CHAPITRE DEUXIEME
Sommaire; : i. — Epreuve et résignation. 2. — Saint Joacliim, retiré dans la solitude, adresse à Dieu sa prière. 3. — Prière de sainte Anne. 4. — La très-haute sainteté de Joachim et d'Anne. 5. — Conseil de la Très-Sainte Trinité. 6. — Message de l'Archange Gabriel à saint Joachim,
I. — Dieu prévint la vénérable sainte Anne de ses plus douces bénédictions, lui communiquant des dons très sublimes de grâce et de science infuse, pour la disposer au bonheur incomparable de mettre au monde celle qui devait être la Mère du Seigneur lui-même. Ht comme les œuvres du Très-Haut sont parfaites et achevées, il la rendit digne mère de la plus parfaite des créatures, de celle qui, supérieure à toutes les autres, devait être inférieure à Dieu seul en sainteté (^).
Cependant, comme de grandes tribulations sont réservées aux âmes justes, et que, suivant la parole de l'Ange à Tobie, si quelqu'un est agréable à Dieu, il est nécessaire que la tribulation vienne le visiter : la bonté du Seigneur agissant ainsi vis-à-vis de l'âme juste, afin que
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sa patience puisse être donné en exemple à la postérité, comme celle de Tobie et du saint homme Job, la vénérable sainte Anne, comme preuve des grandes faveurs dont le Tout- Puissant la comblait avec usure, devait, avec son vertueux époux, passer par le même chemin des épreuves et de la dure tribulation !
Ces saints Epoux passèrent vingt années sans avoir aucun enfant, ce qui était réputé en ce temps-là et parmi les Hébreux comme une grande honte. Aussi furent- ils en butte aux sarcasmes de leurs voisins et de leurs propres amis ; car on croyait que ceux qui n'avaient point d'enfants ne profiteraient point de la venue du Messie qu'on attendait. Mais le Très-Haut, qui voulait éprouver ses serviteurs et les disposer par cette humiliation à la grâce qu'il leur' destinait, ainsi que nous venons de le dire, leur donna la patience nécessaire pour se conformer aveuglément à ses divines dispositions, et pour savoir semer dans les larmes et dans la prière cet heureux fruit qu'ils devaient ensuite recueillir.
Ils le demandèrent du plus intime de leur cœur, suivant l'ordre exprès qu'ils avaient reçu du Ciel ; et ils promirent au Seigneur, par un vœu particulier, que, s'il leur donnait un enfant, ils le lui offriraient dans le Temple, et le consacreraient à son service comme un fruit de bénédiction qu'il leur aurait accordé.
Le vœu de cette offrande fut fait par une inspiration particulière du Saint-Esprit, qui exigeait que celle qui
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devait servir de demeure au Fils unique du Père fût offerte et comme consignée par ses propres parents au Seigneur avant qu'elle reçût l'être. Car s'ils ne se fussent obligés par un vœu spécial de l'offrir au Temple avant de la connaître et de la posséder au milieu d'eux, ils eussent eu ensuite, la voyant si belle, si douce, et si agréable, toutes les peines imaginables pour s'en séparer, et ne l'eussent offerte qu'à contre-cœur, à cause du grand amour qu'ils auraient eu pour elle. Par cette offrande anticipée, le Seigneur ne satisfaisait pas seulement le sentiment jaloux, pour ainsi dire, qui le portait à vouloir que nul autre que lui n'eût aucun droit sur sa très-sainte Mère ; mais il calmait aussi l'impatience que son amour lui inspirait de venir sur la terre.
Lorsque, depuis un an entier, ils persévéraient dans ces ferventes supplications, selon l'ordre qu'ils en avaient reçu du Seigneur, il advint que saint Joachim alla au Temple de Jérusalem par une inspiration divine et par un commandement exprès, afin d'y offrir des prières et des sacrifices pour la venue du Messie, et d'obtenir la grâce qu'il désirait. Il y était entré avec d'autres habitants de Nazareth pour y offrir, en présence du Grand- Prêtre, les dons accoutumés, quand un prêtre appelé Issachar lui adressa une forte réprimande de ce qu'il faisait son offrande, lui dont la femme était stérile. Au milieu des reproches qu'il lui faisait, il lui dit : " Joachim, pourquoi apportes- tu ton offrande, toi qui es un homme inutile? Sépare-toi des autres et va-t-en ; n'irrite point le
Seigneur par tes offrandes et par tes sacrifices, car ils ne sont pas agréables à ses yeux." Le saint homme, tout honteux et confus, s'adressa avec une humble et amoureuse affection au Seigneur, en ces termes : ** Mon souverain Seigneur, Dieu éternel, ce sont vos ordres et votre volonté qui m'ont fait venir au Temple ; celui qui y tient votre place me méprise ; sans doute mes péchés ont mérité cet fiffront ; je l'accepte donc pour l'amour de vous ; pourtant ne repoussez pas, Seigneur, l'ouvrage de vos mains. ' '
2. — Après quoi Joachim, sortant du Temple, afûigé mais tranquille, se retira dans une maison qu'il avait à la campagne ; et, durant les quelques jours qu'il passa dans cette solitude, il exhala ses soupirs devant le Seigneur, et lui fit cette prière : " Dieu d'éternelle majesté, de qui dépendent la vie et l'entière réparation du genre humain, prosterné en votre sainte présence, je supplie votre bonté infinie de regarder d'un œil favorable r affliction de mon âme, et d'exaucer mes prières et celles d'Anne votre servante ; car vos yeux pénètrent tous nos désirs. Que si je ne mérite pas d'être exaucé, ne rejetez pas mon humble épouse, Seigneur Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, nos ancêtres ; ne détournez point de nous votre clémence, et, puisque vous êtes notre Père, ne permettez pas que je sois du nombre de ceux dont les offrandes sont rejetées, seulement parce que je suis inutile, et que vous ne me donnez point de postérité. Souvenez-vous, Seigneur, des sacrifices et des oblations de vos
serviteurs et de vos prophètes mes ancêtres, et regardez les œuvres que votre œil divin a trouvées en eux dignes de vous plaire. Et puisque vous exigez, Seigneur, que je vous parle avec confiance, comme au Tout- Puissant infiniment riche en miséricorde, accordez-moi ce que je désire et vous demande par votre ordre ; car en vous le demandant, j'obéis à votre sainte volonté, et par là vous me promettez d'exaucer ma prière. Que si mes péchés arrêtent vos miséricordes, éloignez de moi ce qui vous déplaît et cause cet obstacle. Vous êtes tout-puissant. Seigneur Dieu d'Israël, et vous pouvez opérer sans aucune difficulté tout ce qu'il vous plaira. Ecoutez mes prières ; bien que ce soit un pauvre et misérable mortel qui vous les adresse, votre miséricorde n'en est pas moins infinie, et vous êtes toujours porté à en user envers les humbles. Où trouverai-je mon refuge, sinon en vous, qui êtes le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs et le Tout-Puissant? Vous avez comblé vos enfants et vos serviteurs de bénédictions et de faveurs en leurs générations, et vous m'avez appris à attendre et à espérer de votre libéralité ce que déjà vous avez opéré au profit de mes frères. Si c'est votre bon plaisir de m' accorder ma demande, j'offrirai et je consacrerai à votre saint Temple et à votre service le gage de postérité que je recevrai de votre main libérale. J'abandonne mon cœur et mon âme à votre divine volonté, et vous savez que j'ai toujours cherché à détourner mes yeux de la vanité. Faites de moi tout ce qu'il vous plaira, Seigneur, mais consolez
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nos âmes par la réalisation de nos espérances. Regardez du trône de votre Majesté cette vile poussière, afin qu'elle vous glorifie et vous adore, et que votre sainte volonté soit accomplie en toutes choses, et non pas la mienne. ' '
3. — Tandis que Joachim faisait cette prière dans sa solitude, le saint ambassadeur ( ^ ) déclarait à sainte Anne qu'il serait agréable au Très-PIaut qu'elle lui demandât une postérité avec les mêmes intentions pieuses et avec le vif désir qu'elle avait de l'obtenir. Aussitôt la sainte femme sachant que telle était la volonté de Dieu et celle de son époux Joachim, se prosterna devant le Seigneur avec une humble soumission et confiance, et lui adressa cette prière: "Auguste Majesté, Seigneur, créateur et conservateur de toutes choses, que mon âme honore et adore comme le Dieu véritable, infini, saint et éternel, je parlerai en votre royale présence et je vous exposerai mes besoins et mon affliction, quoique je ne sois que cendre et poussière. Seigneur Dieu incréé, rendez-nous dignes de votre bénédiction, en nous donnant un fruit saint que nous vous puissions offrir dans votre Temple. Souvenez-vous, Seigneur, que votre servante, Anne, mère de Samuel, était stérile et qu'elle obtint de votre libérale miséricorde l'accomplissement de ses désirs. Je ressens dans mon cœur une impulsion qui me force de vous demander d'user à mon égard de la
(i) ly'archange saint Gabriel.
même miséricorde. Exaucez donc, mon très-doux Seigneur, mon humble prière, et souvenez-vous des services, des offrandes et des sacrifices de mes aïeux, et des prodiges que le bras de votre toute puissance a opérés en leur faveur. Je voudrais bien, Seigneur, vous préiienter une oblation qui vous fût agréable et que vous puissiez accepter ; mais la plus grande que je puisse vous offrir est mon âme, mes facultés, mes sens, et tout l'être que vous m'avez donné. Et si, daignant me regarder de votre trône divin, vous me donnez un enfant, je le consacre et je l'offre dès à présent au Temple, pour vous servir. Jetez, Seigneur, Dieu d'Israël, les yeux de votre bénignité sur cette vile et pauvre créature, consolez votre serviteur Joachim, accordez-nous notre demande ; et que votre sainte et éternelle volonté s'accomplisse en toutes choses. ' '
4. — Telles sont les prières que firent saint Joacliim et sainte Anne. En en comprenant le sens, j'ai découvert une si haute sainteté en ces heureux époux, qu'il me serait impossible, à cause de ma grande ignorance, d'exprimer toutes les pensées et tous les sentiments qui me viennent ; cela, du reste, n'est pas nécessaire, et ce que j'en ai dit suffit à mon sujet. Que si l'on veut se former une juste idée de cette sainteté, on n'a qu'à la mesurer et la proportionner d'après la très-haute fin et le sublime ministère pour lesquels Dieu avait choisi Joachim et Anne : or c'était d'être les aïeux immédiats de Notre-
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Seigneur Jésus-Christ, et les parents de sa bienheureuse Mère !
5. — Les prières de saint Joachim et de sainte Anne montèrent jusqu'au trône de l'auguste Trinité où elles furent agréées et exaucées. Alors la volonté divine fut manifestée aux anges bienheureux, comme si, à notre façon de concevoir les choses, les trois personnes divines leur eussent parlé en ces termes: ''Nous avons déterminé dans notre bonté que la personne du Verbe prenne chair humaine, pour réparer ainsi tout le genre humain : nous l'avons annoncé et promis aux prophètes no? serviteurs, afin qu'ils le prédissent au monde. La malice et les péchés des hommes sont arrivés à un tel excès, qu'ils nous obligeraient d'exercer notre justice dans toute sa rigueur ; mais notre clémence et notre miséricorde surpassent toutes leurs iniquités, qui ne sauraient éteindre notre charité. Considérons qu'ils sont les ouvrages de nos mains, et que nous les avons créés à notre image et ressemblance, afin qu'ils fassent héritiers et participants de notre gloire éternelle. Considérons encore les agréables services que nos serviteurs et amis nous ont rendus, et le grand nombre de ceux qui se distingueront par les louanges qu'ils nous adresseront et par la pratique des vertus qui nous plaisent. Arrêtons surtout nos regards sur CKI.LK qui doit être élue entre toutes les créatures, sur CELLE qui sera le plus cher objet de nos délices et de nos complaisances, et qui doit recevoir en son sein la personne du Verbe, pour le revêtir
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de la mortalité de la chair humaine. Or, puisque l'œuvre dans laquelle nous devons manifester au monde les trésors de notre Divinité va commencer, prenons les moyens d'exécuter ce mystère. Joachim et Anne ont trouvé grâce devant nous, c'est pourquoi nous les regardons avec bonté et les prévenons par la vertu de nos dons et de nos grâces. Ils sont restés fidèles en toutes sortes d'épreuves ; ils ont rendu témoignage de la vérité, et leurs âmes se sont rendues agréables en notre présence par leur simplicité et leur candeur. Que Gabriel, notre ambassadeur, leur aille porter des nouvelles de consolation et de joie, pour eux et pour tout le genre humain ; qu'il leur annonce que nous les avons regardés dans notre bonté et que nous les avons choisis pour l'accomplissement de nos desseins.
6. — Quand les esprits célestes eurent connu cette volonté et ce décret du Très- Haut, le saint archange Gabriel adora la Majesté divine, à la manière de ces trèspures et spirituelles substances, et s'humilia devant le trône de l'auguste Trinité. Puis, il en sortit une voix intelligible qui lui dit : " Gabriel, illuminez, vivifiez et eonsolez Joachim et Anne, nos serviteurs, et dites-leur que leurs prières sont arrivées jusqu'à nous, et que notre clémence les a exaucées. Promettez-leur q\x^\xn fruit de Bénédiction leur sera donné par la faveur de notre droite ; car Anne concevra et enfantera une fille à laquelle nous donnons le nom de Marie."
Plusieurs mystères et secrets qui concernaient ce message furent révélés à l'archange saint Gabriel, au moment où il reçut ce commandement du Très- Haut. Il descendit aussitôt du ciel empyrée pour s'acquitter de sa mission, apparut à saint Joachim, qui était en oraison, et lui dit : " Homme juste et droit, le Très-Haut a vu de son trône royal vos désirs, et a exaucé vos prières et vos larmes : il vous rend heureux sur la terre. Anne, votre épouse, concevra et enfantera une fille qui sera bénie entre toutes les femmes, et que toutes les nations proclameront Bienheureuse. Celui qui est le Dieu éternel, incréé et Créateur de toutes choses, très-équitable en ses jugements, très-puissant et très- fort, m'envoie vers vous, d'autant que vos œuvres et vos aumônes lui ont été agréables. La charité émeut le cœur du Tout- Puissant, et presse ses miséricordes ; c'est pourquoi il veut libéralement enrichir votre maison et votre famille, par la fille que Anne concevra, et à laquelle le Seigneur donne le nom de Marie. KUe doit être dès son enfance consacrée à Dieu dans son temple, comme vous le lui avez promis. Elle sera grande, élue, puissante et remplie du Saint- Esprit ; et sa conception sera miraculeuse à cause de la stérilité d'ANNE ; et cette fille sera en sa vie et en ses œuvres un prodige de grâces et de bénédictions. I^ouez, Joachim, le Seigneur pour un tel bienfait, et exaltez son saint Nom, car il n'a rien opéré d'aussi grand chez aucune nation. Vous monterez au Temple de Jérusalem pour y rendre vos actions de grâces ; et, en témoignage de la vérité de la bonne nouvelle que je vous apporte.
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vous rencontrerez votre sœur Anne, à la Porte d'Or ('), allant au Temple pour le même sujet. Je vous annonce que cette ambassade est merveilleuse ; car la conception de cette fille réjouira le ciel et la terre."
Saint JoACHiM eut cette apparition dans un sommeil mystérieux qu'il fit pendant une longue prière, afin que cette ambassade ressemblât à celle que saint Joseph, époux de la bienheureuse Vierge, reçut plus tard, quand il lui fut révélé qu'elle avait conçu par l'opération du Saint- Esprit. L'heureux Joachim sortit de ce sommeil tout rempli de joie et de consolation ; mais cachant dans son cœur, avec une prudente discrétion, le secret du grand Roi, il s'en alla au Temple suivant l'ordre exprès du divin messager, s'y prosterna avec une vive foi et une forte espérance en la présence du Très-Haut, et, tout pénétré qu'il était de tendresse et de reconnaissance, il lui rendit mille actions de grâces, en adorant ses jugements impénétrables.
( i) Nous avons le désir de publier plus tard dans les Annales nne Description de la Porte d'Or, et du Temple lui-même, avec des Documents Inédits, sur l'Eglise de Sainte- Anne, bâtie en face de l'emplacement du Temple, et sur le Sanctuaire de Sainte-Anne à Sépboris (en Galilée).
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LEGENDE -
Ce Plan, as.^ez net, permet de visiter, sans fatigue, la jp.etite ville de Nazareth.
1. (1) — Au bas (le la ville, côté sud, on voit, en arrivant par la route de iNaïm, le Sanctuaire de l'Annonciation et le Couvent des Pères de Terre-Sainte.
2. — A gauclie, en face, Casa-Nova (Hôtellerie des Pèlerins).
3. — Continuant la rue du Marché, et prenant à droite la roaie du ïhabor, on arrive, après 7 minutes de marclip, à l'extrémité Nord-Est de la ville, à la Fontaine de la Sainte Vierge. C'est là, d'après une pieuse Tradition, que la Sainte Vierge allait puiser de l'ean. Cette fontaine a sa source, à quelques pas de là, dans l'église des Crées non-unis.
4. — En revenant sur ses pas, on rencontre, à gauche, à 4 ou 5 minutes, une impasse par laquelle on arrive à l'Atelier de saint Joseph (Chapelle desservie par les Franciscains).
5 — Do là, regagnant de nouveau la rue du Marché, on arrive à environ 4 arpents, à l'église des Grecs-unis, bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Synagogue de !N"azareth.
6. — Prenant ensuite à gauche, par la route de Saint- Jeand'Acre, et à la distance de 6 ou 7 arpents, on arrive à ia Chapelle, aussi desservie par les Franciscains, appelée Mensa Christi, gros bloc de rocher, sur lequel, d'après imo Tradition, Notre-Seigneur aurait pris un repas, avec ses disciples, après sa Résurrection.
(1) Ces numéros ne se trouvent pas dans le Plan.