CLOCHES ET LILAS
connaîtra-t-il plus jamais les enctantements de la nature et de la vie ?
En ce moment, à quelques pas devant lui, dans la longue avenue où s'attarde sa flânerie, il aperçoit un jeune homme et une jeune femme, assis sur un banc, dans la tiédeur du soleil que tamise le grêle feuillage. C'est un ménage d'ouvriers, parmi les plus pauvres; car, bien que ce soit jour de grande fête, la femme est en cheveux, et en taille, — et quelle robe ! — et l'homme a gardé son tricot et sa cotte de travail. Sur la petite voiture d'osier, où repose un nouveau-né, tout près d'elle, la femme a placé une gerbe de lilas, et le tout petit, qui vient de s'éveiller, ouvre des yeux devant cette merveille et porte instinctivement» vers les fleurs, ses mains potelées. L'homme, lui, maintient debout, sur une de ses cuisses, son aîné, — deux ans tout au plus, — et l'enfant, qui écoute sonner les cloches de l'église voisine, est charmé
■par la belle musique et incline la tête, en mesure, à chaque vibration de l'airain. Alors, les époux Regardent tour à tour leurs deux enfants, du re-
gard des pères et des mères, puis tournent la tête Tun vers l'autre, et, sans rien dire, ils se sourient longuement, — oh! du pâle sourire des malheureux, — mais d'un sourire où il y a quand même, en ce moment, pour ces deux humbles, un peu de joie et d'amour.
Oh! comme il a honte, à présent, le promeneur pensif, de son chagrin égoïste et mauvais de tout à l'heure! Qu'importe qu'il vieillisse et que le renouveau lui verse de moins en moins la force! Épanouissez-vous, lilas d'avril! Sonnez à toutes volées, cloches des alléluia I Fleuris, printemps, richesse des pauvres ! Et sois béni par tous les misérables et par cet homme sur le déclin, dont tu viens de réchauffer le cœur en l'attendrissant devant le bonheur d' autrui!
32 avril iSp^,
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Guignol
Guignol
'était à Pau, en février dernier, lorsque m'accabla, pour la première fois, le mal contre lequel je me débats encore aujourd'hui.
Ah! je m'en souviendrai longtemps, de ma
I chambre à V Hôtel de France, où je m'étais d'abord installé si joyeusement, en ouvrant ma lenêtre sur l'éblouissant panorama des Pyrénées, et où, quelques jours après, je grelottais sous les cou- !
36 LA BONNE SOUFFRANCI
vertures, claquant des dents, trempé de sueur algide, et sentant trembler mes doigts brûlants entre les mains affectueuses de la sœur gardemalade, debout et inquiète à mon chevet. Oui, je me les rappelle avec épouvante, ces gerbes de fleurs sur le papier de tenture, que je voyais, dans mon demi-délire, se transformer en têtes de vieux soldats romains — pourquoi des soldats romains ? — si tristes et d'une si horrible laideur sous le casque à mentonnière, qui soulevaient à demi leurs lourdes paupières et me regardaient lugubrement avec leurs yeux blancs d'aveugle.
Mais les aurores, surtout, après les nuits d'insomnie, étaient affreuses.
« Ma sœur, quelle heure est-il?
— Sept heures viennent de sonner, monsieur. y>
Les ailes de la cornette avaient palpité, au fond du grand fauteuil où la sœur venait de somnoler un peu.
€ Il doit faire jour, :d disait-elle.
Elle se levait, et, dans son bon regard, un mo-
ment fixé sur moi, je devinais une pitié qui me faisait mal. Elle allait alors vers la fenêtre, blanc fantôme à taille épaisse, dans la lueur de la veilleuse, et, brusquement, ouvrait les rideaux. Parmi les nuages sales d'un pluvieux matin, apparaissaient, çà et là, quelques pans de neige sur la montagne; et le ciel ressemblait à des paquets d'ouate souillés.
Non, je ne l'oublierai jamais, l'angoisse et la détresse de mes réveils de malade dans ce logis de hasard, si loin des êtres chéris I
Mais c'est le moins triste de mes souvenirs d'alors que je voudrais raconter aujourd'hui.
Deux semaines ont passé depuis le premier frisson. Le bistouri du chirurgien m'a sauvé — jusqu'à nouvel accident. Je suis toujours au lit, encore bien faible, mais plus calme, sans la moindre fièvre. Les masques hideux de légionnaires romains, sur le papier de tenture, sont redevenus des bouquets de fleurs. C'est l'aprèsmidi. Il fait beau, et le doux climat du Béarn permet de laisser la fenêtre ouverte. Quand, du
volume que je lis, le coude dans l'oreiller, je lève un instant les yeux, c'est pour admirer un morceau de la chaîne pyrénéenne et le pic d'Ossau, dont les cimes blanches, légèrement teintées de lilas, se découpent dans le frais azur du ciel. Quel calme I J'entends monter, confondues en une rumeur vague, les conversations des promeneurs, les voix joyeuses des enfants qui jouent, sur le large boulevard, devant l'hôtel. La sœur dominicaine est toujours assise auprès de mon lit, mais je ne l'inquiète plus et je ne la distrais plus, à chaque minute de ses prières.
Soudain, aux bruits du dehors se mêle le son fêlé d'une clochette qu'on agite.
« Ah! sœur Séraphique, il est quatre heures... Guignol va donner sa représentation. i>
Nous sommes maintenant une paire d'amis, la sœur Séraphique et moi. C'est une excellente fille, d'humble origine, évidemment, d'âge incertain — quarante ans peut-être — point jolie, le visage congestionné dans ses coiffes blanches, mais portant son habit avec dignité, et d'une
telle douceur! En elle, tout est doux : le regard, le geste et la voix, malgré Vacent, Au début de ma maladie, elle était assez silencieuse; puis je lui ai inspiré confiance, et elle me raconte, à présent, sans se douter qu'elle est admirable, son train- train de dévouement, toujours le même, de charité monotone.
Comme vous êtes loin, spirituelles « rosseries )) et mots cruels des conversations parisiennes, éreintement d'un absent par les camarades, déchiquetage d'une absente entre mondaines! Oserais-je le dire? Je ne vous regrette nullement, entretiens savoureux et empoisonnés; et je me contente très bien, pour dissiper mon ennui de convalescent, des petites histoires de la bonne sœur, où il n'est guère question que d'exercices dévots, de soins donnés à des malades, et d'où semble s'exhaler un parfum combiné d'encens et d'acide phénique. Vous faites ricaner nerveusement, jolies méchancetés de salon. Mais quel charme, quel apaisement il y a dans les propos qui viennent d'un cœur simple et puri
Or, un de mes amusements, — et, pour le moment, je n'en ai guère, — c'est — lorsque Guignol commence à faire entendre sa voix en- -ouée — de voir la sœur mettre son chapelet en poche, baiser à la hâte quelque médaille bénite, puis s'approcher de la fenêtre, et là, dissimulée à demi par le rideau, jouir délicieusement du spectacle.
A coup sûr, c'est tout ce que la pauvre sœur a connu et connaîtra jamais, en fait de théâtre; mais l'âme de la sainte fille est aussi naïve que celle de l'auditoire enfantin assemblé devant la guérite des marionnettes ; et, rougissant de son plaisir, se voilant parfois le visage avec ses mains pour cacher sa gaieté, qu'elle juge tout de même un peu immodeste, voilà qu'elle rit, la religieuse réservée et si douce, qu'elle rit franchement de toutes les incongruités et de toutes les actions cruelles du petit bonhomme lyonnais.
De mon lit, moi, je n'entends qu'assez vaguement l'organe éraillé de Guignol, ses éclats de joie après chaque nouveau crime, et le bruit sec
des coups de bâton sur les têtes de bois; mais je connais de reste la parade triviale et féroce qui excite irrésistiblement l'hilarité, non seulement des tout petits installés sur les bancs, mais encore des badauds groupés au delà de la corde.
Car la vieille farce ne varie guère. La femme de Guignol lui reproche d'être un paresseux et un ivrogne, et Guignol lui chiffonne le bonnet du bout de sa trique. Le portier se présente, une quittance de loyer à la main, et Guignol, qui est en train de déménager ses meubles par la fenêtre, coiffe le portier avec le vase de nuit. Le propriétaire intervient, et Guignol rosse le propriétaire. La gendarmerie accourt, et Guignol assomme les gendarmes. La justice humaine est impuissante contre cet indomptable malfaiteur. Quand arrive le magistrat coiffé de sa toque et drapé dans son jupon noir, Guignol l'abat sans pitié, du revers de son rondin, et lui scie le cou sur le rebord du théâtre. Le bourreau lui-même et le diable en Dcrsonne ne peuvent venir à bout du forcené. Il pend le bourreau à sa propre potence, étrangle
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le diable avec sa propre fourche. Et toutes ces abominations, Guignol les commet au milieu des éclats d'une effrayante allégresse, en s'ébrouant, en secouant ses épaules, en jetant aux échos son rire triomphal. Oh! le scélérat!
Quel fonds de perversité fermente donc dans Tâme humaine, pour que ce spectacle, où font explosion tous les mauvais instincts, contienne un comique si puissant et si sûr, constitue une récréation si attrayante précisément pour les innocents, — pour ces enfants qui ignorent encore le mal et pour cette servante de Dieu, qui approche, autant que cela est possible, de la perfection morale?
Je me pose cette question avec tristesse, quand sœur Séraphique — la représentation étant terminée — abandonne son poste auprès de la fenêtre et se rapproche de mon lit, un peu confuse.
« Mais quel mauvais sujet que ce Guignol! me dit-elle. Quel coquin! quel garnement!... Mais c'est qu'il bat et qu'il tue tout le monde!...
Est-il possible qu'on amuse les enfants avec de si vilaines choses?... Moi-même, je me sens toute honteuse de m' être divertie...
— D'autant plus, ma sœur, — ajouté-je pour la taquiner amicalement, — que vous en avez oublié l'heure de votre méditation. :î>
Et, vite, la sœur se rassied, reprend son chapelet et son livre, baisse le nez sous sa cornette. Pauvre sœur! Elle se fait un scrupule de sa distraction de tout à l'heure, et demain elle s'accusera, au confessionnal, je le gagerais, d'avoir regardé Guignol et d'y avoir pris plaisir.
Rassurez- vous, ma sœur. La faute est vénielle. Pourtant, ce fut un étonnement pour moi de vous voir, vous dont la vie est faite d'obéissance et de douceur, vous amuser un instant de cette basse charge de l'homme tel qu'il est au fond de sa nature et tel qu'il peut se montrer soudain, quand il n'est plus maître de ses passions, c'est-à-dire une brute impulsive, capable des plus furieuses révoltes et des pires cruautés.
Dans votre ignorance, ma pauvre sœur, vous
avez ri de Guignol; mais, j'en suis certain, vous pleureriez amèrement devant d'autres marionnettes que vous ne connaissez pas, devant les marionnettes de la société, qui sont plus hypocrites, mais non moins méchantes ni moins scandaleuses. Ce n'est pas à coups de bâton que les hommes se débarrassent de leurs ennemis, c'est avec des armes bien plus dangereuses et bien plus perfides; et beaucoup d'entre eux n'hésitent pas à devenir des tortionnaires et des bourreaux, pour la satisfaction de leur égoïsme et de leur orgueil.
Plus j'y réfléchis et plus je songe qu'il n'est pas inutile que cette pieuse fille ait eu cette minute de défaillance, qu'elle ait vu cette caricature d'un scélérat et qu'elle en ait ri. Elle se le reprochera, redoublera de zèle, et comprendra mieux qu'auparavant l'esprit de sa vocation, qui est d'expier pour autrui. Car, quoi qu'en disent les esprits forts, c'est un sentiment sublime et supérieur même à celui de la justice, que cette foi chrétienne qui veut que les prières et les œuvres
des plus innocents et des plus purs atténuent et rachètent, aux yeux de Dieu, les propos ignobles, les actions viles et honteuses et jusqu'aux crimes des méchants.
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Le Pain Cher
Le Pain Cher
E pain cher!... La disette!... Ces mots sinistres, aujourd'hui prononcés de tous les côtés, répandent une émotion profonde. Car nul ne reste indifférent devant cette menaçante nouvelle. Elle fait de la peine à tous les braves gens, et aux pires égoïstes elle inspire quelque terreur. Les uns sont apitoyés, les autres inquiets; tous sont troublés. La
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question du prix du pain est la seule, en effet, que nous ne puissions pas remettre au lendemain, en disant, comme nous le faisons pour tant d'autres problèmes qui nous sollicitent : « Cela s'arrangera plus tard. y> Ici, l'optimisme et l'ajournement, qui ne sont souvent que des manifestations hypocrites de la froideur et de la dureté des coeurs, sont absolument interdits. La faim n'admet point de délais. Il y a urgence, devant les estomacs vides. A l'heure effrayante où les maigres commencent à crier : « Du pain! y> les gras sont bien forcés de se souvenir que, quand les afîamés n'ont rien à manger, ils sont prêts à mordre.
Qu'on y prenne garde. La taxe du pain, c'est le thermomètre qui indique le degré de patience des pauvres. Sur l'affiche blanche du boulanger, comme sur la pile d'un pont, où sont marquées les crues d'un fleuve et les dates des inondations célèbres, on peut noter le moment précis où la colère des misérables va déborder.
Le fléau vient d'éclater. On a élevé le prix du
LE PAIN CHER fl
pain et, demain sans doute, on sera forcé de l'augmenter encore.
Dans une grande partie de la France, la récolte est nulle; tout a été détruit, haché, pourri par les orages; et, dans les régions que la grêle a épargnées, c'est encore une mauvaise année, une année d'épis médiocres et de mesquines javelles. Notre consommation annuelle est de cent vingt millions d'hectolitres de blé. Il nous en manque, d'après les calculs les plus favorables, trente millions.
Donc, le dilemme s'impose, formidable : ou maintenir notre régime de douanes, ce qui semble à peu près impossible, car ce serait, à brève échéance, le pain trop cher et, chose encore plus grave, le pain trop rare, — ou rouvrir nos ports aux céréales à vil prix d'Amérique; et c'est la ruine des cultivateurs. Tout cela sans parler d'un autre danger, encore plus redoutable, c'est-à-dire de la spéculation sur les blés, de l'accaparement, que la Convention dut jadis châtier comme crime capital, mais que les lois actuelles ne
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poursuivent et ne punissent — assez faiblement, du reste — que lorsqu'il y a coalition d'accapareurs, coalition toujours facile à dissimuler. Or, si l'accaparement — et c'est, hélas! trop vraisemblable — vient compliquer et aggraver la crise actuelle, tout est à craindre, même la famine et ses effroyables conséquences.
Parbleu IJ' entends bien d'ici la voix onctueuse des éternels rassureurs :
« On exagère. On s'alarme à tort. Il n'y a point péril en la demeure. Ce n'est pas la première fois qu'on voit le pain à cinq sous la livre. Un sou de plus, c'est si peu de chose ! D'ailleurs le pain tient-il, aujourd'hui, une telle place dans le budget des travailleurs? Une aisance relative s'est répandue dans les classes laborieuses. Montrez-moi un ouvrier qui ne mange pas de la viande tous les jours, etc., etc. y>
Ne croirait-on pas entendre cette grande dame de l'ancien régime, qui, comme on disait devant elle que les pauvres gens manquaient de pain, s'écria : a: Eh bien, qu'ils mangent de la brioche ! »
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Les personnages qui vous tiennent ces discours ëmollients ont en général du bien au soleil, de solides rentes ou quelque bonne place. Ils sont vêtus d^imposantes redingotes, s'occupent d'iéconomie politique, et vous fourrent tout de suite sous le nez un in-octavo bourré de chiffres, qui vous prouve, clair comme le jour, que les pauvres sont dans leur tort et que, s'ils restent dans la misère, c'est qu'ils le veulent bien.
Ce sont des gens terribles. N'essayez pas de leur insinuer que, si la plupart des ouvriers se nourrissent en effet de viande, afin de résister à la fatigue, on voit pourtant sur leur table de ménage moins de gigots de mouton et de filets de bœuf que de grosses soupes où la cuiller tient debout et de platées de pommes de terre; qu'il y a un très grand nombre de pauvres vieux, de veuves chargées d' orphelins, d'ouvrières isolées et ne gagnant qu'un salaire infime, dont le pain est l'aliment principal, et qui ne se permettent, comme luxe de bouche, que la charcuterie et la salade; qu'un sou est un sou; que cinq centimes
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par livre de paîn et par jour font dix-huit francs au bout de Tannée; et que cinq ou six fois dixhuit francs, — et, dans beaucoup de familles populaires, on consomme quotidiennement cinq ou six livres de pain, — cela fait un total très inquiétant pour les petites bourses. N'essayez pas d'avancer de pareilles énormités devant un économiste armé de ses tableaux à deux entrées et de ses statistiques hérissées de reports et d'accolades. Il se fâcherait, vous répondrait que vous n'y entendez rien, vous traiterait enfin de sentimental et peut-être de socialiste.
Cependant, le fait est là. Le pain est cher, et si nous ne nous décidons pas promptement à faire une brèche dans cette muraille de la Chine où nous sommes enfermés par les lois protectionnistes, rhiver prochain le prix du pain augmentera encore davantage. Cette dernière supposition n'est pas admissible, car il y aurait là un danger public. Certainement, on finira par se résoudre à diminuer, au moins momentanément, les droits sur les blés étrangers, ce qui sera, d'ail-
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leurs, déplorable et portera un coup très sensible à l'agriculture française, déjà si profondément atteinte. Mais il le faut.
Hélas! que le monde est peu sage. Il est évident que la vérité de l'avenir, c'est le libre échange, et Ton doit, malgré tout, espérer que, tôt ou tard, les nations adopteront, pour régler leurs rapports économiques, la formule du gamin de Paris : « Donne-moi d'quoi qu' t'as, j'te donnerai d' quoi qu'jai. y> En attendant, elles en sont encore à la concurrence féroce, à la lutte sans pitié. Elles se font moins souvent la guerre à coups de canons, — tout en continuant de se ruiner à fabriquer des canons, — mais elles se font une guerre acharnée à coups de tarifs. Le seul soldat qui serve à quelque chose en ce temps d'armées inutiles, c'est le douanier. Sans les lois Méline, qu'on doit approuver, en somme, — car notre pays est dans le cas de légitime défense, — les États-Unis nous mitrailleraient avec du blé, nous bombarderaient de sacs de farine, réduiraient nos paysans à la famine en
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gorgeant la France de froment, nous tueraient avec ce qui fait vivre.
Il n'y a pas à dire, Thumanité est un peu bête.
Enfin, nous y sommes forcés. Résignons-nous et entre-bâillons la porte aux blés d'Amérique et d'Australie. Attention, pourtant! Et, si nous voulons rendre pour de bon aux pauvres gens le pain à quatre sous la livre, méfions-nous des accapareurs.
Mais ici l'optimiste intervient de nouveau :
(C Comment pouvez-vous prononcer un tel mot et quels horribles souvenirs évoquez- vous? En vous écoutant, je crois voir passer au bout des piques les têtes de Foulon et de Bertier, avec un bouchon de paille sanglante entre les dents. Accaparer le blé, aujourd'hui, avec la facilité des transports, est-ce possible?... Vous voulez rire..» Il n'y a plus d'accapareurs... J>
Pardon, cher monsieur, il y en a encore. On peut tout faire à force de millions, et la frénésie du gain est sans bornes. Vous connaissez aussi