I.es laissant le bec dans l'eau
L'œil morne, Retourne vers les vrais las, Ceux qui ont pour matelas
La borne ;
Ceux dont les crocs hasardeux Ne mangent qu'un jour sur deux
A peine ; Qui jamais, jamais n'ont eu Dun à-panse-que-veux-tu
L'aubaine ;
Ceux dont les amours maudits Font grouiller les noirs taudis
De gosses, Ramastiqueurs de mégots, Malandrins et mendigots
Précoces,
Les va-nu-pieds, meurt-de-faim.
Sans-logis, tous ceux enfin Que serre.
Serrant on ne sait jusqu'où, Par le ventre et par le cou, Misère,
Tous ceux qui devraient bénir Le vieux marchand de finir
Leur vie, Et que pourtant vainement A mourir son boniment
Convie.
Car tous, malgré ses discours, Répondent : « Les jours sont courts,
« Bernique î »
Et pleins d'un amour profond De vivre, à la mort ils fout
La nique.
Le marchand point n'insista, Ran plan plan, taratata,
Lanlaire ; Mais il dit : « Allons-nous-en ! »
D'ailleurs, il n'était pas en
Colère ;
3o4 LA BOMBARDE
Car ce bon vieux qui, joyeux, Avec une flamme aux yeux,
Ravie, Ran-plan-plan-taratatait, Ce marchand de morts, c'était
La Vie.