‹ La bonne souffranceChapitre 24 sur 32 · UN DIALOGUE DES MORTJ IJ · texte numérisé non relu

UN DIALOGUE DES MORTJ IJ

froyables ont éclaté; l'on a poussé les une* contre les autres des armées comme on n'en avait pas vu depuis l'invasion des Barbares, et, à l'heure où nous parlons, toute l'Europe est en train de fondre des canons, de construire des vaisseaux cuirassés et de faire l'exercice... Hélas I moi qui rêvais pour l'humanité l'avènement prochain d'un Age d'Or, d'un Paradis pastoral, où l'innocente jeunesse aurait tormé des rondes en chantant les airs du Vevin du Village et où les vieillards, pleins de sagesse, auraient fait de la botanique !

— Que voulez-vous? soupira Voltaire. Il faut croire que les ombres ne sont immortelles que pour perdre, à la longue, leurs dernières illusions... Poursuivons donc notre examen de conscience... Que pensez- vous, s'il vous plaît, des fameuses conquêtes de la Révolution?... De l'égalité entre les citoyens, par exemple?

— ... Qu'elle existe dans les lois, mais non dans les mœurs ; que l'aristocratie de la naissance, qui donnait lieu, sans doute, à de graves abus, a

été remplacée par celle de l'argent, qui constitue une bien plus scandaleuse iniquité; et qu'il suffit de jeter un regard sur le monde moderne pour ne pas attendre de si tôt le triomphe de la seule aristocratie qui devrait être reconnue par tous, celle du mérite et de la vertu.

— Et votre opinion sur la soumission de l'Église à la société civile?

— Je constate qu'il en est résulté l'établissement d'une sorte d'athéisme officiel, ce qui sem blerait déplorable même à mon Vicaire Savoyard... Nous sommes bien seuls, n'est-ce pas? et il n'y a pas ici de conseiller municipal, qui, s'il nous entendait, « désaffecterait » nos tombeaux et ferait pour de bon, cette fois-ci, enfouir nos restes dans quelque terrain vague... Eh bien, je vous dirai tout bas que depuis qu'on a détruit, par tous les moyens possibles, la foi religieuse dans le peuple français, il est beaucoup moins moral et beaucoup plus malheureux.

— Reste à examiner les avantages de la liberté de la presse, dit alors Voltaire, et ceci me regarde;

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