.

Marchez, la blonde.

Ma rousse blonde.

Je les écarte plus encor, Et puisqu'il a triple rang d'or, Triple basane au gros-major !

Marchez, la blonde.

Mon fourniment flasque à l'azor.

Au coloiïel ils se plaindront.

Marchez, la bringue,

Marchez, cul rond.

Voici, pour venger leur affront, Le colonel, aigrette au front.

Marchez, la bringue,

Ma bringue fringue.

Il commande rassemblement.

Mais devant tout le régiment On va bien voir si bougrement.

Marchez, la bringue, J'ai du poil dans mon fourniment.

Au chef des chefs, au grand vainqueur,

Marchez, la chère,

Marchez, mon cœur, Je dis que Jean-François Francœur Ne sera jamais Jean Traqueur.

Marchez, la chère,

Ma chair bien chère.

Afin qu'il en soit convaincu.

Basane à deux mains en écu Pour lui que j'ai tant fait cocu î

Marchez, la chère.

Mon fourniment me pend au cul.

Avant un mois au point du jour, Marchez, la trouille, Marchez, m'amour, On va me fusiller en pour A la muette sans tamhour.

Marchez, la trouille, Ma qu'on patrouille.

Mais la belle a dit : « Un moment « Si vous me tuez mon amant, « Je chai:^e de casernement. »

Marchez, la trouille.

V'ià du bon dans mon fourniment

Ils ont tous ravalé leur fiel.

Marchez, la tendre,

Marchez, mon ciel.

Plus de mouscaille ! C'est du miel !

Tant caporal que colonel.

Marchez, la tendre.

Ma qui fais tendre.

Pour des basanes, sacrebleu.

Doit-on fusiller comme un bleu Jean-François Francœur le bon tleu ?

Marchez, la tendre.

Mon fourniment remonte un peu.

Huit jours plus tard on s'est battu.

Marchez, la brave,

Marcliez pointu.

La baïonnette est ma vertu.

Un porte-drapeau j'ai foutu.

Marchez, la brave,

Ma garce au brave.

D'être le mec du régiment X'empèche pas le sentiment ; Et c'est pourquoi subséquemment,

Marchez, la brave.

J'ai la croix dans mon fourniment.

On est crâne ou on ne l'est pas.

Marchez, la belle.

Marchez au pas.

Aux ennemis aussi là-bas J"ai taillé basane, mes gas î

Marchez, la belle.

Ma ribambelle.

Cochon je suis, mais pas de lait î Cochon de sang ! Le mien coulait.

Et basane à qui ça déplaît !

Marchez, la belle.

Mon fourniment est au complet.

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