LE SEPTIÈME SIÈCLE ET AU-DELA
Si, comme nous le croyons, d'Achéry et Mabillon sont des historienssérieux ; Si la Gallia Christiana et la grande Collection des Pertz connue sous le titre de Monumenta Germanie historica méritent quelque créance, il faut admettre Sainte- Anne de Floriac ou de Fleury-sur-Loire, c'est-à. dire l'existence au septième siècle d’une chapelle et d’un monastère de ce nom en Occident, Il est donc attesté par d'Achery, Mabillon et Pertz que “en la cinquième année du règne de Thierry III, appelé aussi Théoderic, c’est-à-dire en ‘675, un vertueux gentilhomme nommé Frérie Fraericus, quoique peu fortuné, fit bâtir eur son pro-
re fonds, à Floriac, de la rivière Indel e, à ouze mille pas de la ville de Rouen, une cha.
pelle dédiée à sainte Anne avec un hospice pour dix pauvres. Quelques années a rès, Fréric vendit ce: hospice et tout le reste de ses biens au due Pépin d'Héristal, maire du palais, à la con:lition que celui-ci éléverait en ce lieu un monsstére et y établirait une colonie de moines, Pépin, en effet de concert avec sou épouse Plectrade, construisit le monastère, et comm’ ar le gouverner l'abbé Baine, du couvent de . nt- Wandrille à Fontenelles (sur-Seine) avec cette clause, que uprès son décès, les moines n'auraient pour ubbés que des moines de ce même monastre, Ces lettres furent délivrées la onzième année du roi Childebert (704) Préserts : outre Pepin et lleetrude, leurs fils Drogon et Grimoald, ainsi que plusieurs autres.
Cette chapelle de Fleury n'était pas la seule qu'il y eñt en France à cette époque, et l'on se ranpel'e peut-être ici ces extraits du poème de Lez-Breiz, où le chevalier se montre si affectueux pour ln patronne de la Bretagne, “ la bonne sainte Aune d'Arinor.”
Le temps à détruit tous les documents historisues d'où sans doute est née la tradition locale rulitive À catte antique chapelle, mais il y a au moins cette tradition locale elle-même si universellement acceptée en Bretagne, et si bien enracinée «aus les âmes qu'elle peut remplucer l’histoire ; :! y à quelques monuments d'architecture qui dateut de ces temps reculés et qui plaident en sx faveur; il y a surtout la révélation faite par sainte Anne elle-même au bon Nicoluzie, et à laquelle tout un monde a cru depuis bientôt trois siècles. Nous allons brièvement la racon-ter,
En 1622, Yves Nicoluzic tenait la ferme du Bocenno appartenant à la famille de Kerloguen.
Il aimait tendrement sainte Anne, et elle-même le lui rendait bien, comme on va lui opperet en effet à plusieurs repriss, les Premières fois sans se faire exactement connattre, mais enfin en se révélant tout à fait,
Sainte Anne apparaissant À Nicolaszio,
Ce jeu charmant avait duré deux années, En 1624, dans la nuit du 25 au 26 juillet, Nicolazic
0. Et avant qu'il ait pu répondre, apparaît, toute resplendissante, une
le voir, Elle
Dame d'un as majestueux, mais aussi d'une aimable bonté, qui lui dit dans la langue du pa .
* Yves Nicolasie, ne crains Je suis Celle En tu t plais à invoquer, nne, la mère de
arie. ‘: dire à ton Pasteur que, au milieu du cham] appelé la Bocenno, il y avait autrefois une chapelle :élèbre, la première qu’on ait élevée en mon honneur. Voilà aujourd’hui xeur CENT QUATRE-VINGT QUATRE ANS u'elle a été détruite, et je désire qu'elle soit rebâtie par tes cr ar Dieu veut que mon nom y soit encore v ”
été fondée. D'après une rares très répandue, Vannes au septième siècle, et il semble en effet ue, Le un village voisin du nno, la Bre ait voulu ps pur de l'antique Pélerinage le ui qui l'avait établi,
Cette opinion d’ailleurs est-elle invraisemblable? A l'époque dont il s’ it, il y avait longtemps déjà que la croix de ésus-Christ avait couronné les grandes pierres druidiques ; que saint Clair, saint Paterne et d'autres généreux missionnaires avaient cultivé le sol rude mais
fécond de la vieille Armorique ; qne les églises se remplissaient de fidèles, et que de pieux pèlerins, faisant voile de la côte voisine, s’en allaient là-bas visiter les Lieux Saints. Or, nous l’avons dit, aux sixième et septième siècles, le culte de sainte Anne était en pleine splendeur à Jérusalem et dans tout l'Orient. Son sanctuaire de Jérusalem voyait s’accompl:r des prodiges, et des foules y accouraient pour en demander sans cesse de nouveaux.
Quoi de plus naturel pour ces pieux voyageurs d'Occident que d'être émus de ce spectacle, et à leur retour, d'implanter dans leur pays une si douge dévotion ? Qui a dit cette parole
leine de sens : “Je sais pas mais je l'affirme ?” ne ici, nous ne savons riea de science certaine, acquise par l'étude ou quelque précieuse découverte, mais comme nous sommes tenté d'affirmer quand même et nous dirions, d'autant mieux !
Quoi qu'il en soit de la fondation de la chapelle, ct de sa date exacte, et de son auteur, elle avait existé avant le huit ème siècle, puisque, à cette époque, au témoignage 1 êr.e de la Sainte, elle fut détruite. Par qui? Sans doute par l'une cu l’autre de ces horles dévastatrices qui ont si souvent inondé et ravagé l'ancienne France. Mais si lu chapelle dixp:rut, le now même du village — Ker-Anua, village d'Anne qui resta, et d'antiques traditions, transmises d'âge en d'âze, contribuèrent à conserver le souvenir de son passé.
Telle est, du moins en partie et en substance, la légende bretonne, si on ne nous permet pas de l'appeler uue page d'histoire. Histoire ou légende, nous n'avons pas besoin, pour y croire
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de voir de-nos yeux, comme le Père Hughes de Saint-François, un ancien pèlerin d'Auray, ces “briques et carreaux fort épais avec du verre de vitre et autres matériaux tirés des murailles de la vieille chapelle et qui à peu près sûrement une construction gallo-romaine ; ”
l'on veut, que la Sainte s’est montrée le 25 juillet 1624 au bon N icolazie, comme le bon N icolazic et toute la France de ce temps-là nous l’affirment, et qu'elle lui'a demandé une église pour remplacer sa tant vieille chapelle depuis si longtem démolie. Cette église, c'est aujourd’hui la super basilique de Sainte-Anne d'Auray.
Nous avons dit: Le septième siècle et au-delà, Remercions d'abord saint Ildefonse de Tolède et son successeur Elipand pour ce qu'ils ont écrit de notre Sainte et voyons si, vraiment, il ya un au-delà !
Si nous nous contentions de peut-être, il y aurait peut-être en effet au-delà quelques hymnes de la liturgie Mozarabique et nos manuscrits traitent longuement de cette question, mais nous sacrifierons cette étude, au bénéfice d’autres faits bien peu nombreux maintenant, on le-conçoit, mais mieux établis.
tout premiers siècles de l'Eglise latine connaissaient la légende des parents de Marie et ROUS pouvons nous demander qui la leur avait
= pen Sans doute, l'un ou l’autre de ces évangi es populaires qui avaient cours alors en Occiené, et qui s'appelaient, tantôt l'Histoire de La Naissance de Marie et de l'Enfance du Sauveur, tantôt l'Evangile de la Nativité de M-rie, deag intitulé le Pseudo-Matthieu, tantôt sacore e Protévangile de Jacques. Ceux qui possèdent notre premier volume de Madame Suaincte Anne savent en quelle vénération les Pères de l'Eglise eux-mêmes ont tenu ces ouvrages, au moins pour tout ce qu'ils racontent de notre Sainte, puis les citent à l’envi dans leurs discours ou leurs écrits.
Or, si en Occident le Christianisme n'avait ds poussé tout d'abord des racines aussi profones qu'en Orient ; si la foi n'était pas aussi simple ni aussi naïve; si ce que nous pouvons appeler l'éme du peuple était plus calme, plus pratique nous dirions, en tout cas moins ouverte aux pieuses et poétiques légendes; si enfin, et par conséquent, les écrits dont nous parions n'eurent chez les Latins le même succès que chez les Grecs, M. Variot admet cependant qu'ils étaient connus chez eux “ bien avant la fin du uatrième siècle.” Il À cn sans doute de la masse du peuple, car il y a des preuves que les plus instruits, et parmi eux d’abord, quelques-uns des Pères les plus anciens de l'Eglise latine les avaient lus et s'en souvenaient. Tertullien par exemple “ a entendu dire ”—et c'est certainement par eux —que Zacharie avait laissé sur le parvis du temple les traces ineffaçables de son | (perennes maculas). Origène témoigne que le Livre de
Jacques en particulier, était très répandu de son is et il l rapproche d'un autre que son titre seul rendait popu
ire à Bome: l'Evangile de
106 LR CULTE DE SAINTE ANNR
Coinme préambule à ce volume nous avons traduit, en les fusionnant ensemble, trois des légendes primitives de notre Sainte, et qui croira, que réellement belles et touchantes Cowume elles souf, elies n’ont pas su inspirer un peu de piété aux fidèles de Rome et de l'Eglise latine? Si tuême après dix-huit siècles, elles Peuvent toucher des âmes, et elles ont dû toucher la vôtre, ami lecteur, comruent n'y auraient-elles pas réussi, quanil elles étaient toutes fraiches écloses et que d'ailleurs le Christianisme tenait encore de si près à ses origines ? Voyez, c'est toujours : “Je ne sais pas, mais je l'affirme.”
Nous sommes au second siècle de l'ère chrétienne, mais nous avons mis en titre à cet article : “ Le plus loin possille” Estil en effet possible d'aller plus loin ? :
Ici se présente la première partie de la Légene Aptésienne, celle q'i nous raconte la translation des r-liques de sainte Anne en Provence au to’. jremier siècle
Notre premier volume de Madame Saincte Anne la contient en entier, et même deux fois, d'ahord au chapitre IX, et ensuite à l'article de la Poésie. Il nous suffira de la résumer très brièvement, en commençant par cette question :
* Si aujourd’hui on croit, à peu près uviversellement, que sainte Marit-Madeleise est venue en Provence avec Marthe, L'zare, Trophime et
Maximin, est-il si difficile de croire égalem: nt qu’elle emporta avec elle les restes de sainte Anne ?”
Elle est toute simple, toute naturelle, tonte nécessa're, cette supposition, nous dirivns cette
Statue de sainte Marie Madeleine à Marseiiles.
conclusion, étant donné que le fait lui-même l'était et s’imposait aux amis du Sauveur, aux amis par conséquent de sainte Anne. :
On sait le culte que renlaient aux morts les
Premiers. chrétiens, et qui le leur avait ins iré, sinon les premiers disciples même de J us- Christ ? E alors Marie Madeleine, la de chrétienne, puisque ce nom vient du Christ, au-
On, ce n'est pes possible. Avant de se con-
à mer et de venir aborder aux
côtes de France “ Ja doulce,” la famille de Bé.
ie recueillera des lles de ‘a terre du
Calvaire encore imprégnées du sang de la ré-
demption, quelques y tements de la sainte
68 restes mortels de saints Anne à laquelle quelques-uns des fugitifs sont unis par des liens de parenté,
Quand, après l’arrivée en Provence, le temps sera venu pour eux de ge séparer, ils se partaront ces reliques, derniers et chers souvenirs
U pays natal, et Lazare emportera celles de notre Sainte à Marseille où il va fonder son siège épiscopal. En i frère de Marthe et de Marie, a été le premier évêque de Marseille, c’est donc— qu'on nous par-
amené ses saintes Sœurs, et elles-mêmes pour-
quoi n'auraient-elles Pas apporté avec elles quelques souvenirs et au moins les plus chers à ?
Seulement, la persécution faisait rage à Marseille comme en Palestine, et c'est urquoi, cherchant un lieu où son précieux dépôt serait plus en sûreté, Lazare le confia à saint Auspice,
premier évêque d’Apt. Là, en effet, les saintes reliques furent à l'abri pour un temps, mais la Suerre contre les chrétiens recommence un u plus tard sous le règne de Trajan, et le saint évêque les enfouit dans une crypte souterraine avant de se livrer lui-même au martyre. Elles y resteront cachées Pogterape, jusqu'au jour dont nous avons rappelé la mémoire, où le Grand Charles, si digne de les retrouver, les retrouvera en effet,
Tel est en abrégé le premier chapitre de la Légende Aptésienne. Saint Lazare avec ses sœurs et quelques autres com ons est venu en Provence. Les actes très sincères et très authentiques du martyr saint Alexandre, disent expressément que, “ sous Ro de Claude (41-54 de J. C.), Alexandre de rescia vint rendre visite au bienheureux Lazare, évêque de Marseille, et de là se rendit à Aix, auprès du bienheureux ge Maximim.”
Au surplus, nu n'ignore avec quel talent et
uelle érudition l'abbé Faillon a développé sa thèse Madelei
sur l'Apostolat de sainte Marie ne en Provence, fait x est maintenant comme acquis à l'histoire. De là à conclure à la translation par elle des reliques de sainte Anne, de Jéem en France, il n'y a qu'un pas, si mên.s
ç'en est un.
Et alors “ doulce France,” « royaume de Ma.
rie” (regnum Galliæ regnum Mariæ) est donc aussi désormais le royaume de sa mère; et arms que l'Espagne chante déjà des hymnes
l’Immaculée Conception, —on se rappelle qu'un ancien nous l'a dit-—sa voisine peut donc honorer, comme dira le moyen âge, “le Tabernacle même de l’Immaculée.”
NNE ET La VIE