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LA DONNE STE ANNE

elle recevait pourtant en certaines circonstances les caresses qu'on lui faisait ; mais quand elles venaient de personnes étrangères, et par conséquent moins réservées, la Sainte Vierge modérait ce qu’elles pouvaient avoir d'excessif, par une influence mystérieuse et par le sérieux qu'elle témoignait. De son côté, la prudente et vénérable Anne entourait sa Fille d'une sollicitude incomparable et des marques de l’anour le plus tendre : son père Joachim lui portait aussi une affection sainte et paternelle, bien qu'il ignorât encore le mystère que sa Fille renfermait ; et l’aimable Marie témoignait un attachement tout filial à celui qu'elle savait déjà être son père, et qui, d'ailleurs, était si agréable à Dieu. Elle en recevait plus de caresses que des autres ; Dieu inspira néanmoins dès lors à Joachim comme à tous les autres un respect si extraordinaire et une si grande retenue à l'égard de Celle qu'il avait choisie pour sa Mère, que ce tendre père luimême était toujours réservé et fort discret dans les démonstrations sensibles par lesquelles il manifestait son

amour à sa Fille.

La Reine enfant se montrait en toutes choses reconnaissante et étonnamment parfaite. Et, bien qu'elle fût soumise dans son enfance aux lois communes de la nature, c'les n’entravèrent aucunement la grâce, puisque, lors inême qu'elle dormait, les opérations intérieures de l'amour et les autres effets de la mêine grâce, qui ne

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en elle la moindre interruption. Il est vrai que plusieurs

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SA VIE OI autres âmes ont pu recevoir aussi cette insigne faveur, et que la puissance divine nous en a donné divers exemples ; mais il n’est pas moins certain que Dieu a accordé cette grâce à Celle qu'il avait élue pour être sa Mère et la Reine de toutes Ics créatures, à un degré si haut, qu'aucune d’entre elles n’y pourra jamais arriver ni même le concevoir. Dieu parla à Samuel, à d’autres saints et à d’autres prophètes dans leur sommeil, et eavoya à plusieurs des visions et des songes mystérieux ; car, quand il veut éclairer une intelligence, il lui importe peu que les sens extérieurs dorment d’un sommeil naturel ou qu'ils cèdent à la force, qui les ravit en extase, puisque ‘ans les deux cas ils cessent leurs fonctions, et que l'esprit se passe alors de leur concours pour entendre, agir et parler d’une manière nouvelle, Notre Reiue jouit perpétuellement de ce privilège dès sa Conception jusqu'à présent, et elle en jouira pendant toute l'éternité ; car elle ne ressemble point aux autres voyageurs, et il n’y a aucun intervalle dans les grâces qu’elle reçoit. Lorsqu'elle se trouvait seule et qu’on la mettait dans son berceau pour dormir, ce qu'elle ne faisait que fort sobrement, elle s'entretenait sur les mystères et les merveilles du Très- Haut avec les saints Anges de sa garde, et jouissait des divines visions et des communications du Seigneur.

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