‹ La bonne sainte, ou, L'histoire de la dévotion à Sainte Anne [microforme]Chapitre 22 sur 42 · PRÉAMBULE SUR L'OCCIDENT · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE SUR L'OCCIDENT

Nous avons pris le onzième siècle, lui compris, comme point de départ pour notre première étude sur le culte de sainte Anne en ident ; pour celle-ci, nous prendrons le douzième.

Si les divers pays d'Europe que nous allons tour à tour parcourir ne peavent pas tous nous faire remonter jusqu’à cette date, - nous aurions envie de dire jusqu'à cette nuit ténébreuse, et l'on verra tout à l'heure — ou comment, — nous entrevoyons que la chose sera cependant possible avec quelques-uns.

Nuit ténébreuse ! C’est plus qu’un mot..,. et

d'ailleurs Dieu nous garde des mots! Nuit téné-

reuse comme déjà nous l'avons dit pour le haut moyen âge, car en somme, pour le sujet qui nous occupe, le haut moyen âge dure bien jusqu’au quinzième siècle, sinon au-delà, sinon même jusqu'à l'époque tout à fait moderne.

Deux choses pouvaient nous éclairer : le livre, c'est-à-dire, le document littéraire; et l'œuvre d'art ou tout ce qui s'en Éd c'est-à-dire le document matériel, tangible, irréfutable, c’est-

-dire encure la chapelle, l'autel, le tableau, la statue, etc.

Le livre à péri. Un jour, à Gand, quelqu'un nous à montré un endroit de la rivière où l'on avait pu une fois passer À gué sur les manuscrits et volumes de toute nature, jetés là pêlemêle par les tenants de la soi-disant Réforme. Ainsi d'autant avait-elle voulu purger la ville de son papisme, C'est un fait entre mille et dix mille, et nul ne put calculer ce que l’histoire Jocale, la chronique religieuse, la monographie, et plus particulièrement l'hagiographie a perdu à cette rage de destruction qui a soufflé sur l'Europe comme un vent d'enfer, non une fois, mais dix, et vingt, et cent fois !

e même en est-il pour le document matériel et l'œuvre d’art quelconque.

Nous allons tout à l'heure entrer en Angleterre, et sait-on ce qu'était autrefois cette Ile des Saints, quand, selon le magnifique jeu de mots d’un Pape, c'étaient (non As si sed Angeli) non des Anglais mais des Auge. qui la pepe: quand s’élevaient les granc.. cathé-

rales de Westminster, de Cantorbery, de Lincoln, de Salisbury, et tant d’autres ! quand, à côt: d'elles, plus modestes mais non moins impres-

sionnantes, les chapelles se multipliaient ; quand la pr ons s'unissant à la piété, l'or et l'argent, eÿ les pierres précieuses, et les œuvres d'art par centaines emplissaient les trésors des églises.

Même quand on a visité les musées d'Europe qui possèdent des reliques de ces vieux temps, on ne peut encore se faire une juste idée de la richesse des cathédrales, des monastères et des moindres sanctuaires d'avant la Réforme, “richesse immense” dit un M. Cripp, à propos de la Grande-Bre ne, “ Si immense qu'elle est presque incroyable (immense wealth, so immense as to be almost incredible),”

Quelques exemples suffiront pour cet humble petit livre et nous les emprunterons à des documents authentiques dont nous traduisons quelques passages,

is poids total de l’orfèvrerie saisie par Henri VIII à l’abbaye de Fountains s'élevait à deux mille huit cent quarante onces d'argent, à quoi il faut ajouter uve croix d'or massif, une table ou un devant d'autel avec trois statues d'argent doré, des ornements de même métal avec des parties en or pur et |ée de pierres précieuses.” (Surtees Society, Memorials.)

lastonbury, on s'empare de “quatre calices et patènes d'or massif, pesant ensemble cent six onces”, A Winchester, selon Dugdale, on trouve “cinq croix d'or ornées de joyaux, des candélabres, des paix, des clochettes, des croix pectorales, des anneaux, des reliquaires, le tout en or; un devant d'autel fait d’une plaque d'or garnie de pierres; des statues d'argent doré, une châsse en argent de saint Swithin, et d'autres ornements précieux sans nombre”

L'inventaire de Saint-Paul de Londres porte

er l'année 1295: «des agrafes d'ornement

ont trois sont d'or pur; cinq calices d'or et vingt-sept d'argent, des coupes splendides, des croix, des châsses, des statues de Notre Dame, cent autres objets d’un travail exquis et d'une immense valeur. . . .”

Ainsi en est-il rtout, même en Ecosse, à la cathédrale d'Abereoes par exemple, où les s liateurs font main basse sur “ une statue d'argent de la Vierge pesant cent quatorze onces ; sur un calice d'or pur avec diamants et rubis sur le pied, sans négliger la patène aussi d’or pur, les deux ensemble pesant cinquante deux onces; sur un grand ostensoir d'argent doré artistement fouillé, ete ”.

Or, écoutez maintenant, c'est un protestant qui l’atteste, ce M. Cripp que nous citions tout à l'heure, car on ne croirait pas un catholique qui affirmerait pareille chose: “ De toute cette orfèvrerie du moyen âge, malgré les plus lon- &ues et minutieuses recherches, on ne saurait

qui nous aient été conservés.”

t si on nous permet encore ce souvenir, que nous reste-t-il aussi de tant de vêtements sacrés, chasubles, chapes, tuniques, voiles de tabernacle, où l'aiguille des châtelaines se plaisait à broder les images des saints ?

Veut-on lire quelques vieux vers anglais ?

And ye, lovely es

With your longe yngres, That ye have silk and sandel To sowe when time is Chesibles for chapelynes, Churches to honoure.

“Et vous, aimables dames, avec vos longs effilés, vous avez soie et navette (?) pour er des chasubles aux chapelains et honorer

les églises.”

Ainsi en effet, depuis l'époque où saint Adhelm faisait compliment aux femmes anglosaxonnes pour leurs travaux d’aiguilles ; depuis la belle Ostrida qui avait brodé l'assassinat tragique de l’un de ses oncles, jusqu'à la normande Mathilde interprétant sur le canevas ‘8 faits héroïques du guerrier son époux, et enc. bien après, jusqu'à la Réforme, les vestiaires des églises s'étaient enrichis d'œuvres exquises et la tapisserie rivalisait avec l’orfèvrerie.

Mais de tout ce travail, de tous ces monw..ents de patience et de piété, encore une fois que reste-t-il ? Le seul souvenir de ces longe fyngres jamais fatigués, que le cœur et la foi ranimaient sans cesse, non pour la vanité, mais Churches to honore.

C'était si facile, si doux à détruire, ces fragiles chefs-d'œuvre! Et quel plaisir en effr: que de briser, en même temps que l’image d'un saint abhorré, l'œuvre, et “ l'œuvre d'amour” de toute une vie? Le Cantique en effet n'a-t-il pas dit ; “Au milieu de cette pourpre est une broderie, œuvre d'amour des filles de Jérusalem (Cant.

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