ITALIE
Rome et le Patrimoine de Saint-Pierre. — Les Bienheureux parents de la glorieuse Vierge Marie, saint Joachim et sainte Anne sont en grande vénération dans la Capitale du monde chrétien. Les Romains, de même que les habitants des Marches et de l'Ombrie, leur ont dédié un grand nombre d'églises et de chapelles, où de tout temps les fidèles se rendirent avec une préférence marquée. Dans ces contrées, on se prépare généralement à la Fête de sainte Anne par des exercices prêches et fort suivis. Une des plus belles églises de Rome est placée sous son vocable ; elle se trouve dans le quartier des Traspontini^ non loin du Vatican ; on peut la considérer comme le centre de la dévotion à la Sainte dans la ville éternelle. Chaque année, dans ce Sanctuaire, le 26 juillet, se déploie nne magnifique procession où l'on promène triomphalement une statue pieusement conservée au palais pontifical tt portée par les gens de service du Pape.
(i) La dévotion à sainte Anne, par le P. Marc Ramus (S. J.).
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Ce que uons disons de Rome et des terres connues sous le nom de Patrimohie de Saint Pierre^ en peut généralement l'affirmer de l'Italie entière, où le culte si tendre et si populaire de la Madone dut naturellement faire une large part de vénération à ses glorieux Parents.
On en trouve partout des preuves écrites dans les archives locales, ou dans la date de quelques monuments et leurs noms n'ont jamais cessé d'y être portés avec une préférence particulière.
La Sicile. — Mais dans cette confiance séculaire en sainte Anne, la Sicile mérite une mention spéciale. Cette île lui fut dévouée dès la plus haute antiquité : loin de se refroidir, comme il n'arrive que trop souvent, elle grandit dans sa ferveur pour elle jusqu'au dix-septième siècle, où le vénérable Innocent de Chiusa, de l'Ordre de Saint- François (^) contribua à rendre cette dévotion encore plus florissante que jamais. Ce Religieux, qui mourut en 1631, en odeur de sainteté, s'éprit de la plus vive tendresse pour sainte Anne, et, par son intercession, obtint des grâces miraculeuses dont l'éclat rendit fort célèbre en Sicile le Patronage de sa maternelle Protectrice.
Grégoire XV, était tombé dans une grave maladie : toutes les ressources de l'art étaient déclarées impuissantes, lye Pontife, condamné par ses médecins et
(i) Voir la II« Partie de cet Ouvrage.
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réduit à toute extrémité, fit appeler en toute hâte le Vénérable Innocent. Le serviteur de Dieu le rassura, et lui dit que sainte Anne lui avait obtenu sa guérison, et qu'en reconnaissance de cette faveur il fît solenniser chaque année par les Fidèles la mémoire de sa Bienfaitrice. Le Pontife, rendu à la santé, décréta que sa Fête serait une Fête de précepte ( ^).
La Bonne sainte Anne usait avec le Frère Innocent de la plus grande familiarité : elle daignait souvent l'entretenir danSvSa cellule et 1'}^ combler des plus vSuaves consolations.
Un jour, les Religieux Franciscains, ses Frères, avec des étrangers, le surprirent ravi en extase au fond d'un jardin, et élevé jusqu'à la hauteur des arbres. L'humble Frère, au comble de la confusion, et ne pouvant souffrir d'être ainsi en spectacle, recourut à sainte Anne et à la très-sainte Vierge, et en obtint de n'être plus jamais surpris en cet état de merveilleuse communication avec Dieu. Il fit plus tard à ses amis» avec une pieuse simplicité, l'aveu de cette faveur.
Les prodiges incessants et presque journaliers opérés par ce grand serviteur de la Bonne sainte Anne ne donnèrent pas peu de poids à ses chaleureuses exhortations. En peu de temps il propagea et établit solidement
(i) Voir plus loin, la teneur de ce Document Pontifical, à la conclusion de cette Vie de la Bonne sainte Anne.
dans toute la Sicile sa dévotion favorite. Une multitude de personnes prirent sainte Anne pour Patronne, et, comme lui, en obtinrent des grâces miraculeuses. Longtemps encore après sa mort, on entendait les habitants de Trapani et d'autres villes invoquer, jusque dans les rues et les places publiques, cette aimable Mère, en prononçant son doux nom avec un respect filial.
Aujourd'hui encore son nom est en grande vénération. Dans toutes les villes, dans chaque village on trouve des chapelles et des églises en son honneur. Quelques-unes sont remarquables, mais leur nombre ne nous permet pas de les mentionner chacune en particulier. La plus belle est à Palerme. Chaque année on y célèbre sa Fête avec vigile, office et messe solennelle, communions nombreuses, prédication, grand concours de peuple, illuminations, rien n'est oublié de ce qui peut donner plus d'éclat à cette cérémonie. A l'autel de sainte Anne sont suspendus des offrandes, des ex-voto en cire et en argent, selon la coutume du pays. Le nombre de ces témoignages de reconnaissance est très-considérable. Dans la même ville, l'église des Pères de la Compagnie de Jésus renferme une chapelle riche en marbres précieux, en statues, et dédiée à cette grande Sainte. Elle a été bâtie et décorée par le prince de Butera, dont la pieuse famille 3^ fait célébrer chaque jour une messe en l'honneur de sa Protectrice.
Bologne. — Il est encore en Italie un troisième foyer de la dévotion à sainte Anne, et il étend sa bénigne influ-
ence sur toute la partie septentrionale de cette contrée. Ce foyer bienfaisant est à Bologne, d'où il rayonne de l'Adriatique aux Alpes.
Au quinzième siècle (1435), Henri, roi d'Angleterre, fit don au nonce apostolique, alors accrédité auprès de lui, d'une portion notable du chef de sainte Anne. Ce nonce était le bienheureux Nicolas Albergati, Bolonais et évêque de sa ville natale. Il céda son précieux trésor à l'Ordre des Chartreux, dont il avait été membre avant sa promotion à l'épiscopat. Ces fervents Religieux, de tout temps dévoués à la Sainte, firent construire en l'honneur de cette insigne Relique la magnifique église où, jusqu'à leur expulsion, sur la fin du siècle dernier, elle fut conservée et vénérée. Après leur départ, elle fut transférée à la cathédrale.
C'est dans une riche chapelle de cette basilique que, tous les 7nardis de V année, comme durant les neuf jours qui précèdent sa solennité, Fête de précepte dans la ville et le diocèse, on honore la Bonne sainte Anne, Mère de Marie Immaculée, avec une dévotion et une affluence extraordinaires. En ce dernier jour on expose la Relique sur un trône, non loin du maître-autel. La messe et les vêpres se chantent en musique, et dans la, soirée, le prêtre, tenant en ses mains ce dépôt sacré, bénit le peuple accouru en foule et avec des flambeaux pour lui faire cortège jusqu'à sa chapelle. Le Reliquaire qui le
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renferme est en argent doré, de forme octogone, orné de pyramides, de clochetons et de ciselures magnifiques en style gothique.
Outre une vingtaine d'églises paroissiales ayant toutes une chapelle dédiée à sainte Anne, on compte encore dans Bologne un grand nombre d'églises conventuelles et de sanéluaires appartenant à différentes corporations, où notre Sainte est honorée d'une manière spéciale. Plusde trente chapelles et oratoires lui sont consacrés dans le reste du diocèse. En tous ces lieux bénis on trouve écrits sur la toile ou sur le marbre les mêmes témoignages d'une dévotion reconnaissante.
Les pieux habitants de ces contrées, redevables à sainte Anne d'un bienfait oti d'une proteélion, se plaisent à suspendre dans son Sanéluaire un ex-voto avec ces troislettres : P. G. R. Per grazia ricevuta, pour grâce reçue (0-
Avant de terminer ce résumé succinct des Sanétuaires et autres lieux de dévotion où l'on honore, d'un culte spécial notre admirable Bienfaitrice, la glorieuse et Bonne sainte Anne, il nous reste un mot à dire de la catholique Espagne.
** Quoiqu'on trouve l'office de sainte Anne dans tous les anciens bréviaires édités en Espagne, et notamment dans la liturgie mozarabique, on ne saurait cependant
(i) Le Culte et le Patronage ne sainte Anne . . .
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assigner une date précise aux origines de son culte en ce pays. Mais les traditions locales, le stjde fort ancien de quelques-unes de ses chapelles, la préférence générale avec laquelle on y donne, depuis des siècles, son nom au baptême, permettent, comme dans le reste de l'Europe, d'y faire remonter son culte à un temps immémorial.
A des époques plus rapprochées, sa dévotion v fut répandue surtout par les ordres religieux. Les Carmes, ici comme ailleurs, paraissent en avoir été les plus fervents propagateurs. Au quinzième siècle et vers le milieu du seizième, illustré par la réforme du Carmel, sainte Anne était généralement honorée dans toute l'Espagne et, pour peu que l'on soit familiarisé avec son histoire, on est surpris du nombre prodigieux des personnes qui se firent gloire de porter son nom.
C'est un fait incontestable, le nouveau Carmel fit refleurir la dévotion à sainte Anne, la glorieuse Mère de Marie Immaculée : mais plus que toutes ses compagnes, et avec plus de succès que les orateurs les plus éloquents, la vénérable Mère Anne de Saint- Augustin la popularisa d'une manière prodigieuse dans toutes les Espagnes, par l'autorité de son exemple, les grâces publiques et extraordinaires qu'elle reçut de sa maternelle Patronne ( ^ ).
Les églises, les chapelles, les autels, les oratoires et confréries en l'honneur de la Sainte s'y multiplièrent
(i) Voir les Annales, année 1896.
rapidement. Des villes et des paroisses, Madrid, la Capitale en tête, la prirent pour Patronne principale, et solennisèrent sa Fête avec autant de pompe que de piété. Depuis cette époque on peut à bon droit regarder l'Espagne comme le royaume le plus généralement dévoué à la Bonne sainte Anne ( ^ ) .
(i) Le Culte et le Patronage de sainte Anne
YTJ
Sanctuaire de Sainte- Anne de Beaupré