‹ La bonne Ste AnneChapitre 32 sur 71 · DOUBLE GUKRISON D'UN PAUVRE MUET TOMBÉ EN DÉMENCE · texte numérisé non relu

DOUBLE GUKRISON D'UN PAUVRE MUET TOMBÉ EN DÉMENCE

Le miracle suivant a été, comme les autres, juridiquement examiné par l'Autorité Compétente.

Je puis appeler à témoin, dit le rapporteur, je puis appeler à témoin du miracle suivant, toute la paroisse de

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Milisac, diocèse saint Pol de Léon. Là, en l'année 1654, le nommé Bernard Lunven, par suite d'un grand mal de tête, tomba dans la mélancolie et insensiblement ensuite dans la démence. De plus, le jour des Cendres, il avait perdu l'usage de la parole. Sa folie consistait surtout à refuser toute nourriture et tout breuvage : il fallait recourir à la violence ; autrement il serait inévitablement mort de faim. Il s'obstinait également à rester au Ht, sans jamais se lever : ici encore il fallait employer la force pour l'en arracher, chaque fois qu'on voulait lui apporter un peu de soulagement.

Marie Bizian, son épouse, avait essayé, mais sans succès, tous les moyens humains : alors d'après le conseil de son père, Jean Bizian, elle le remit entre les mains de la Bonne sainte Anne et promit un pèlerinage à son sanctuaire. Lorsque le jour fixé fut venu, on fit signe au pauvre malheureux de se lever, et on essaya de lui faire comprendre qu'il irait à la pieuse chapelle de Lugullat, sur la route de Carhais, à deux heures de Landerneau.

Bernard, à la grande surprise de tous les assistants, se leva de lui-même, immédiatement, ce qu'on n'avait obtenu de lui depuis trois ans que par violence. Bien plus, il parut tout joyeux, lorsque revêtu de ses habits, il comprit qu'on allait faire le pèlerinage au sancfluaire de la bonne sainte Anne.

Tous craignaient, après une si longue infirmité, que

•^ LEGENDE

Par la porte de Saint-Etienne, à l'Orient de la Yille Sainte, on descend rapidement dans la Vallée de Josaphat, où, sur un pont en maçonnerie de peu d'apparence, on traverse le torrent de Cédron. A 40 pas, toujours vers l'Orient, on arrive à un escalier de 16 marches qui aboutit au parvis du Sanctuaire de l'Assomption. Ce parvis, dallé et de forme quadrangulaire a une superficie d'environ 20 pas carrés. Encore vers l'Orient, une étroite impasse conduit à la sainte Grotte de l'Agonie. Au Nord, on a devant soi la Façade du Sanctuaire de l'Assomption, telle qu'elle est représentée ici dans notre gravure.

Un vaste escalier de 48 marches mène, en pente douce, à l'église souterraine, oii Ton vénère le Tombeau (vide) de la glorieuse Vierge Î^Iarie. Kous donnons le plan général de la sainte Basilique, à la gravure suivante (XI.).

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son grand ctat de faiblesse ne lui permettrait pas de .se tenir à cheval pour faire le voyage : mais le malade, immédiatement après la promesse de sa femme, prit tant de forces qu'il se tint parfaitement à cheval, toute la dvirée du chemin, seul, sans le secours de personne. C'est ainsi qu'en passant, il fit sa visite à la chapelle deLugullat, et arriva au sanctuaire de sainte Anne le 19 juillet

En mettant pied à terre, sa femme envoya François Bizian, son frère, avec une autre personne, aux Pères Carmes (gardiens du Sanctuaire) pour leur faire connaître l'infirmité de son mari, et leur demander un Père qui pût entendre la confession d'un muet.

En attendant, elle entendit, avec son mari, la sainte messe qui se disait au maître- autel. Le saint Sacrifice terminé, Bernard laissa sa femme continuer sa prière ; et pour lui, il alla se mettre devant l'image vénérée de la grande Sainte, où il pria quelque temps : il se mit ensuite, toujours seul, à visiter le sanctuaire.

Sur ces entrefaites arriva le Père Théodore, à qui l'on avait expliqué l'état de Bernard : le confesseur le prenant à part, le conduisit à un oratoire séparé, et là lui fit comprendre qu'il le confesserait au moyen de signes, comme 'On le fait pour un muet.

A ce moment-là même la langue de Bernard se délia «>et il répondit tranquillement au Père Théodore : "Je n'ai

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pas besoin de signes, mon Père : en quelle langue voulez-vous m' entendre ? Je me confesse avec la même facilité soit en Breton, soit en langue française."

Après sa confession, il alla retrouver sa femme et ses autres parents qui, avec une surprise pleine de joie, l'entendirent parler avec une entière aisance. Il fit ensuite la sainte Communion, entendit plusieurs messes, en a<5lion de grâces, alla prendre, tout réjoui, son dîner au Couvent des Pères, et retourna enfin, à pied, à sa demeure.

Et aujourd'hui, Bernard Lunven, parfaitement sain de corps et d'esprit, gouverne correctement sa maison et faitusage de sa langue sans aucune difficulté.

UNE TEMPHTE APAIvSÉE.

Sluse, ville de Flandre, autrefois port de mer fiorissant, appartient aujourd'hui à la Hollande, et se trouve entre les mains de nos frères séparés par le Protestantisme. Cette ville était jadis habitée par des Catholiques, témoins nos illustres martyrs de Gorcum si horriblement mutilés par les Huguenots, en haine de la Papauté et du Dogme, pourtant si consolant pour tous, de la divine Eucharistie.

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Un jour, une multitude de passagers se trouvaient ensemble sur un même navire, faisant voile pour l'Angleterre. La traversée ne devait pas être longue, tout le monde le sait, les deux pays étant assez rapprochés l'un de l'autre, mais la mer du Nord est fertile en tempêtes. Combien de fois, étant encore presque enfant, du haut de nos Dunes (collines de sable) l' avons-nous vue en furie ; et une fois entr' autres vers la Fête de notre grand saint Eloi, nous vîmes, dans une grande tourmente, plusieurs grands navires jetés à la côte. L'un d'eux, énorme troismâts, aussi longtemps qu'il ne fut point renfloué, servit de but de promenade aux nombreux désœuvrés qui contemplaient avec une sorte de stupeur, ce véritable géant jeté sur la plage, à la distance de plus d'un mille aux eaux basses, et qui ne mesurait pas plus de trois pieds d'eau à sa quille, à la marée haute.

Un autre était couché sur les flancs : la violence des flots l'avait ouvert par le milieu, de telle sorte que l'horizon se montrait libre du côté opposé, à l'œil du spectateur, placé à une très- grande distance. C'est là que nous vîmes, pour la première fois, les émotions qui remplissent le cœur d'un homme échappé au naufrage. C'était un homme, petit de taille, et qui durant de longues heures avait lutté seul, au milieu de la mer en courroux ; il venait enfin de toucher terre. Il était sauvé. Cet homme était tellement hors de lui-même, et sa joie de se trouver en vie, si grande, qu'il ne sentait ni le froid

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excessif, (c'était au mois de Décembre) ui l'excès de fatigue, qui sans un vrai miracle, aurait dû briser ses forces : il était /ou de joie ! . . . .

Nos passagers de Sluse se trouvaient déjà en pleine mer. Vers le soir, une brume épaisse enveloppa le navire : à la brume s'ajouta un calme plat. Tous les navigateurs savent encore que le calme plat est ordinairement le signe avant-coureur de la tempête. Le capitaine exprima ses craintes à l'équipage. Il cessait à peine de parler que subitement de l'Aquilon s'éleva un vent violent, et qu'au calme succéda réellement la tempête. Ainsi les infortunés matelots, avec tous les passagers, se trouvèrent tout-à-coup en butte à une triple calamité, noctis, nebulœ et tempestatis, dit le chroniqueur, la nuit, la brume épaisse, la tempête.

Dans cette extrémité, tous, en bons catholiques qu'ils étaient encore, tombèrent à genoux, conjurant le Ciel de venir à leur secours ; qui par l'invocation de la Très- Sainte Vierge Marie ; qui par sainte Catherine ; qui par saint Jacques ; qui par saint Pierre ; chacun selon sa dévotion particulière et dans l'élan spontané de son propre cœur. Personne ne songea à invoquer la Bonne SAINTE Anne ! Alors, l'un d'eux qui avait déjà expérimenté la bonté de notre grande Thaumaturge, élevant la voix, adressa une chaleureuse exhortation à tous les passagers, en péril comme lui-même, et leur dit : " Invoquons sainte Anne, la très clémente sainte Anne ; et faisons

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vœu, si nous écliappous au péril, de lui offrir un dony A ces mots, tous d'un même cœur et d'une même voix invoquèrent vSAInTK Anne, en union avec sa Fille Bénie, l'Etoile de la mer, et son Fils Bien-aitné, la Lumière du monde. Jésus, dans le Ciel bénit son Aïeule, et la douce Reine des Anges laissa tomber sur sa Mère un regard virginal. Et voilà qu'immédiatement, par ordre de la sainte, les ténèbres fuient, la pluie cesse, le ciel se montre serein, le j^/^z7 semble briller comme en plein midi. Tous les passagers avec l'équipage laissent éclater leurs transports d'allégreSvSe et remercient avec effusion leur incomparable Bienfaitrice. Le navire cingle tranquillement vers le port.

Lorsqu'ils arrivèrent devant son entrée, le Tout-puissant, pour leur mieux faire comprendre le prodige, ramena la pluie et les ténèbres : ce qui toutefois ne les empêcha pas d'y entrer facilement et avec la plus grande sécurité.

A leur retour, ils accomplirent scrupuleusement leur vœu : une belle plaque commémorative, placée en ex-voto à l'autel de la Bonne sainte Anne à Sluse, attesta ce grand Prodige.

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