VERS LA FONTAINE
Sur ma route J*ai rencontré, 1 jrlonfa malurette ré, L'n homme qui m'a dit: « Mon frère, " Si lu le veux, pour te distraire, '■ Mon histoire te conterai, " Lirlonfa maluré.
" Que tu sois un sage juré, (' Lirlonfa malurette ré, « Ou bien un fol, c'est même antienne. « Cette histoire mienne est la tienne.
" Tu feras ce que je ferai, " Lirlonfa maluré.
« Quand le vin de vie est tiré,
« Lirlonfa malurette ré,
« Qu'importe ce qu'on foutimasse
« Pour boire avec ou sans grimace ?
« Bien ou mal, c'est liron-liré, c Lirlonfa maluré.
« Or voici, sois-en assuré, « Lirlonfa malurette ré, « Mon histoire, et la tienne, et celle « De l'existence universelle « Depuis que la vie a viré, « Lirlonfa maluré.
« Depuis que la vie a viré, « Lirlonfa malurette ré, « Elle vire au fil d'une spire « Où tout coule de pire en pire « D'un mouvement accéléré, « Lirlonfa maluré.
« Au monde quand je suis entré,
« Lirlonfa malurette ré,
« Ma chair et mon âme novices
« Étaient déjà fleuris de vices « Dont mes aïeux m'avaient paré, « Lirlonfa maluié.
« Dans le monde ayant admiré, « Lirlonfa malurette ré, « Que chacun se montrait superbe « De ces mêmes vices en gerbe, « J'en ai fait cueillette à mon gré, « Lirlonfa maluré.
(( Quand du monde je sortirai, « Lirlonfa malurette ré, « A mes neveux pour héritage « Je dois en léguer davantage.
« C'est la loi du progrès sacré, « Lirlonfa maluré. »
Tel parla Thomme rencontré, Lirlonfa malurette ré.
Et cependant, vague et lointaine.
Là-bas chantait une fontaine Douce à notre rêve altéré, Lirlonfa maluré.
34i- LA OMBAUDE
Et tous deux d'un pas déluré, Lirlonfa malurette ré, Nous marchions, mouillant nos chemises, Vers la fraîcheur des eaux promises Dont nul n'avait désespéré, Lirlonfa maluré.
LE MARCHAxND DE MORTS
« llan plan, plan, taraUita î « Le marchand de morts est à
« La porte.
« Venez voir, sages et fous, « La marchandise qu'il vous
« Apporte.
« Taratata, ran plan plan I « Jamais il ne laisse en plan
« Personne.
« Tambour voilé, clairon clair, « L'air de la retraite est l'air
« Qu'il sonne.
« Ran plan plan, le tambour noir, « Taratata, Tentonnoir
« De cuivre, « Comme leurs accents sont gais « A tousies gens fatigués
« De vivre î
« Venez tous ! Profitez-en !
« Tous, aussi bien paysan
« Que prince, « Quiconque se sent fourbu « Et veut être un verre bu
« Qu'on rince !
« J'ai des morts pour tous les goûts, « Et pas cher ! Même aux grigous
« J'en case.
« J'en ai gratis pro Deo.
« Venez voir, hého ! hého !
(' L'occase î »
Ran plan plan, taratata !
Ainsi le marchand chanta.
« Qu'il chante ! »
ÉPILOGLES 347
Dirent les gueux. « Grand merci !
« La vie est-elle donc si « Méchante "? »
Mais en revanche tous ceux Dont le destin paresseux
S'écoule A ne rien faire, gavés, Tous ceux-là sont arrivés
En foule.
Tous lamentables et las.
Même, sous leurs falbalas,
Les belles Dont les sourires moqueurs N'ont jamais trouvé de cœurs
Rebelles,
Même les plus gras rentiers Qui passent des jours entiers.
Moroses, A se tourner dans leurs lits Sans y rencontrer des phs
De roses,
Tous ces mangeurs d'ortolans Sont venus, les yeux dolents,
L"air rogue, La Louche en cul de poulet, Traitant leur vie au complet
De drogue.
Oui, leur vie au cours serein, Qui d'or sur or, brin à brin
Est faite, Leur vie où rien ne manquait, Leur vie, éternel banquet
En fête,
Leur vie et toutes ses fleurs, Ils n'y trouvaient que douleurs
Et fièvre, Jugeant qu'elle les trompait Et ne valait pas un pet
De lièvre.
Et chacun d'eux sans remords Criait au marchand de morts :
« Viens vite !
EPILOGUES 3r^
« Fais-moi mourir, bon marchand.
« La mort, que je vais cherchant, « M'évite. »
Le marchand a répondu :
« Chacun aura tôt son dû. »
Puis grave, Il a dit : « D'abord, pourtant, « Qu'en vous mon verbe important
« Se grave.
« Je veux vous faire un sermon « Et vous apprendre comme on
« L'appelle, « Cette mort chère aux vaincus « Qui viendra vous mettre aux cul;
« La pelle.
« On meurt, sûr, puisqu'on est né ; « Mais des morts, des morts, j'en ai
« Séquelle, « Et dans le tas à loisir « Encore doit-on choisir
« Laquelle.
« Or je vous blâme en ceci, « De désirer raccouixi,
« Très vite, « Trop vite, en gloutons, en fous, « L'instant suave où je vous « Invite.
« La douce mort, qui rend coi,
« Vous Faimez. Bien ! Mais pourquoi
« Si brève ?
« Rêvant Tlieure du berger, « Pourquoi ne pas prolonger
« Ce rêve ?
« La mort est un vin de prix.
« Faut-il, sans avoir repris
« Haleine, « Avaler d'un trait bovin « La coupe qui d'un tel vin
« Est pleine ?
« La déguster en Faimant « Xe serait-il pas vraiment « Plus sage.
« Pour écouter la chanson « Lente qu'elle chante en son « Passage ?
« Êtes-vous de mon avis ?
« Certe. Eh bien ! Soyez ravis ;
« Car cette « Exquise mort de gala, « Je vais vous en donner la
« Recette.
« La mort très longue, la mort « Où l'heur de mourir vous mord
« Sans trêve, « La mort douce à vos dégoûts « Et qui boit par petits coups
« Sou rêve,
« La mort dont vous, les gavés, « Las de vivre, vous avez
« Envie, « La mort à chaque moment, « Son nom est tout simplement
(( La vie. »
3o2 LA BO M H AUDE
Et le marchand rigolo