‹ La bonne Ste AnneChapitre 43 sur 71 · DE SAINT-DOMINIQUE · texte numérisé non relu

DE SAINT-DOMINIQUE

L,a Bonne sainte Anne a toujours marqué sa prédilection pour les âmes candides et pures. L'exemple suivant en est encore une preuve éclatante :

La Bienheureuse Benvenuta de Frioul, de l'Ordre du Patriarche saint Dominique, à l'approche de la Fête de la Nativité de la sainte Vierge, pour laquelle elle avait une singulière dévotion, eut le désir de voir Marie, telle qu'elle était dans ses plus tendres années, et lorsqu'elle était encore portée dans les bras de sa douce et aimable Mère, la Bonne sainte Anne. Elle se mit donc en oraison, et pria la Vierge Immaculée de daigner la consoler par une semblable vision, avec la faveur de pouvoir l'embrasser, avec une tendre et respedlueuse affeélion, comme on embrasse une aimable et innocente enfant à cet âge. La douce Reine des Anges eut pour agréable cette naïve simplicité de sa petite servante. Et voilà que précisément la nuit même de la Nativité de la Vierge, pendant que Benvenuta se livrait, dans l'oraison, à ses plus ardents désirs, l'Archange saint Gabriel, et l'Archange

saint Raphaël lui apparurent et lui dirent: "Sache, Benvenuta, que tes désirs ardents ont été exaucés : le Seigneur a condescendu avec bonté à ce que sainte Anne te présentât notre commune Reine et Maîtresse, la Reine du Ciel et de la terre, que tu as tant désiré de voir au jour anniversaire de sa naissance." Cela dit, les deux Messagers Célestes enseignèrent à la Bienheureuse comment elle devrait honorer leur Reine, à son apparition, et disparurent.

Cependant, la chérubique enfant de saint Dominique attendait, avec une avidité extrême, la réalisation de la promesse faite par les Anges. Et voici qu'après une très brève attente, lui apparaît sainte Anne avec sa Fille, mille fois Bénie, la petite Marie de Juda, enlaçant, avec un sourire tout céleste, de ses petits bras enfantins, le cou de son aimable Mère. A cette vue, la petite servante du Seigneur, conformément à Tinstrudlion des Anges, se prosterne contre terre : après un instant de vénération muette, elle se lève, et elle voit la petite Marie qui commence à lui tendre ses deux petites mains, exprimant par là qu'elle désire reposer dans les bras de sa petite et pieuse servante, Benvenuta. Alors, la servante de Dieu, avec une humilité très profonde, mêlée à une inexprimable allégresse, la prit des bras de sainte Anne, et la pressa doucement contre son cœur. C'était le Paradis sur la terre : cette excessive condescendance de la Reine du Ciel, envers son humble servante, plongeait la Bienheureuse dans une extase d'amour, dont il est donné aux

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saints seuls de savourer les di^lices ; et cela dura l'espace d'une heure entière. Durant tout ce temps, la Sainte Vierp^e s'entretint familièrement avec la Bienheureuse, lui parla de la joie des Saints, dans le beau Paradis, et de toutes les merveilles du séjour des Elus. L'heure passée, la très sainte Enfant retourna dans les bras de sainte Annr, sa Mère, et la vision disparut. Les deux Saintes remontèrent au ciel, et l'innocente fille de saint Dominique continua, sur la terre, à imiter les vertus de son incomparable Père. Par son grand esprit de mortification, disent les Lcçojis de V Office de la Bienheureuse, elle passait une partie de ses nuits en prières, et quand, vaincue par la fatigue, elle était obligée de se coucher, elle s'étendait à terre et plaçait une pierre pour soutenir sa tcte. Chaque nuit elle se donnait la discipline jusqu'à trois fois. Ces dures austérités eurent vite épuisé sa santé. Elle tomba malade. Suffoquée par de continuels étouffements, il ne lui était plus possible de se coucher ni de se tenir debout ; il fallait qu'elle fût toujours assise. Cette position lui occasionna des ulcères si douloureux, qu'on ne pouvait plus la remuer, mcme légèrement, sans lui infliger de véritables tortures. Au milieu de ces souffrances, jamais la patience de la Bienheureuse ne se démentit, et jamais elle ne cessa de se livrer à la prière. Après cinq années de maladie, elle se fit transporter au tombeau de saint Dominique et obtint une guérison complète. De retour dans son pays, elle recommença ses mortifications, et s'affranchit si bien de l'empire de ses

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sens qu'elle semblait ne plus exister que pour le Ciel. . . Elle mourut le 29 octobre 1292. De nombreux miracles s'opérèrent à son tombeau. Son culte fut approuvé par Clément XIII, en 1765."

Puissent tous nos pieux I^ecteurs imiter, sinon les grandes austérités de l'illustre Vierge de Frioul, au moins son invincible patience^ dans les épreuves de la vie, et son grand esprit de prière. Par là, ils mériteront, comme elle, ici-bas, la protection du Ciel ; et, s'il plaît à Dieu, même les prévenances célestes de la Reine du Ciel, la Vierge Marie, et de sa très compatissante Mère, la Bonne sainte Anne ; et après cet exil, où les souffrances après tout ne sont que passagères, une gloire éternelle là- Haut, dans les splendeurs du beau Paradis !

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