LA TROISIÈME SAINTE-ANNE DE BEAÜPRÉ
La deuxième église de Sainte-Anne construite Comme nous avons dit, de 1657 à 1660, ne pouvait déjà plus, vingt ans plus tard, contenir la population. En 1694, M. Herbery, qui desser- Vaié alors la paroisse, la fit agrandir et fit faire le clocher.
Ainsi elle vécut jusqu'à l’année 1787, époque où on la reconstruisit presque totalement, Les
Celle-là, nous ‘avons vue, et nous avons le regret de ne plus la voir, telle qu'elle était, assise au pied de la colline, entourée de grands arbres qui l'abritaient, avec ses vieux murs blanchis à la chaux et son pignon gothique, avec l'ensoleillement de juillet et toute cette foule à genoux, qui, faute de trouver rs dans l'enceinte, en
que, mais pieux, et la piété dissait à la pens6e que depuis deux ileles nt de prières étaien
montées du même endroit vers la Sainte à mi.
racles,
Et c'est pourquoi, avec ou après tant rss nous regrettons qu'on n'ait trouvé moyen de conserver cette vieille de sas temps passé. Elle s’en allait en ruines, mais les ruines sont kr rer et si elles ne le sont pas, tant mieux ! elles gardent alors tout l'attrait et toute la poésie des ruines.
Mais ne nous perdons pas en stériles regrets, et refaisons-nous plutôt par le souvenir l'antique chapelle que nos pères ont connue et que nos mères ont aimée !
Là, ces illustres et saints évêques dont les noms emplissent les annales primitives du da, les vaillants soldats, les vice-rois fiers et belliqueux, les pieux et gentils barons de France, ont ployé le genou, humbles croyants pleins d’espoir, aussi bien que le pauvre marinier dont la barque se ba!ançait au dehors, sur les eaux houleuses du Saint-Laurent.
Vers ce sanctuaire,
Durant deux cents ans sont venus de tous les coins du pays les pèlerins blancs, et avec eux les pèlerins noirs, les enfants des bois, et qu’on nous laisse les saluer en passant, ces vieux sauvages au cœur tendre et à la foi robuste. Il y a dans leur dévotion quelque chose qui ressemble en effet à la tendresse, une tendresse se nous semble héroïque quand on songe aux longs et périlleux voyages qu'ils entreprensient pour venir prier leur Sainte, leur “ Bonne Sainte” à eux comme aux colons français. Depuis l'abbé Casgrain, tous ceux qui ont écrit sur le sanctuaire de eg me jusqu'aux protestants, comme McDonald Oxley, contemplent avec admiration ces deux longues processions de canots d'écorce, l’une remontant,
l'autre descendant le fleuve, et leurs rameurs, naguère barbares, accompagnant de pieux cantiques les coups vigoureux des avirons. Des s0litudes et des forêts de l'Ouest, de la Gaspésie aux riv battus par l'Océan, des caps les plus reculés du golfe Saint-Laurent, des bords stériles de la Baie d'Hudson et des rivages féconds des Grands Lacs, les Peaux-rouges, attirés par les prodiges dont ils avaient oui parler, arrivaient en foule, au point de dépasser par le nombre leurs frères au visage
insi, chaque année, ils venaient, au jour de la fête du 26 juillet ; et ce jour-là, sur le rivage de Sainte-Anne, tout un village de cabanes sauvages se it comme par enchantement, pour abriter ces dévots pèlerins, Telle était, dit 1 histoire locale, la vénération de ces pieux enfants des bois pour la bonne Sainte-Anne du Nord, qu'un grand nombre d’entre eux se rendaient à genoux en récitant des prières, des bords de la grève jusqu'au seuil de l’église. Et, comme leurs Cœurs étaient délicieusement émus en touchant l'enceinte vénérée! comme ils baisaient avec amour le parvis sacré, et l’arrosaient de larmes brûlantes! Alors on entendait une suave et naïve mélodie monter vers la voûte du temple : c'étaient les voix toujours si belles des bons sauvages, qui chantaient, dans leurs langues, les louanges de la patronne chérie ; qui imploraient son assistance pour obtenir quelque grande fa.
ur sn ignalée, obtenue son prlueque grâce signal par
Ne les uittons pas sitôt ces dévôts indigèn igènes, pu l'exmple qu'ils nous donnent nous est
RE mn meme ge 0e ps
Là-bas, au Cap Breton—et nous revenons volontiers vers cette terre lointaine où nous avons ère prêché durant deux mois—à l'extrémité sud du lac Bras-d'Or, est une ls qu'on appelle Chapel Island, à cause de la jolie chapelle qui s’y voit. Cette île, avec une portion de la terre ferme située vis-à-vis, compose une des “ Réserves sauvages” de la Nouvelle-Ecosse. La chapelle est dédiée à sainte Anne, et depuis longtemps, un pèlerinage s’y est établi Encore aujourd'hui, ce qui reste de l’ancienne tribu autrefois puissante des Souriquois ou Micmacs, s'y rend en masse aux approches de la fête de sainte Anne, et célèbre ce joyeux anniversaire avec tout l'éclat de jadis.
La fête dure une semaine, parfois dix jours, et la dévotion s’y entremêle de jeux et de réjouissances qui attirent un grand nombre de visiteurs au visage pâle, venus des villages voisins, et souvent de très longues distances.
Un militaire poète, le colonel Hamilton, a raconté en beaux vers anglais cette grande et intéressante festivité. Protestant de fait, mais catholique de cœur, il admire cette foi vivace et naïve du sauvage ; il la décrit avec attendrissement,et nous-même quelque part ailleurs n'avons pu nous défendre de l’écouter.