MISSIONNAIRES
gîeuse, un de leurs élèves, Texcellent jeune homme, dont je parlais tout à l'heure, m'ayant fait assister à l'émouvante cérémonie d'un départ de missionnaires.
Je n'essaierai pas d'en donner la description après Louis Veuillot, et je ne puis que renvoyer mes lecteurs aux très belles pages sur ce sujet, qui se trouvent dans Çà et là. Qu'on me permette seulement de noter ici mon impression. Tune des plus poignantes qui m'aient remué le cœur.
D'abord, ce fut dans le jardin dépouillé, sous le ciel brumeux d'automne. Les hautes fenêtres des vieux bâtiments — nobles logis dans le style de la France d'autrefois — semblaient regarder les prêtres et les laïques qui se hâtaient, dans les allées droites et bordées de buis, à l'appel d'une grosse cloche chinoise, au son de gong, barbare et fêlé. Dans un angle du jardin, l'image de la Vierge se dressait, radieuse parmi les gouttes d'or de nombreux cierges. Devant elle, les dix a: Partants :» étaient en prières.
Je voyais, de loin, leurs dos et leurs épaules, que tant de fatigues allaient bientôt accabler, et leurs nuques courbées et comme s'offrant déjà au glaive de l'exécuteur. Ils chantaient, agenouillés, les suaves litanies, et l'assistance, debout, répondait en chœur les Ora pro nohis. Mais, quand ils invoquèrent la Reine des Apôtres, la Reine des Martyrs, la Reine des Confesseurs, tous tombèrent à genoux dans les feuilles mortes; et je sentis alors passer sur cette foule et dans mon cœur un frisson sacré. Oui, nous éprouvâmes alors, par action réflexe et par sympathie pour ces jeunes gens qui se dévouaient à la mort, quelque chose de Fangoisse qui accabla Jésus à la veille de son sacrifice, dans la nuit tragique, sous les ténébreux oliviers.
Cependant ce n'était pas encore le moment le plus pathétique de la solennité.
A la fin des litanies, nous suivîmes les ce Partants y> dans la chapelle, qui est froide et sans ornements. Sobre et sévère aussi fut la parole du Père Supérieur, qui, au nom de toute la congre-