CHAPITRE I L'ORIENT
Nous disons avec le Pape Grégoire XIII : “ Le culte de sainte Anneremonte aux premiers siècles de l'Eglise,” et nous essaierons de le démontrer.
Comment établirons-nous cette preuve pour le lecteur ? Par trois chefs principaux, et d’ailleurs suffisants, qui se prennent le premier, des documents littéraires ou des écrits de l’Église Orientale ; le deuxième, de la liturgie, ou des fêtes ecclésiastiques et mémoires ; le troisième, des monuments matériels, c'est-à-dire des églises, chapelles, oratoires, ex-voto, œuvres d'art.
Au contraire de l’Église latine, qui décourage un peu les panégyristes de sainte Ânne, comme nous le verrons plus tard, l’Église grecque fournit dans ses écrits une preuve surabondante en faveur de son culte en Orient ; la liturgie et les inonuments la confirment davantage, mais ici, il nous semble bon d'étendre un peu ce préambule.
D'abord, on ne peut exiger qu'il y ait eu des sanctuaires dédiés à notre Sainte, en un temps où les chrétiens n'avaient même d'églises, Ce temps, c'est l'ère des utions, une période de trois siècles. Quand on lit dans le Martyro- + “A Rome, la dédicace de la première église
ie et consacrée par saint Pierre” il ne s'agit
pas d’une église proprement dite comme nous entendons ce mot aujourd’hui, mais de la maison de Pudens, où le chef des apôtres a non seulement logé, mais aussi célébré les saints mystères, et qui est devenue plus tard Saint-Pierre-aux-
Liens.
Après Tertullien et Miautius Félix qui se plaignaient, au second siècle, de ne pouvoir construire des “ maisons de prières ”, saint Cyprien, au troisième, gémit de voir que “le vrai Dieu, n’a point d’autels ; il n’en a pas, dit-il, puisqu'on est obligé de les cacher.”
Quand triomphera le Christianisme avec la conversion des empereurs, alors, mais alors seulement, on verra s'élever au-dessus des cryptes ou des catacombes, timidement d'abord, plus hardiment ensuite, les chapelles, les dômes, les basiliques destinées à recevoir la foule de plus en plus croissante des fidèles.
Sainte Hélène, à elle seule, commençant la Palestine, fera construire plus de trente Le sur les lieux témoins des principaux mystères de notre foi.
Une question nous est sans doute dès .
maintenant: Sainte Hélène dédia-t-elle un de ces sanctuaires à notre Sainte ?
Une autre la suivre également : Sainte Anne avait-elle, en ces temps reculés, sa fête liturgique ?
Ici, nous ferons d’abord observer que les premières églises chrétiennes n'étaient dédiées qu'à Dieu lui-même, et le pape saint Léon le Grand (440) le dit expressément à l'occasion de la basilique élevée sur le tombeau de saint Pierre : # tidèles accourent à la Basi'ique du Bienbeureux Apôtre, qui est dédiée au seul Dieu
NI à PER NIMES I
vivant eb vrai” (quæ uni Deo vivo et vero est icata).
La sainte Vierge faisait seule exception à cette règle, et c'est ainsi qu'après la condamnation de l'hérésie nestorienne (130) qui contestait à Marie, comme on sait, la maternité divine, on voit trier des temples s'élever en son honneur.
C'étaient comme autant de rotestations et d'affirmations éclatantes contre . attaques de ses ennemis,
Que si maintenant on aborde la question de la liturgie, c'est-à dire de la fête de sainte Anne et de son ancienneté dans l'Eglise, nous ferons remarquer encore ici que, non seulement en Occident, comme saint Bernard, au douzième siècle, en témoigne dans une de ses lettres, mais peut-être aussi en Orient, du moins pendant les tout premiers siècles, l'Eglise ne célébrait aucune fête en l'honneur des Saints qui avaient vécu avant Notre-Seigneur, ou qui étaient morts avant la Rédemption.
La raison que donne le saint docteur de cette Lu générale de er c'eet que, avant la
emption, le ciel n'était pas encore ouvert pee les justes. et qu'il ne convenait pas de célérer par une fête leur entrée dans les limbes, Il n'y avait que les saints martyrs Macchabées qui eussent les honneurs d'un culte solennel, pour des raisons que le même saint expose fort au : long. Saint Jean-Baptiste, parce qu'il tenait de si près à Notre-Seigneur, surtout à titre de précurseur, faisait également exception, mais la Mémoire de son martyre le cédait en solennité à la fête de Saints bien inférieurs à lui.
Ces deux faits étant connus, il n’est pas pru-
dent de s'aventurer trop quand on veut parler
du culte que l'Eglise primitive rendait à sainte
e, soit en lui consacrant des sanctuaires, soit en célébrant sa fête. Au moins une distinction reste à faire entre le culte public, général, officiel, ou canonique, et le culte particulier, ou privé, ou simplement toléré. On sait en effet que l'Eglise, autrefois, tolérait beaucoup en matière de liturgie.
D'ailleurs, nous ne disons rien ici qui puisse contrister notre chère Sainte ni diminuer la foi des fidèles en l'ancienneté de son culte. Qui ne sait is l'Eglise n’a jamais imposé de dévotions ni même de fête? Quand elle institue canonikr une fête, c'est que cette fête existait
éjà depuis longtemps ; que la piété, non de
uelques-uns, mais des grandes masses, l'avait elle-même établie, et en quelque sorte peu à peu rendue nécessaire.
Nous avons cité tout à l'heure la bulle de Se hr XIII (1584) relative à l'institution de la fête de sainte Anne, et nous remarquons de nouveau que le saint Pontife n’établit mais ne fait que rendre générale et tout à fait publique ‘“ une dévotion dont l'ancienneté, comme il e dit, remonte aux premiers temps de l'Eglise.” Nous sommes done plus à l'aise maintenant pour écrire sur le culte de sainte Anne, et s'il nous arrive de dire des choses qui semblent contradictoires l’une à l’autre, ou à ce qu'on vient de lire, on se 2 trame la distinction que nous venons aussi d'établir, et qui en expliquant tout, nous excuse par avance,
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