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CHAPITRE SIXIÈME

Sommaire : i. — I^e 8 septembre : Tradition et I,égende. 2. — Sainte Anne et la Loi de Moïse. 3. — Admirable instruction de la Reine du ciel. 4. — Nouveau sujet de gloire pour la Bonne sainte Anne. 5. — La Sainte Vierge et sainte Anne dans le Temple. 6. — Nouvelles merveilles pour l'Enfant et sa Mère.

I. — La pieuse Tradition et l'aimable Légende se sont unies pom* nous rendre, à letu* manière, les Merveilles qui accompagnèrent la Naissance de Marie, V Enfant Bénie de la Bonne sainte Anne.

Purpurea ut viola, Rosada ut losn, Candens ut Hiia, Oritur Maria.

Empourprée comme la violette.

Fraîche comme la rose, Biillaute comme le lis, Marib apparaît à la terre.

(Missel français du Moyen-Age.)

" L'Eglise de la terre ignora longtemps le jour de la naissance glorieuse de la bien-aimée Vierge. Un pieux solitaire dont la vie, inconnue aux hommes, s'exhalait sous l'œil de Dieu comme le parfum des fleiurs au désert, entendait chaque année, dans la nuit du 8 septembre, d'angéliques harmonies qui descendaient des deux. Surpris de cette merveille, il pria le Seigneur de lui révéler ce que signifiaient ces concerts. Alors un ange lui appa-

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rut et lui dit : " La Vierge Immaculée qui est Mère de Dieu, est née cette nuit même ; les hommes l'ignorent, mais les anges chantent sa nativité dans les cieux."

Longtemps, en souvenir de cette vigile miraculeuse, les populations de la France méridionale, si dévouées au culte de Marie, conservèrent la coutume de passer en prières dans les églises la nuit de la Nativité. La voix des anges se mêlait aux concerts de la foule pieuse, répétant les saints cantiques dans le silence de la nuit, sous les voûtes illuminées par mille flambeaux, comme les dômes du ciel.

Depuis que leur secret fut ainsi communiqué au monde, l'Eglise célèbre, au 8 septembre, le jotu* de bénédiction où naquit la très sainte vierge Marie. Ce n'est pas sans un profond mystère, dit un chroniqueur, que cette naissance fut placée à l'époque de l'année où les arbres coirrbent vers la terre leurs rameaux chargés de fruits, où les grappes commencent à rougir aux ceps de la vigne, où le laboureur joyeux voit enfin couronner ses espérances. La vigne dont l'automne recueille les doux présents, n'est-ce point le peuple d'Israël qui jouit du Sauveur attendu par les prophètes et les patriarches ? ou plutôt n'est-ce pas Marie elle-même, cette vigne céleste produisant le vin qui fait germer les vierges ?

Cependant Anne et Joachim attendaient, dans l'allégresse, l'accomplissement de la parole de Gabriel. Enfin.

vers le comniencemeiit du mois de Tisri, vSeptième mois de l'année sacrée des Hébreux, le premier de leur année civile, et selon notre manière de compter, le 8 septembre de l'année 737, de la fondation de Rome, la vingt-sixième du triumvirat d'Auguste, la troisième de la cent quatrevingt-dixième olympiade, sous le consulat de FuriuB Ncpos et de Jtdius Silanus, un samedi, à l'aube du jour, lorsque toute la Judée afïluait à Jérusalem poiu: y célébrer la fête des Tabernacles ; le Temple, les portiques de la cité sainte, et les jardins qui l'entouraient, étant tout émaillés de nombreuses tentes de feuillages où s'abritait le peuple de l'antique alliance ; prêtres, lévites, sacrificateurs, vierges et musiciens étant occupés à relever l'éclat et la pompe des cérémonies, l'heureuse épouse de Joachim donnait le jour, sans douleur et sans confusion, à Celle qui devait être le temple véritable où résiderait le Dieu d'Israël.

I/'heureuse Anne, devenue mère, s'écria : " Mon âme sm'abonde de joie à la vue de ces merveilles; " et elle accueillit par un doux baiser la Vierge venant en ce monde. EUe continua ensuite l'hymne de son allégresse, et glorifiant Dieu, elle dit : * ' Béni soit le Dieu du ciel qui a exaucé nos prières et mes vœux, qui m'accorde les joies de la maternité, et qui donne à la tige stérile une fleur de grâce et de fécondité î ' '

Cependant Joachim, absorbé par les sentiments de la Teconnaissance et de la joie, remercia le Seignein: d'avoir

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effacé son opprobre et glorifié son nom parmi les enfants d'Israël.

Alors une voix se fit entendre du haut du ciel : '* Bénie sois-tu en ce monde, ô ma Bien-aimée ! Une compagnie céleste assiste à ta naissance ; jamais tant de joie n'avait paru chez les anges. Que le Saint-Esprit se repose en toi ! Le ciel et la terre seront soumis à ta puissance ! ' '

Ainsi fletuissait la tige desséchée de David, au milieu de ces campagnes que la Bénédiction du Seigneur venait encore visiter.

Quelque temps après cette bienheiureuse naissance, saint Joachim et sainte Anne réunirent, pour un grand festin, les prêtres, les principaux du sénat et du peuple et tous les membres de leur famille. La Vierge fut présentée aux prêtres, qui appelèrent sur son berceau les bénédictions du ciel.

*' Dieu de nos Pères, dirent- ils, bénissez cette enfant ; donnez-lui un nom qui soit célébré d'âge en âge ; " et tous les assistants répondirent: "Qu'il soit fait ainsi! qu'il soit fait ainsi ! " Anne, prenant alors dans ses bras cette Enfant de Bénédiction, éleva la voix et dit : *' Je chanterai im cantique de louange au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée pour me venger du reproche de mes ennemis. Le Seigneur Dieu m'a donné un fruit précieux de justice et de miséricorde : qui dira aux fils de Ruben qu'Anne déjà avancée en âge est devenue Mère ?

SA VIB Si

Tous les convives prirent part à son allégresse. Ils imposèrent à la fille de Joachim le nom de Marie, qni lui avait été donné par l'ange au jour de la promesse ( ' ).

2. — C'était un précepte de la Loi, au douzième chapitre du Lévitique, que si la femme donnait le jour à une fille, elle fut tenue pour impure pendant deux semaines, et qu'elle demeurât scixante-six jours dans sa purification. Kn outre, après sa purification, il lui était prescrit d'offrir en holocauste à la porte du tabernacle un agneau d'un an, et un pigeonneau ou une tourterelle pour le péché ; puis, de les remettre au prêtre, afin qu'il les offrît au Seigneur et priât pour elle, et qu'ainsi elle fût purifiée.

Les soixante- six joiu-s de la purification étant donc écoulés, sainte Anne se rendit au temple tout enflammée d'un pieux zèle, et portant elle-même sa Fille bénie. Elle se présenta à l'entrée du tabernacle avec l'offrande que la loi exigeait, accompagnée invisiblement d'ime multitude innombrable d'anges ; et elle eut un entretien avec le vénérable Siméon, qui, toujours fort assidu au temple, reçut par privilège cette singulière faveur que toutes les fois que Marie était offerte au Seigneur dans le temple, ce fut en sa présence et par son ministère. Ce saint pontife, comme on le verra dans la suite, ne devinait pas dans chacune de ces occasions la dignité de cette auguste

(i) Légende de Notre-Dame, ch. II.

Reine, mais il eut toujours dans son âme le vif pressentiment que cette Enfant était très grande aux yeux de Dieu.

Sainte Anne lui offrit l'agneau et la tourterelle avec les autres choses qu'elle portait, et le conjura humblement et avec beaucoup d'insistance de prier le Seigneur pour elle et pour sa Fille, afin que, s'il se trouvait en elles quelque défaut, il le leur pardonnât. La majesté divine n'eut rien à pardonner ni en la Fille ni en la Mère auxquelles la grâce était si abondante ; elle trouva plutôt un sujet de récompense en leur profonde humilité, puisque, étant l'une et l'autre très saintes, elles se croyaient pécheresses et se présentaient comme telles. Quand le saint prêtre reçut l'offrande, il ressentit dans son âme une ardeur, une joie et une consolation extraordinaire ; et, sans en comprendre la cause ni manifester ses impressions, il dit en lui-même : Quelle nouveauté est celle-ci ? Seraitce que ces femmes fussent parentes du Messie attendu? Demeurant dans cette agréable indécision, et pénétré de cette joie intérieure, il les accueillit avec une grande bienveillance.

La bienhetureuse Anne s'avança donc portant sa très sainte Fille entre ses bras, et l'offrit au Seigneur avec des larmes de dévotion et de tendresse, comme étant la seule au monde qui connût le trésor qu'elle avait reçu en

dépôt (0.

(i) La scène de la Nativité de la Sainte Vierge commence la série des tableaux que le verrier, l'eutailleur d'images, consacraient à la gloire de la Mère de Dieu : on la trouve fréquemment, comme

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