‹ La bonne Ste AnneChapitre 27 sur 71 · ET PIEUX MÉDECIN DE LA VILLE DE · texte numérisé non relu

ET PIEUX MÉDECIN DE LA VILLE DE

TRAPANI (Sicile).

A Trapani (^) vers la fin de l'année 1665, André Mursia, un des médecins de la ville, homme pieux et savant, était tombé dangereusement malade. La maladie fut jugée si grave que les autres médecins, ses collègues

(i) Ou Trapano.

et amis, ordonnèrent qu'on lui portât le Saint Viatique -avec l'extrême-Onction. La maladie résistait à tous les remèdes : on jugea le cas désespéré. L,e prêtre de Jésus- Christ prépara avec beaucoup de charité, au grand voyage de l'éternité, son malade qui l'écouta avec la plus douce sérénité d'esprit et une admirable soumission à la volonté du bon Dieu.

Nous, qui par une permission du ciel, avons, dans notre vie, assisté à letu: dernière heure, tant de pauvres malades, en Europe, en Afrique, en Asie, et même ici en Amérique, nous avons toujours constaté que le bon Dieu accordait plus facilement ses faveurs de choix aux personnes les plus calmes et les plus résignées. Témoin, entre autres, un père de famille, jeune encore, qui se mourait de consomption. Le mal était à sa dernière période. J'allai lui porter une dernière consolation : on m'assura que je le trouverais mort. Il respirait encore, et il me dit d'une voix mourante. "Mon Père, je remets mon âme entre les mains de mon Créateur. Je suis bien content de mourir ; mais si je désirais vivre, ce serait pour tous ceux-là. " Et sa main défaillante me montrait huit ou dix enfants, encore en bas âge, son épouse éplorée, et plusieurs autres membres de sa famille, en tout vingt personnes, qui me dirent en pleurant, et avec un accent de tristesse qui déchirait le cœur : "S'il meurt, nous sommes tous dans le chemin. ' ' Le moribond avait une sincère dévotion à la bonne sainte Anne. Je n'étais chez lui que de passage : quatre mois plus tard, dans une

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paroisse voisine, un homme bien mis se présenta à moi. C'était monsieur P., plein de santé, et qui me raconta, tout joyeux, sa guérison vraiement miraculeuse?

Notre médecin de Trapani était, lui aussi, fort dévot à la bonne sainte Anne. Il avait vécu dans la ville privilégiée où la grande Sainte, par le zèle et les mérites du Vén. Innocent de Cliiusa, accomplissait tant de merveilles. Comme médecin surtout, il avait été témoin de ses intarissables bienfaits. C'est pourquoi il demanda avec confiance qu'on lui apportât les saintes Reliques de la grande Thaumaturge, que l'on vénérait dans l'église de notre Couvent. Le Gardien (supérieur), qui était alors le R. P. Joseph Marie di Termine, envoya avec un socius le Père Jérôme de Salémé, pour porter au moribond le précieux trésor. André les embrassa, ces chères et saintes Reliques, avec une expression visible de la plus vive confiance ; et il se recommanda avec foi à la grande sainte. La foi ! ah, si nos chers Canadiens avaient toujours bien la foi, eux qui ont pourtant tant de confiance en leur grande Bienfaitrice, la bonne sainte Anne, ils verraient bien d'autres merv^eilles. Je voudrais qu'ils n'oubliassent jamais ce mémorable avis de saint Paul, qui dit ** que sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ", et qu'ils apprissent tous par cœur, les entraînantes paroles par lesquelles le même grand Apôtre rappelle les étonnants prodiges opérés par la foi. Elle avait la foi, cette mère de famille, vraie Canadienne, qui vint me trouver, îl y a dix ans, du fond du Saguenay, faisant un voyage^

de plus de soixante lieues, au grand risque de ne point nie rencontrer, pour vénérer, comme André Mursia à Trapani, des Reliques singulièrement chères à la bonne sainte Anne. Pour l'éprouver, je lui demandai si elle avait la foi. Elle me répondit avec beaucoup d'aisance et de dignité : " Oui, mon Père, j'ai la foi : et c'est pour cela que nous venons de si loin, moi et mon jeune fils que voici, âgé de 11 ans. Nous sommes condamnés tous les deux par les médecins à perdre la vue. Mon Père, j'ai quatorze enfants ; et je ne veux pas les confier à une étrangère. Je veux les élever moi-même : or, pour les élever, il faut les voir. Je viens pour être guérie avec mon fils. . . et je serai guérie. " Je cite textuellement ses propres paroles. Il y avait avec nous de nombreux témoins : nous en fûmes tous dans l'admiration, et chacun disait à part soi : ** Quelle foi ! vraiment le bon Dieu exaucera cette mère de famille." Bile fit une neuvaine de prières avec nous, et après cela elle nous apprit toute radieuse qu'elle était guérie et que son jeune fils était aussi parfaitement guéri !

Mais hâtons- nous de rejoindre les deux Religieux qui ont porté les saintes Reliques au pieux médecin de Trapani, et recueillons-nous pour être mieux témoins d'une grande merveille !

Les deux Religieux, sur la prière du malade et des ftmis de la famille, laissèrent là les saintes Reliques et retournèrent à leur Couvent.

Le Père Gardien alla à son tour faire une visite au malade, et pour sa consolation, il ouvrit le Reliquaire ; celui-ci, comme il le déclara plus tard, en vit sortir une brillante lumière, ce qui le remplit de la plus douce émotion. Toutefois, la maladie allait s' aggravant d'heure en heure : André en était arrivé au point où ses serviteurs songeaient déjà à sa sépulture et aux préparatifs immédiats de ses funérailles. Mais voici que vers minuit, lorsque déjà on n'entendait plus que son dernier souffle, le malade eut une vision ! Plusieurs de nos Religieux, qui s'étaient joints au Père Gardien, et qui priaient avec persévérance pour lui obtenir une tranquille agonie et une sainte mort, entendirent tout-à-coup le moribond s'adresser d'une voix distincte à sa mère en pleurs, et lui dire ; * * Quelle est donc cette personne âgée qui est là ? — Mon pauvre enfant, il n'y a point de personne âgée ici, autre que moi qui suis votre mère ! — Oh ! oui. . . je la vois là devant moi." — Les personnes présentes crurent le moribond dans le délire, ou peut-être sous l'influence d'une tentation de l'esprit mauvais, comme cela arrive souvent à cette heure suprême. Alors Celle qu'il avait invoquée avec foi, confiance et amour. Celle dont il avait vénéré avec tant d'affeélion les saintes Reliques, en présence des Religieux qui desservent son Sanctuaire et propagent son culte, en présence de sa mère désolée et de ses amis sincères, la grande et bojine sainte Antie se montra visiblement toute resplendissante de lumière, se totam splcndidam manifestavit, lui donna sa bénédiction

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et disparut, laissant le moribond parfaitement guéri et plein d'une consolation toute céleste !

Les autres médecins, ses collègues, accompagnés d'un grand nombre de personnes des plus distinguées de lai ville et des alentours, tous ayant ouï ce prodige, se rendirent chez André Mursia, pour lui entendre raconter le miracle de sa propre bouche, et pour remercier avec lui sa céleste bienfaitrice.

" Quelque temps après, me trouvant moi-même à Trapani, André Mursia me raconta personnellement le prodige, versant des larmes d'émotion ; et depuis, il ne passe pas un seul jour sans venir faire, dans notre église sa visite d'action de grâces à la grande et bonne Sainte Anne."

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