TROISIEME PARTIE
SEPHORIS.
' * I^a dévotion à sainte Anne et à saint Joachim est aussi ancienne que le christianisme ; et leur culte dut prendre naissance en Palestine, dans les Lieux bénis qu'ils habitèrento Ces lieux sanélifiés par leur vie toute céleste, la maison embaumée de leurs vertus patriarcales, furent nattuellement désignés à la piété des premiers fidèles par des traditions encore vivantes. Inconsolable de la perte de Marie, ceux-ci se pressèrent sur les lieux où s'écoula son enfance. . , et tout ce qui de près ou de loin leur rappela Marie, Anne ou Joachim, leur devint comme sacré.
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Des monuments attestent ce culte des premiers fidèles (0."
Une pieuse Tradition montre à environ quatre milles Nord-Ouest de Nazareth, l'emplacement de la Maison des Parents de la Sainte- Vierge, la résidence ordinaire de saint Joachim et de la Bonne sainte Anne.
M. Victor Guérin, dans son splendide Volume, intitulé : La Terre-Sainte (^), rappelle cette Tradition, dans le paragraphe qu'il consacre à l'antique ville de Séphoris : " I,e village de Seffourieh, situé à six kilomètres au nordouest de Nazareth, rappelle, légèrement altéré, le nom de Sepphoris que cette localité portait autrefois. Le sommet de la haute colline dont il occupe les dernières pentes était couronné jadis par une acropole, qu'environnait un mur d'enceinte construit avec de magnifiques blocs rectangulaires ; on en distingue encore çà et là quelques traces.
Sur le point culminant s'élève encore aujourd'hui une grande tour carrée qui mesure vingt deux pas sur chaque face. Ce fortin, qui, vu de loin, offre une apparence antique
(i) Le Culte et le Patronage de Sainte-Anne, par le R. P. Laurent Mermillod (S. J.).
(2) Ouvrage couronné par l'Académie Française (Prix Montyon).
M. Victor Guérin, l'ami et le bienfaiteur de nos Pères du Commissariat de Terre-Sainte en France, et qui, lors des Expulsions, leur donna un abri dans sa propre maison, travaillait avec une incroyable activité à ce bel Ouvrage, lorsque nous reçûmes l'hospitalité chez lui, dans sa pieuse famille, à Paris, en 1882, à notre retour en France, de notre premier voyage au Canada.
à cause de la nature et de la beauté des matériaux avec lesquels il a été bâti, est vraisemblablement d'origine arabe, mais il a sans doute succédé à un autre plus ancien. Quant à la vaste plate-forme qui s'étend alentour, elle est aéluellement en partie livrée à la culture. Sur les flancs de la colline, de nombreuses citernes et des silos ont été excavés. Enfin plus bas encore s'allonge le village aéluel sur l'emplacement de la ville proprement dite. Il renferme au moins deux mille cinq cents habitants, la plupart musulmans et très-fanatiques. A son extrémité nord-ouest, les pèlerins chrétiens ne manquent pas d'aller vénérer les restes d' une église dédiée autrefois à saint Joachim et à sainte Anne, parents de la Sainte Vierge, qui, à! après un", tradition fort ancienne, passent pour avoir habité Séphoris où ils seraient nés. Tournée de l'ouest à l'est, cette église avait trois nefs répondant à trois absides ; celles-ci seules sont encore debout. I^es deux rangées de colonnes qui ornaient et divisaient les nefs consistaient en fûts monolithes de granit gris couronnés de chapitaux corinthiens, comme le prouvent deux de ces fûts encore en place. Ces colonnes doivent avoir appartenu à la basilique primitive ( ^ ) qui fut reconstruite à l'époque des Croisades. . . .
Séphoris était, à l'époque de la guerre des Juifs contre les Romains, l'une des principales villes de la Galilée, au
(i) Basilique superbe , élevée là par la piété de nos vieux Ancêtres dans la foi, à l'honneur de saint Joachim et de la Bonne sainte Anne !
centre de laquelle elle se trouvait. Consacrée auparavant à Auguste par Hérode Antipas, elle s'appelait également Diocésarée, nom qui indique qu'elle avait pris à la fois pour patrons Jupiter et l'empereur.
Après la chute de Jérusalem, le grand Sanhédrin se réfugia à Séphoris, avant d'aller s'établir à Tibériade. Une communauté chrétienne s'y forma ensuite, et un. évêché appartenant à la Palestine seconde y fut créé.
Du temps des Croisades, il est souvent question, non pas précisément de cette ville, mais de la source abondante appelée Aïn-Seffourieh, qui coule à une demi-heure de distance au sud, comme d'un rendez- vous naturel pour les armées latines contre les musulmans. ' '
M. Victor Guérin dit que les Musulmans • de Séphoris sont très-fanatiques. Ce fanatisme semble traditionnel chez ces farouches habitants de l'antique cité où une tradition fort ancie7ine place la maison d'habitation et même la naissance des Parents de la Sainte Vierge. Les Pères de Terre- Sainte, résidant à Nazareth, ont eu de tout temps, à souffrir de leur brutalité, dans leurs visites à l'antique Sanctuaire, et surtout à l'occasion du pèlerinage qu'ils faisaient annuellement à Séphoris le 26 juillet, Fête de la Bonne sainte Anne. Ce fanatisme révoltant fut la cause du triste abandon dans lequel demeura ce béni Sanctuaire, jusqu'à ces dernières années (^) où il
(i) En 1879. — Novis parlerons ailleurs de cet heureux événe-
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fut rendu, d'une manière inespérée et toute providentielle, à la Custodie de Terre-Sainte.
Il y a près de deux cents ans, un vénérable chanoine de Bar-le-Duc, en France (^), parle de ce lamentable abandon du premier Sanctuaire de la Bonne sainte Anne, par suite de la sauvage intolérance des musulm.ans de Saffourieh.
**. . . lya ville de Séphoris, dit ce pieux pèlerin de Terre-Sainte, la ville de Séphoris, aujourd'hui nommée Saphourié en langue vulgaire, fut autrefois nommée, selon quelques auteurs, Diocésarée. . . Cette ville qui fut jadis une des plus belles de la province de Galilée, n'est plus qu'un bourg médiocre. On voit, auprès, quelques ruines, qu'on dit être les débris d'un château très- fort. V une portée de mousquet (^) de là sont les restes d'une église qui était autrefois d'une beauté et d'une grandeur considérable. Je m' écartai du droit chemin pour y aller faire ma prière qui ne fut pas longue, car je la trouvai remplie de ronces, d'herbes fort hautes et pleine de chèvres qui broutaient. Elle fut dédiée par les premiers chrétiens à saint Joachim et à sainte Anne père et mère de la très-sainte Vierge et quelques-uns même veulent que cette église ait été bâtie dans l'endroit où était leur
ment que nous avons attribué directement à la puissante et miséricordieuse intervention de notre illustre Thaumaturge et insigne Bienfaitrice, la Bonne; saints Annb !
(i) Le Sieur A. Morrison. Relation historique. Paris 1714.
(2) Nous avons laissé le vieux style de l'Auteur.
maison, du moins est-il certain qu'ils étaient de Séphoris et qu'ils y avaient du bien, comme ils en avaient à Nazareth ; ainsi Séphoris a souvent été honoré par la présence de la Reine des Anges. ... A quelques pas de cette ville est une source d'eau très-belle et très abondante, auprès de laquelle le roi Baudoiiin quatrième, campa avec une armée nombreuse, allant au secours de Jérusalem contre Saladin qui se disposait à l'aller attaquer. Nos habitans de Nazareth nous aiant avertis que le peuple de Séphoris était brutal et énemi des chrétiens, plus que dans aucun endroit de Galilée ; pour ne pas être trop longtemps exposez à leur mauvaise humeur, nous continuâmes notre chemin à travers une plaine d'une bonne lieiie de longueur, dont l'agréable verdure était alors émaillée de mille fleurs d'espèces diférentes, et sur tout semée d'une infinité de tulipes de toutes couleurs, cultivées sans art et par les soins de la seule nature. ' '
Voici maintenant l'état actuel de la bourgade musulmane de Séphoris, et des ruines de l'antique Sanctuaire.
** Située sur le penchant d'une haute colline, Séphoris est devenue un bourg qui possède environ 5,500 habitants, tous Mahométans autrefois fanatiques.
La première chose à visiter est, à l'extrémité Nord, V