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LE SAUVEUR

Sur la plaine immense et nue

Pèse la nuit de la nue ;

Nulle étoile n'est venue

Pour guider le peuple errant;

Et de la nouvelle terre

Tous ignorant le mystère,

Le grand désert solitaire,

Si noir, semble encor plus grand,

Au ras des mornes salorges Souffle en haleines de forges Un vent qui râpe les gorges.

De trois jours ou n'a pas bu.

Si râpre soif qui dévorg

ooG LA BOMBARDE

Doit durer la nuit encore, Pour demain avant Taurore C'est la mort de la tribu.

En vain dans l'ombre incertaine A trouver une fontaine Le plus bardi capitaine Bravement s'est engagé ; La plaine afîreuse est couverte De fauves, la gueule ouverte, Et, seul à la découverte, Les fauves l'ont égorgé.

De la dernière chamelle

On a pressé la mamelle,

Ouvert la poche jumelle

Qui lui sert d'outre en chemin ;

De sa mamelle épuisée

Filtra du sang en rosée,

Et l'on eut une nausée

De sa poche en parchemin.

Devant les saintes Images, On offre en vain les hommages D'enfants nus livrés aux mages Pour vivants les écorcher :

EPILOGUES

Aucune source secrète N"a jailli de sa retraite, Mettant sa limpide aigrette Au casque d'or d'un rocher.

Alors, muette et farouche,

Le poing fourré dans la bouche.

Toute- la tribu se couche

Pour mourir de mau-trépas.

Soudain, le poète insigne

Dit : « Mourir, je m'y résigne ;

« Mais je suis comme le cygne ;

« Sans chanter je ne meurs pas! »

Et d'une voix haute et claire.

Plein d'orgueilleuse colère, Il chante le chant stellaire Aux fiers rhythmes radieux, Le chant de l'Homme qui passe En proie à la mort rapace.

Mais qui dans l'aveugle espace En passant sème les Dieux.

Il chante : « 0 belles Étoiles, « 0 chaste Nuit qui les voiles, « Que serez-vous quand nos moelles

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« Dans nos os auront séché ?

« Nous seuls sommes vos prophètes,

« Et dans la gloire et les fêtes.

« Vos divinités sont faites

« Du verbe que j*ai craché.

« C'est dans ma pensée altière « Que vit la Nature entière. ' « J'en serai le cimetière, « Nuit, Étoiles, songez-y I « S'il faut par vous que je meure, « Plus rien de vous ne demeure.

« Avec l'Homme, à la même heure, « Folles, vous mourrez aussi ! "

Et voici, prises d'alarmes

Que les Étoiles en larmes

Au ?ort menaçant leurs charmes,

Par un nuage ont pleuré;

Et, grâce au chanteur sonore,

Le lendemain, à l'aurore,

Marchait et riait encore

Le peuple désaltéré.

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