A JÉRUSALEM
I^' Eglise célèbre la Nativité de la sainte Vierge, le 8 du mois de septembre.
Le mois hébraïque de Tisri (^), correspondant à notre mois de septembre, ouvrait chez les Juifs l'année civile, que l'on annonçait au son des trompettes. Le commencement de ce mois était marqué par la solennité de la Dédicace du Temple et par la Fête des Tabernacles qui était pour les Hébreux la plus joyeuse de l'année. Durant une semaine entière ils habitaient des tentes de feuillage, en souvenir de leurs aïeux au désert, sous les pavillons de Moïse.
" Le huitième jour de la solennité, la multitude tout entière, ayant quitté ses tentes et se trouvant réunie sous les portiques du Temple, assistait au sacrifice du matin : ce jour-là nul autre qu'un Juif ne pouvait prendre part
(i) Voir la i'"^ Partie de cet Ouvrage,
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à la solennité, et le parvis des Gentils restait vide. Après l'immolation des victimes sur l'autel, un prêtre, désigné pour cet office, se rendait à la source de Siloë, où il puisait trois mesures d'eau vive, dans une coupe d'or ( ^). Précédé des lévites, il revenait au Temple par la porte de l'Eau, la même par laquelle Notre Seigneur fit lui-même son entrée triomphale. Il était reçu au son des trompettes sacrées, et montait à l'autel. Aux deux angles étaient disposées deux coupes d'argent, l'une vide, l'autre remplie de vin. L'eau de la coupe d'or était transvasée dans la coupe vide, puis mêlée au vin de la troisième. Cependant le peuple, portant à la main des palmes, des branches de myrte et de figuier, défilait processionnellement autour de l'autel, en chantant les hymnes de délivrance. Quand V Alléluia, qui terminait chacune des strophes alternées par deux chœurs de musiciens, se faisait entendre, tous les rameaux étaient agités et élevés en l'air, avec des acclamations joyeuses. Après le défilé, le prêtre offrait une libation, sur l'autel du Seigneur, avec l'eau de Siloë mêlée de vin ; et le peuple assemblé chantait d'une seule voix ces paroles du prophète Isaïe : ' * Vous puiserez avec allégresse aux sources du Sauveur ('')."
(i) Notre Seigneur faisait allusion à l'eau de Siloë, ainsi oflFerte sur l'autel du Temple, lorsqu'au dernier jour de la Fête, se tenant debout, il s'écriait : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boire." — Joan. VII. 37.
(2) Is. XII, 13.
Telle était la cérémonie solennelle qui rappelait aux Juifs les sources miraculeuses ouvertes par Moïse au désert ; les fontaines et les palmiers d'Elim ; les tabernacles d'It.raël et les pavillons de Jacob, salués jadis par le fils de Béor, enfin les grappes de raisin rapportées par les envoyés du grand Prophète, en témoignage de la fécondité de la Terre promise, où les enfants d'Abraham devaient échanger l'eau des torrents pour le vin qui réjouit le cœur de l'homme. L'époque de la Fête des Tabernacles était celle oii l'on venait de recueillir, sur les collines d'Kngaddi, et de Jéricho, le fruit de la vigne. La reconnaissance pour les bénédiélions du Très-Haut se mêlait ainsi aux traditions séculaires de l'histoire nationale. Chacun des fils d'Abraham rapportait à sa demeure et conservait toute l'année les Lulabim, ou rameaux de la Fête des Tabernacles ( 0 • "
C'est donc à ce même mois de Tisri que naquit la Vierge Immaculée, l'Enfant mille fois Bénie de saint Joachim et de la Bonne sainte Anne. Ses heureux parents lui donnèrent le nom de Marie (2), Reine ou Etoile de la mer. Dans le Testament Ancien, ce nom apparaît une fois, porté par la soeur de Moïse, au pied du Sinaï, à côté de l'Arche sainte. Dans le Testament Nouveau, le nom de Marie rappelle le Sinaï virginal, qui fut le trône d'un Dieu enfant ; l'Arche du salut universel, où
(i) Darras, Hist. Gén. de l'Eglise Tom. V. C. VIII. (2) Voir plus haut, i^e Partie.
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Dieu et l'homme se sont réconciliés. Le nom de Marie, associé au nom de Jésus, partage avec lui la royauté du ciel et de la terre ( ^ ).
"Ainsi, tandis que les Israélites solennisaient la mémoire de leur délivrance du joug de Mesraïm, il fut donné aux anges d'entonner le chant d'allégresse que l'Eglise fait maintenant retentir au jour de la Nativité de la sainte Vierge : * * La Fille des rois a paru, radieuse de gloire. Louons le Seigneur ; célébrons avec de pieux transports la naissance de la bienheureuse Vierge Marie î Votre nativité, ô Vierge, Mère du Seigneur, apporte la joie au monde entier. Vous êtes bénie au-dessus de toutes les femmes ..."
Quelle joie, en effet, ne dut pas être celle des anges, à la naissance de cette auguste Reine ? Quel empressement n'auront- ils pas mis à descendre dans l'humble demeure de saint Joachim et de sainte Anne, pour rendre les premiers devoirs à une Souveraine que désormais ils ne devaient plus quitter ?
Ah ! c'est ici, près du berceau de Marie, qu'on aime à se représenter l'échelle mystérieuse de Jacob par où montaient et descendaient les anges du Très-Haut, et au sommet de laquelle reposait la Divinité. Oh ! qui pourrait concevoir la tendresse avec laquelle Dieu le Père arrête ses regards sur sa Fille bien-aimée ; Dieu le Fils^
(i) Darras, Tom, IV.
sur cette Vierge auguste qui doit devenir sa Mère ; et le Saint-Esprit, sur son Epouse immaculée ! Ce jour après lequel les Prophètes et les Rois d'Israël ont tant soupiré, que les anges attendaient impatiemment, ce jour de bénédi(5lion n'a-t-il pas été désiré de Dieu même, puisque l'œuvre de notre rédemption, et partant la naissance de Marie, furent anticipées de soixante-dix semaines d'années.
Or, pendant que le ciel se réjouit, l'indifférence règne sur la terre autour de la modeste résidence où se trouve le berceau de la Reine des Anges. Ces esprits célestes seuls sont là pour payer à leur Souveraine un juste tribut d'hommages. Mais non : il s'y trouve encore deux saintes âmes enivrées des plus chastes délices. Avec quelle amoureuse bienveillance Joachim et Anne contea plent, caressent, vénèrent cette Enfant admirable que Dieu vient de leur accorder !
Heureux Parents ! couple mille fois béni ! quel bonheur est le vôtre d'avoir été dotés, après une si longue épreuve, d'un trésor que toutes les nations de la terre vous envieront ! Quel honneur pour vous d'avoir donné le jour à la Souveraine de l'univers, à la Mère de Dieu ! Epoux privilégiés de quelle gratitude le monde ne vous est-il pas redevable? N'est-ce pas à vous qu'il doit de pouvoir offrir au Créateur le plus précieux de tous les présents ?
26o LA BONNE STE ANNE
C'est donc ajuste titre que Marie est appelée la Cause de notre joie: sa naissance a été l'aurore riante dont les douces clartés annonçaient le lever du Soleil de Justice, de cette Lumière du monde, qui devait éclairer tous les hommes. L'Evangile nous assure que la naissance de Jean- Baptiste fut pour un grand nombre d'hommes un sujet de joie. Jean- Baptiste, en effet, était le précurseur du Messie. Mais Marie ne devait-elle pas être une cause d'allégresse universelle pour le monde assis tristement dans les ombres de la mort, elle qui était destinée à deve^ nir la Mère du Sauveur ? Quand de pauvres nautonniers ont passé de longs jours, d'affreuses nuits sur une mer furieuse, battus sans relâche par la tempête, luttant continuellement contre la mort, qu'appellent- ils de tous leurs vœux, qu'accueillent- ils avec les plus vifs transports? Ah ! certes, ce qu'il leur faut, ce qu'ils désirent, ce qui leur rend le courage, la vie, c'est l'aurore d'utL beau jour, c'est la sérénité d'un ciel pur. Enfants exilés et déchus d'un père coupable, relevez la tête, ranimez votre ardeur, puisque voilà venir Celle qui vous apporte le salut.
Il est permis de croire que l'apparition de la Vierge sur la terre fut accompagnée de plus d'un prodige. Ne lisonsnous pas que d'autres saints bien inférieurs en dignité à la Mère de Dieu, ont été signalés dès leur entrée en ce monde par des événements extraordinaires? C'est une pensée qui sourit agréablement à l'esprit du chrétien : il aime à se représenter l'influence que la naissance de
Marie exerça sur la nature entière. On se figure volontiers l'orient illuminé des tendres clartés de l'aurore la plus réjouissante qui ait jamais souri à la terre ; l'air coloré d'un azur immaculé et si pur, que l'oeil ne peut en sonder la transparente profondeur. A l'horizon jaillissent des flots de lumière que l'on prendrait pour de l'or en fusion et qui projettent sur la cime des montagnes un éclat merveilleux : ici, la rosée scintille avec des reflets inaccoutumés sur les feuilles fraîchement déployées et dans le calice des fleurs ; au souffle de la brise matinale, un parfum tout céleste, plus suave que l'encens aromatique, embaume l'atmosphère ; les habitants des airs voltigent en foule et s'abattent autour de la maison qui abrite l'aimable Vierge ; leur chant ressemble à un concert mélodieux et si ravissant, qu'on le croirait modulé par des voix angéliques. Cependant au-dessus du berceau de l'Enfant apparaît une auréole d'or et d'argent, d'où s'échappent des rayons aux nuances variées et qui se parent de toutes les couleurs de l' arc-en-ciel. Semblable au murmure du zéphyr dans le feuillage, on entend une musique d'un charme indescriptible, dont les accords montent et descendent tour à tour avec une douceur surhumaine, comme si des êtres invisibles mêlaient leurs cantiques harmonieux aux élans de reconnaissance et d'amour qui débordent du cceiu" virginal de Marie.
Quel sujet d'admiration pour les anges, que cette âme sainte de Marie d'où s'épanchent des sentiments si élevés, si généreux, si purs, qu'ils surpassent les ardeurs dont
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brûlent les séraphins ! Quelle divine merveille que cette tendre Enfant, dont le cœur enrichi des dons les plus rares, inondé d'un torrent de grâces, brille de la splendeur de toutes les vertus ; cette Enfant, qui a commencé plus haut que là où finissent les saints, modèle d'une perfecflion sans précédent et en qui les charmes extérieurs ue sont qu'un faible rejaillissement de la beauté de son âme !
** Aussitôt qu'elle eut vu le jour, Marie, dit saint Modeste, patriarche de Jérusalem, s'offrit à Dieu pour le salut du genre humain. Déjà à partir de ce moment, nous la voyons fournir sa carrière d'une façon tout admirable. " Car si Dieu l'a prévenue par des faveurs sans égales, elle y a répondu avec une fidélité parfaite ; et défiant, pour ainsi dire, la munificence divine par sa générosité à obéir à l'influence de l' Esprit-Saint, elle a pu, quoique comblée de grâces dès le premier instant de son existence, en recevoir chaque jour un merveilleux accroissement et ajouter à l'abondance de ses mérites. C'est pourquoi saint Bonaventure la compare à l'Océan qui absorbe dans son sein tous les fleuves de la terre et en joint à ses ondes le tribut incessant, ou à une mer immense dont le lit, par le mouvement des flots, s'approfondirait sans cesse et dont les rives céderaient et reculeraient toujours.
Et vous, ô Joachim et Anne, vos yeux ne peuvent se rassasier de contempler ce gage excellent de la divine bonté ! Immobiles, muets d'admiration, vous tenez vos
en
W co
regards attachés sur les traits angéliques de cette Enfant, qui reflètent des affections toutes célestes. Oh ! comme votre cœur s'émeut d'attendrissement, lorsque vous voyez courir sur ses lèvres un sourire de bonté, quand elle tend vers vous ses petites mains plus pures que le lis, et qu'elle répond par d'aimables caresses aux marques d'amour que vous lui prodiguez ! Des larmes mouillent votre visage, tandis que vous la pressez contre votre poitrine ! Non, il n'y eut jamais de parents aussi heureux que vous, il n'y en eut jamais d'aussi fortunés, car vous avez été trouvés dignes de donner à la terre une Fille riche des mérites les plus précieux et des dons les plus rares.
Ce fut au sein de ces joies toujours croissantes que s'écoulèrent les premiers jours après la naissance de la Vierge ( ^ ).
Mais on s'est accompli ce mémorable événement? Quelle est la cité ou la bourgade qui a eu l'incomparable honneur d'abriter ce Berceau de la Reine des Anges? . . .
Il y a à Jérusalem, un monument antique, un noble Sanctuaire qui se dresse en face du Temple détruit, et c'est là que la Tradition Orientale place le Lieu Béni de la Naissance de la Bienheureuse Vierge Marie.
"... Une quatrième Basilique, dit M. Victor Guérin, dans son beau volume déjà cité (^), une quatrième Basi-
(i) Marie, Mère de Jésus, par l'abbé Jamar. (2) La Terre-Sainte.
lique, qui mérite de ma part uue meiîtion toute spéciale, est celle de Sainte- Anne. Elle a voisine le Birket- Israël, dont j'ai parlé plus haut, et a été bâtie sur l'emplacement d'une ancienne maison pratiquée dans le roc, ayant appartenu à saint Joachim et à sainte Anne. Ce serait dans cette pauvre demeure que, d'après une tradition dont on peut suivre la trace jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, serait née la Reine des Anges et des hommes, la Mère du Messie ; du moins, cette tradition est universellement et unanimement répandue dans toute l'Eglise orientale, et celle de Jérusalem, en particulier, revendique comme un des honneurs les plus grands de cette ville et en même temps des plus justifiés par d'innombrables témoignages, celui d'avoir été le berceau de la Sainte Vierge. Cette tradition a été mise en pleine lumière au dix-septième siècle par le docte Quaresmius (ancien Custode de Terre- Sainte), et il y a peu d'années par le R. P. Bassi (Franciscain, dans son ouvrage traduit de l'italien, et intitulé : L'ancienne Eglise de Sainte- Anne, à Jérusalem) . Plus récemment encore, Mgr l<avigerie (plus tard, cardinal de la sainte Eglise), reprenant le même sujet, Ta supérieurement traité dans une éloquente brochure qui a pour titre : Sainte- Anne de Jérusalem et Sainte-Anne d Auray .... La petite habitation que saint Joachim et sainte Anne possédaient à Jérusalem était, à l'époque de Notre-Seigneur, en dehors de la ville et dans le voisinage de la piscine Probatique, comme le prouvent les divers auteurs cités par Mg^ Lavigerie.
C'est là que les augustes parents de la Sainte Vierge ont passé les dernières années de leur vie, là qu'ils ont eu le bonheur de mettre au jour l'Knfant privilégiée qui devait éclipser toutes les autres créatures par sa pureté angélique et par sa divine maternité ; c'est de là qu'ils la portèrent au Temple pour la consacrer au Seigneur ; c'est là aussi qu'ils rendirent leur dernier soupir. De là enfin, ils furent transportés après leur mort et ensevelis dans la vallée de Josaphat, non loin du tombeau que devait plus tard occuper un instant la Sainte Vierge elle-même. . ( 0-
Dès les premiers âges de l'Eglise, les I^ieux Saints furent vénérés à Jérusalem, non seulement par les chrétiens indigènes, Juifs convertis à la foi nouvelle, mais encore par une foule de pèlerins accourus de tous les points du monde pour venir prier sur les endroits qu'avait sancflifiés la présence de Notre-Seigneur ou de sa sainte Mère, et ce mouvement de pèlerinage commença dès l'ascension de Jésus-Christ, comme l'afi&rme saint Jérôme : " Il serait long, en parcourant tous les âges depuis l'ascension du Seigneur jusqu'à nos jours, d'énumérer les évêques, les martyrs, les orateurs éloquents dans la doctrine de l'église, qui sont venus à Jérusalem dans la pensée qu'il leur manquerait quelque chose en piété, en science et en vertu, s'ils n'avaient point adoré le Christ dans les lieux mêmes d'où la lumière de l'Evangile avait commencé à briller sur le monde du haut de la Croix. ' '
(i) Les Révélations de la Vén. M d'Agréda placent la mort de saint Joachim et de sainte Anne à Nazareth.
Nul doute que la maison de sainte Anne, ou du moins les chambres pratiquées dans le roc, qui en restaient, n'aient été également entourées dès lors d'une vénération particulière ; et quand la paix eut été rendue à l'Eglise et que sainte Hélène, malgré sa vieillesse avancée, fut elle-même arrivée en Palestine pour y ériger des temples magnifiques sur les lieux qui avaient été témoins des principaux mystères de notre foi, il est permis de supposer que la maison d'Anne, qui avait été la demeure natale de la Sainte Vierge, ne fut point oubliée dans ses pieuses fondations, car on sait que cette princesse, indépendamment des grandes Basiliques qui lui sont attribuées nominativement, en fonda encore, ou du moins donna l'ordre d'en bâtir beaucoup d'autres. Nicéphore Calliste en fait monter le nombre à plus de trente. Le pèlerin Tliéodosius signale le premier, vers l'an 530, une église consacrée à la Sainte Vierge, près de la piscine Probatique. Quarante ans plus tard, vers 570, la même église est mentionnée par Antonin de Plaisance qui nous dit qu'elle avait été bâtie dans l'un des cinq portiques de la piscine Probatique.
Or, comme l'observe très-justement Mgr Lavigerie, la Basilique dont il est ici question était déjà ancienne à cette époque, car on appela Sainte Marie la Neuve celle que Justinien fit élever en 529 sur le mont Moriali, à l'endroit où la Sainte Vierge avait été présentée au Temple et offerte au Seigneur, pour la distinguer de Sainte- Marie de la Nativité, qui existait par conséquent avant elle. . . .
Détruite sans doute pendant l'invasion de Chosroès en 614, la Basilique de Sainte- Marie de la Nativité, qui devait probablement sa fondation soit à sainte Hélène, soit à r impératrice Eudoxie, ne tarda pas à être rebâtie, lors des restaurations entreprises par Modeste ; car elle est citée comme debout par saint Sophrone, successeur de ce moine illustre sur le siège patriarcal de Jérusalem. Un couvent de religieuses y est attenant, au moins au commencement du neuvième siècle, comme cela résulte du Commemoratorium de Casis Dei, rédigé vers l'an 810, et qui, d'après son contenu, ne peut se rapporter qu'à la distribution des quêtes ordonnées par Charlemagne pour les Sanctuaires et les Monastères de la Palestine. Nous lisons : '* A Sainte Marie, où la Vierge est née dans la Probatique, clercs : cinq ; recluses consacrées à Dieu, vingt- cinq ".
Lorsque les Croisés, en 1099, s'emparèrent de Jérusalem, ils trouvèrent cette église convertie en mosquée, ce qui l'avait sauvée de la ruine. L'higoumène russe Daniel, qui visita la Ville Sainte en 11 13, parle en ces termes de ce Sanctuaire : " Une grande église consacrée à la mémoire de Joachim et d'Anne est bâtie en cet endroit. On y voit une petite caverne creusée dans le roc ; elle €st placée sous l'autel. C'est là que se trouve le sépulcre de saint Joachim et de sainte Anne ' ' .
Quand l'église de Sainte- Anne eut été lendue au culte -chrétien par les Croisés, ceux-ci y établirent des reli-
gieuses de Saint-Benoit. Elles étaient d'abord pauvres et en petit nombre ; mais, en 1104, le roi Baudouin i^^, ayant répudié son épouse, la reine Arda, la força d'entrer dans ce monastère, qui fut alors enrichi par ses libéralités. Plus tard, en 11 30, la princesse Judith, fille de Baudouin II, y prit également le voile et y resta jusqu'à l'achèvement du couvent de Béthanie, qu'avait fondé pour elle la reine Mélisende, sa sœur. C'est à cette époque, sans doute, que l'église de Sainte- Anne fut, non pas rebâtie de fond en comble, mais seulement agrandie, réparée et ornée de peintures par les I^atins ; le monastère, au contraire, fut, selon toute vraisemblance, complètement reconstruit par eux. L'église actuelle est donc à la fois byzantine et romano- ogivale
Sans suivre les destinées du même monument de siècle en siècle, je dirai seulement qu'à la fin de la guerre de Crimée, après de longues négociations qui font beaucoup d'honneur à M. de Barrère, alors consul général de France à Jérusalem, il fut accordé à la France par le sultan Abdul-Medjid. La restauration en fut confiée à un architecte français fort habile, M. Mauss, qui, en lui conservant fidèlement son cachet gréco-latin et ses décorations arabo-chrétiennes, lui a rendu une sorte de jeunesse première et une beauté que les outrages du temps et des hommes lui avaient enlevée. En même temps, il a laissé à la crypte sa forme et ses compartiments traditionnels. Cette crypte, qui est elle-même une véritable relique du passé et qui est comme embaumée des
augustes souvenirs de Joachim, d'Anne et de leur incomparable Fille, s'étend sous le côté droit du transej^t de l'église et se compose de trois parties, d'un narthex, d'une chapelle et de deux absidioles. C'est l'ancienne maison de sainte Anne, ou du moins c'est la portion de cette maison qui avait été taillée dans le roc. Une autre crypte creusée pour le tombeau oii furent transportés de la vallée de Josaphat, en totalité ou en partie, les précieux restes des parents de la Sainte Vierge, est située directement sous le maître-autel.
Tel est le vénérable Sanctuaire dont la France, en 1878, à confié la garde à la Société des Missionnaires d'Alger."
". . . . ly' église de Sainte- Anne, entièrement bâtie en pierres de taille aussi bien les voûtes que les murs et les piliers, se fait remarquer par sa très-grande simplicité. La forme est celle d'un trapèze d'environ 120 pieds de long sur 55 à 60 de large. Elle se divise en trois nefs au moyens de six piliers disposés en deux rangées. La nef du milieu est, comme d'ordinaire, plus large et plus élevée que les deux latérales. Toutes trois se terminent par une abside en avant de laquelle passe une travée dont la voûte est aussi élevée que celle de la nef du milieu, dont la hauteur totale est de 50 pieds. La coupole s'appuie sur les deux derniers piliers et sur les murs massifs qui séparent l'abside du milieu d'avec celles des bascôtés. Au fond de la grande abside est une petite fenêtre placée entre deux colonnettes.
L'édifice est éclairé par trente et une fenêtres faites uniquement de pierres à jour et de carreaux de vitres de diverses couleurs. La lumière la plus douce qu'on puisse imaginer descend de ces singulières ouvertures et produit un effet très-religieux.
Vers le milieu de la nef sud s'ouvre un escalier. Cet escalier, composé de 22 marches est muni au Nord, à l'Kst et au Sud d'une balustrade en pierre d'un travail aussi solide que simple.
Prenant cet escalier, on descend d'abord 16 marches potu: arriver sur un palier et passer ensuite par la baie d'une porte ; de là on descend 4 autres marches au bout desquelles on passe par la baie d'une seconde porte et l'on remarque à droite l'ouverture en forme de glacis par laquelle les Pères de Terre-Sainte entraient autrefois pour vénérer ce saint Lieu (^). De là, on descend encore 2 marches pour se trouver dans la
vénérable: CRYPTie DE LA NAISSANCE DE LA TRÉS-SAINTE VIERGE.
— Cette Crypte, entièrement creusée dans le rocher, vient de recevoir une restauration laissant subsister sa forme ancienne (^) qui est très-irrégulière. Le plus grand axe
(i) L'édifice était alors presque enseveli sous un énorme amas de décombres. La restauration complète du Sanctuaire, avec les frais de déblayement a coûté, dit-on, à la France, plus d'un million, de francs !
(2 ) Voir ci-dessus.
SES SANCTUAIREvS 27 1
du Nord au Sud est de 23 pieds et celui de l'Est à l'Ouest, y compris l'abside est de 17 pieds. Entre l'abside et la paroi Nord se trouve un espace de 6 pieds dont le fond est occupé par un autel. L'espace entre l'abside et la paroi Sud est d'un peu plus de 6 pieds. Sa hauteur n'est pas partout égale : le rocher, en différents endroits, y est à nu. Une baie étroite est percée dans le mur oriental de ce dernier espace : elle s'ouvre dans un couloir et permet d'aller voir une petite chapelle taillée dans le roc, en forme de citerne circulaire ; un autel en occupe le fond (^).
Nous avons voulu descendre jusqu'aux moindres
■détails, dans la description de ce vénérable Sandluaire,
parce que tout intéresse dans ce Lieu qui a été témoin (^)
de la Naissance de la Fille à jamais Bénie de la Bonne
sainte Anne, de Marie notre Reine et notre Mère.
Transportons- nous donc en esprit, mais avec amour, pieux Ledleurs, dans cet auguste Sanéluaire ; et faisons notre prière avec confiance dans ce Lieu, dont le souvenir reste si cher à sainte Anne et à la Vierge Immaculée que Notre-Seigneur a daigné faire entendre un jour à sainte Brigitte, comme elle le rapporte elle-même au Ve Livre de ses Révélations, ces étonnantes paroles : ' ' Quiconque visitera dignement ce Lieu où Marie est née et où elle a été élevée, purifiera son âme et deviendra à mes yeux comme un vase d'honneur."
(i) Guide-Indicateur des Sanctuaires . . . Tom. I. 3e Sortie. (2) Toujours d'après la Tradition Orientale.
Sainte Brigitte, dans son Pèlerinage à Jérusalem où. elle eut tant de révélations ( ^ ) entra dans cette antique demeure de saint Joachim et de sainte Anne.
" Elle connaissait la Mère de Marie, elle avait reçu de ses Reliques au monastère de Saint- Paul-hors-les-murs, et, durant une extase, elle s'y était entretenue avait la Sainte de l'ancienne Loi. A Jérusalem, dans la Grotte même oii est née la Vierge, Anne parla longtemps de l'amour réciproque qu'elle et Joachim se portaient ; amour conjugal plus pur que celui de tous les autres époux, et dont les racines partaient du ciel. La veuve d'Ulf (sainte Brigitte) était digne d'entendre l'expression de cette tendresse, soumise aux volontés divines, dont la volupté n'avait jamais troublé l'innocence. Elle partageait les sentiments d'Anne et de Joachim, quand un Ange leur annonçait qu'ils donneraient le jour à la Vierge, Mère de Dieu, et que l'enfant naîtrait dans les conditions ordinaires de l'humanité, quoiqu'elle sortît pure de la postérité souillée d'Eve, comme une fleur immaculée sort d'un germe tombé en pourriture.
La. très-sainte Vierge, visible aux regards de Brigitte, lui disait elle-même : '' J ' ai été conçue sans péché .'^ et lui expliquait comment son âme, venant habiter son corps, le sandlifiait et répandait une joie mystérieuse dans tout l'être de sa Mère (-)."
(i) Voir le Livre VI, de ses Révélations.
(2) Sainte Brigitte de Suède . , . par Mme la Comtesse de Flavigny : C. XII.
Longtemps la piété des catholiques fut privée de venir prier dans cette sainte Grotte. Mais au XVe siècle, un fîrman autorisa les Pères de Terre-Sainte à y dire de temps en temps la sainte Messe. Depuis cette époque, ils n'ont jamais manqué de s'y rendre pour célébrer les principales Fêtes de sainte Anne et de la Très-Sainte A^ierge.
Les Franciscains conservèrent ces pieuses Traditions jusqu'en l'année 1878, où la France, ainsi que nous l'avons dit plus haut, confia la garde du Sanéluaire à la Société des Missionnaires d.' Alger. Sa Grandeur Monseigneur Lavigerie, Archevêque d'Alger (et depuis Cardinal de la Sainte Eglise) se rendit à Jérusalem ( ^ ) dans le cours de l'été de cette même année, pour y traiter de cette importante affaire. L'année suivante, le 26 Juillet, Fête de la Bonne sainte Anne, le Sanéluaire fut béni par Son Excellence Mgr Vincent Bracco, Patriarche de Jérusalem, et ouvert au Culte, au milieu d'une solennité extraordinairement imposante ( ^ ) .
(i) Nous fîmes le voyage, ensemble avec S. G., du canal de Suez, jusqu'en Terre-Sainte.
(2) C'est nous qui avons eu l'honneur et la consolation de publier, le premier, dans cette circonstance, les gloires de la Bonne sainte Anne, sous ces voûtes antiques, restées silencieuses durant six siècles ! Nous nous proposons de publier aussi, plus tard, une «érie d'articles dans les Annales, sur ce noble Sanctuaire de la .Bonne sainte Anne à Jérusalem.
Les autres Sanctuaires de Sainte- Anne