‹ La BombardeChapitre 11 sur 62 · L'HOMME AUX GRILLONS · texte numérisé non relu

L'HOMME AUX GRILLONS

L'un allait par les sillons Ouïr chanter les erillons.

L'autre restait au logis Devant ses chenets ronds.

L'un mangeait, seul, en marchant, Le fruit tombé dans le champ.

L'autre, avec ses gens autour, Bùffrait trois repas par jour.

L'un, pour s'endormir, avait Le lit du sol sans chevet.

L'autre pionrait en flemmard Dans le creux chaud d'un plumart.

1/un et l'autre ils ont aimé La petite Brin-de-Mai.

' Viens avec moi, dit le gras, « Tout ce que j"ai, tu l'auras. »

Le maigre dit : « Sache bien

(c Qu'avec moi tu n'auras rien. »

Le gras dit : « Mon lit profond,

<f Dans quel bon somme on s'y fond ! >

Le maigre dit : « On dort moins, (f Mais on rêve, dans les foins. »

Le gras dit : (( Regarde un peu

« Quel grand pot bout sur mon feu. »

Le maigre risposta : (c Oui ;

« Mais pas de grillons chez lui ! »

Brin-de-Mai de-ci de-ça Entre les deux balança.

Car fort bien avait compris De l'un et l'autre le prix.

Avec l'un c'était la paix, La richesse et les respcts.

Avec l'autre, rien de coi!

Mais aussi, je ne sais quoi.

Ce je ne sais quoi pourtant Lui sembla seul important.

Telle, sans plus, sa raison De fuir la belle maison.

Dit : « Comme on doit s'ennuyer !

« Pas de grillons au foyer ! »

Ajouta : « Tout le restant,

« C'est beaucoup; mais est-ce tant?

Dit encor : « S'aimer, joyeux, « Voilà ce qui vaut le mieux. »

Et gaîment, par les chemins Des hasardeux lendemains,

Les yeux pleins de papillons, A suivi lliomme aux erillons.

YIII

Page 1