SAINTE-ANNE-DE-JÉRUSALEM.
Le cadre de ce petit volume ne nous permettra nulle part et ne nous permet pas même ici de descriptions, Dirons seulement que saint Joachim et s:inte Anne possédaient et habitaient, à Jérusalem, une maison voisine de la Piscine probatique ; que l'église dite aujourd’hui de Sainte- Anne, a été construite sur l'emplacement de cette maison, et que là, dans une crypte, selon l'opinion de plusieurs, auraient a AR après leur mort, les bienheureux parents de la sainte Vierge. Ces titres de gloire du Sanctuaire de Jérusalem, toute l'histoire s'accorde à les signaler, et elle place Jà même, cette fois avec des preuves u'alle croit indubitables, le berceau de l’Immaculée.
On conçoit que cette sainte demeure ait été, dès les premiers siècles, un lieu de pèlerinage et un des rendez-vous de la piété chrétienne. Bien gréenes avant que saint Jérôme l’eût constaté dans sa lettre X LVII, “ les lointaines pérégrinations de Jérusalem étaient en effet très familières aux Chrétiens.”
L'église actuelle, savamment restaurée par M. Mauss, est un monument des croisades, ce qui toutefois ne veut pas dire que sa fondation date seulement de cette époque. C'est beaucoup plus avart dans les siècles qu’il faut remonter, comme nous le verrons tout à l'heure.
En 1192, après la chute du royaume chrétien de Jérusalem, le sanctuaire que les Croisés avaient arraché aux infidèles, passa de nouveau entre leurs mains, et Saladin en fit une médersé pour ses jurisconsultes, taudis qu'il convertissait en hospice le monastère qui l'adjoignait. Pendant six siècles, sainte Anne resta couverte d’un voile de deuil, jusqu'au jour où l'Eglise de Jérusalem fut de nouveau délivrée du joug de l'islamisme, et cette fois pour toujours, c'est-à-dire jusqu’en 1855. Cette année-là, la guerre de Crimée entreprise parila France pour protéger les sanctuaires de la Palestine contre les empiètements de la Russie, se terminait glorieusement par la
rise de Sébastopol. Comme prix de sa victoire, a France demandait à la Turquie l’un des sanctuaires de la Terre-Sainte, et par l'organe de son représentant en Palestine, elle désignait Sainte- Anne-de-Jérusalem. Après bien des difficultés et n iations, eile en prenait possession en 186 re après, M. Muse entreprenait la restauration du monument, et avec un mérite exceptionnel, il savait le réparer en lui laissant exactement ses proportions, ses pierres ellesmêmes, en un mot son cachet d’antiquité,
Telle qu'elle est aujourd'hui, l'église se divise en trois nefs fermées par trois absides, Elle est éclairée par diverses fenêtres composées de
ierres à jour et de vitraux coloriés. « lumière L plus douce qu'on puisse imaginer descend, dit-on, de ces singulières ouvertures.”
Les Croisés, disions-nous, n’ont pas bâti Sainte- Anne, comme on l'a cru par erreur. Une église de style byzantin existait déjà en cet endroit depuis deux siècles au moins, et elle-même avait été précédée d'une autre. L'œuvre des Croisés
fut de la remanier complètement, tant à l'intérieur, où ils changèrent les dis itions principales, — l'extérieur, où ils ajoutèrent a longueur d'une travée et une façade nouvelle,
L'Eglise byzantine avait remplacé une église grecque fort ancienne ..., mais combien ancienne ? —L'Eg'i grecque, ou la Basilique primitive, saint Antonin le Mariyr l’a vue en 570, et il rend témoignage La déjà à cette époque, on venait à la maison de sainte Anne pour obtenir des miracles. Qui l'avait construite ? P.usieurs pèlerins anciens prétendent que ce fut sainte Hélène elle-même.—C'est aussi 4 conclusion de la savante étude sur le Tombeau de sainte Anie, que le père Léon Cré, des Pères Blancs d'Afrique, publiait naguère dans la Revue Bibli. que. Après avoir cité un passage d’Antonin le martyr que nous venons nous-même de nommer, et un autre d'un certain Virgilius, écrivain de la même époque, il conclut ainsi :
“ On trouve dans l’histoire de Jérusalem, trois périodes bien distinctes de constructions religiéuses avant l'arrivée des Arabes: celle de Justinien au sixième siècle, celle de l'impératrice Eudoxie au cinquième, celle enfin de Constantin et de sainte Hélène (au quatrième). — Puisque les derniers témoins (saint Antonin et Virgilius) sont antérieurs à Justinien et qu’ils mentionnent Eudoxie seulement pour l'église Saint- Etienne, ils semblent vraiment, par leur silence même, attribuer notre vieille basilique à la première époque de construction. Sainte Hélène ne construisit pas seulement les trois plus grandes basiliques, Ses historiens disent expressément qu’elle en fit construire plusieurs autres en sa présence ou par les soins du patriarche de Jéru-
salem. Et il est de toute évidence qu'il faut mettre au premier rang de ces basiliques secondaires celle où la pieuse mère de rs pouvait, du même re honorer le berceau de sainte Marie, Mère de Dieu, et le tombeau de ses glorieux nts.”
Il y a plus ici que des conjectures. Les travaux entrepris vers 1860 pour la restauration de l'édifice ont fuit retrouver dans l'église souterraine les murailles de l’ancienne ilique, les restes de la barrière qui fermait son sanctuaire, ses dispositions principales, et tout cela
rte le caractère de l’archaïsme le plus menieste et le plus complet.
Mais voici qui est plus intéressant pour nous
ue l'ancienneté du monument, c’est l'ancienneté Fr la dévotion même, de la dévotion à sainte Anne prouvée par de réels ex-voto, comme on en voit encore anjourd'hui dans les églises de pèlerinage. Parmi les débris de la Basilique ra employés et comme perdus dans les
locages de l'église actuelle, on a retrouvé un pied de marbre blanc, qui, sans doute autrefois, avait été suspendu dans le vieux sanctuaire, et qui est exactement sembi:ble aux pieds en cire ou en bois que l’on voit encore en d’autres sanctuaires de sainte Anne ou ailleurs Et pour qu'il ne restât aucun doute sur sa destination, celle qui offrait cet ex-voto à sainte Anne de Jérusalem avait eu soin d'y faire graver une inscription, c'est-à-dire son nom avec la formule antique de l'offrande. Elle était grecque et se nommait Lucilia Pompéia. Et le pied de marbre, porte : “ Lucilia Pompéia a dédié” ou eomme nous dirions dans notre langue actuelle : Æx-voto ofert par Lucilia Pompéia.
Quelle découverte inappréciable, et comme elle prouverait bien à elle seule ce qui, d'ailleurs, nous le répétons, n’a pas besoin de preuve — puisqu'un Pape l'affirme —que la dévotion à sainte Anne date des premiers siècles de l'Eglise.
Ainsi donc, à la question que nous nous posions plus haut : Quand et par qui fut fondé le vénéré sanctuaire de Jérusalem ? nous pouvons répondre, aidés par l’histoire et le raisonnement : Ce fut, selon toute robabilité, au quatrième siècle, et par sainte Hélène elle-même, et cette probabilité est telle qu'elle justifierait une aftirmation absolue.
! TIOMTIHIA AOYKIAIA ANEOHKEN Ex-voto de Lucilia Pompeis.
Une seconde question également intéressante est celle-ci : “ Sous quel vocable fut fondée cette église, et si elle ne prit pas d'abord le nom de notre Sainte, quand ce nom lui fut-il donné ? ”
En effet, probablement pour la raison que nous avons fait connaître dans une page p ente, notre sanctuaire, primitivement, ne s'appelait
pas Suinte-Anne-de-Jérusalem ; son titre officiel, canonique, était: Busilica sunctae Mariae ubi nala est, Basilique de sainte Marie où elle est née, ou Sainte-Marie de la Nativité, et l’on re-
temps après, une pièce authentique du r ae de Charlemagne, et en général, tous Les (ro
ais à cette époque, — et le fait est digne d'attention, — le nom change pour eux comme probablement depuis très longtemps il a changé pou les Orientaux, et le continuateur de Guilaume de Tyr, dira Par exemple en 1261: “Près de la Piscine, est l'église Sainte-Anne, la mère à
aintenant : Eglise Consacrée à la mémoire de sainte Anne” ou simplement ‘“ Eglise Sainte- Anne,” si ce n’est que le sanctuaire dont ous parlons n’a plus maintenant d'autre nom à Jérusalem ?
Or, depuis quand le portait-il? Au moins depuis le septième siècle, et c'est le moins que nous puissions affirmer, quand nous lisons ces deux textes précieux cités per Mgr Lavigorie @t je
LR, 4 +. né
ra Léon Cré, l'un de Medjer-Ed-Din, cadi de érusalem, deux siècles environ après le départ des Croisés, l’autre d’Abulféda, écrivain arabe qui vivait vers la fin des Croisades. Le premier nous dit à l'occasion de la transformation de Sainte-Anne en Médersé par Saladin: “La Médersé Salahieh, fondée par Salah-Eddin, est une église du temps des Grecs, appelée Tombeau d'Anne, parce que, selon la ition, elle renferme le tombeau d'Anne, mère de Marie.” C’est assez clair: L'Eglise est du temps des Grecs, et elle porte le nom de Sainte-Anne, sans doute aussi depuis cette époque. Abulféda de son côté, est encore plus explicite : ‘“ Le Sultan (Saladin) étant reveuu à Jérusalem augmenta les revenus du collège qu'il y avait fondé. Avant l'Islamisme, ce collège était connu sous le nom de Sainte- Anne; on dit que le tombeau d'Anne, Mère de Marie, s'y trouve.” Le père Cré, allant ici plus loin que n'avait osé Mgr Lavigerie, — et nous l'en bénissons, — n'hésite pas à tirer de ce texte la conclusion suivante : “ Avant l'Islamisme, c'est-à-dire avant l’année 636, notre basilique portait déjà le nom de Sainte-Anne.”
L'an 636, c’est bien loin, mais si un mot que nos manuscrits disent être de saint Epiphane était bien de lui en effet, et si la mauière dont nous l’entendons était la vraie, comme nous reculerions encore bien plus avant dans le passé ! Saint gr = aurait dit (dans sa 1 e, le grec) : Proæimae sunt aedes Joachim et Ânnae. “Tout près (de la Probatique) sont (mot à mot) les édifices d’Anne et Joachim,” car édifices est proprement la traduction du latin aedes. On n'a jamais dit aedes pour une simple maison, surtout comme on les construisait en ce temps-
62 LS OULTE DS sa: NTu ANSE
là, et surtout et encore moins on n’eût pu le dire
la simple résidence des humbles parents de a Vierge, Non, nous l'avons vu plus haut, il est à peu près certain que l'église de Sainte- Marie de la Nativité fat construit: Pair sainte
plus haut que la fondase . Seulement ici, doctores Judicent.
Ea tout cas, quelle que soit l'4
ue où l'église fondée sur le titre de Saints-Marss de la Nati-
Autre vue de Sainte Anne de Jérusalem,
vilé a commencé de s'appeler Sainte-Anne-de-
M, ce qui est certain, c'est que le nom a changé, et c'est là Pour nous un fuit d'une élos
quence décisive eu laveur du notre thèse ac, lle sur l'ancienneté de la dévotion à sainte Anne, Il a fallu en effet qu'elle fût non seulement bica profonile et bien populaire, mais aussi bien ancienne bien fortement enracinée dans le cœur
Orientaux, la dévotion qui enlevait une église à la Fille pour la donner À la mère, la mère fût-elle sainte Anne, quand la Fille était
arie ! L