‹ La bonne Ste Anne [microforme]Chapitre 34 sur 124 · Le silence forcé des autres enfants dans leurs pre · texte numérisé non relu

Le silence forcé des autres enfants dans leurs pre

mières années, leur espèce d’engourdissement, et le mutisme d’où ils ne commencent à sortir qu'en bégayant, tout cela fut chez notre jeune Reine l'effet d'une vertu

héroïque ; en effet, puisque les paroles sont des productions de l’entendement et des indices de la raison, dont l'auguste Marie eut le plus parfait usage dès l'instant de sa Conception, si elle ne parla pas dès sa naissance, ce n’est pas qu'elle ne pût le faire, maïs c'est qu'elle ne le voulut pas. Car, quoique tous les enfants ne sachent pas se servir librement de leur langue encore trop faible pour articuler des paroles, Marie dans son enfance n'eut point cette impuisance, parce que sa constitution était robuste, et que, si elle eût voulu user de l'empire et du domaine qu'elle avait sur toutes les créatures, toutes ses facultés et ses propres organes auraient obéi à sa volonté. C'est pourquoi le silence fut chez elle une très grande vertu et une perfection toute particulière ; elle cachait prudemment par le silence la science aussi bien que la grâce, et évitait l'admiration qu’on aurait eue d'ouir parler une enfant qui ne venait que de naître. Que si c’est un sujet d'admiration d'entendre tout à coup parler quelqu'un qui en est empêché par une impossibilité naturelle, ne fut-il pas plus admirable de voir celle qui pouvait parler en

naissant, garder le silence pendant dix-huit mois ?

Ce fut par une disposition du Très-Haut que notre jeune Maîtresse garda ce silence durant le temps que d'ordinaire les autres enfants ne savent pas parler. Elle se dispensa seulement de cette loi à l'égard des saints Anges de sa garde, ou lorsque dans sa solitude elle priait vocalement le Seigneur; car, quand il fallait qu'elle

. s'adressât à Dieu, auteur de ce bienfait, et aux anges ses

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SA VIE 93 ———— envoyés, lorsqu'ils conversaient visiblement avec elle, la raison qui l’obligeait de se taire avec les hommes n’existait plus; au contraire, il convenait qu'elle priât et conversât, alors d’une voix articulée, pour ne point laisser si longtemps oisif; les organes dont elle avait déjà le libre usage, Sa sainte mère Anne fut elle-même comprise parmi ceux qui n’eurent pas le bonheur de l’entendre parler en cet âge, et ne sut nullement que sa bienheureuse Fille eût le pouvoir de le faire ; et par là l’on comprend mieux que ce fut une vertu qu'elle pratiqua en se taisant durant ces dix-huit premiers mois de son enfance. Lorsque, pendant ce temps-là, la vénérable Mère le jugeait à propos, elle dégageait les mains de sa fille Marie, qui, à peine se les sentait-elle libres, prenait celles de ses parents, et les leur baïisait avec une grande soumission et un profond respect : elle continua cette sainte pratique tant qu’ils vécurent ; mais, dès cet âge si tendre, elle leur demandait par signes leur bénédiction, et, pour en obtenir ce qu’elle souhaitait, elle adressait sa demande tacite au cœur de son père et de sa mère, ne voulant pas se faire entendre autrement. L'amour, le respect et l’obéissance qu’elle leur portait étaient tels, qu’elle n’y manquait jamais en rien ; elle ne leur donna jamais non plus aucun chagrin ni aucune peine, parce qu’elle connaissait leurs pensées et prévenait leurs désirs.

Elle était conduite en toutes ses actions et dans tous ses mouvements par le Saint-Esprit, de sorte que tout ce qu’elle faisait était très parfait ; néanmoins elle ne parve-

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nait jamais, dans ses œuvres, à sati-faire l'ardeur de son amour ; et c'est pourquoi elle renouvelait sans cesse sès Li ferventes affections pour tâcher d'acquérir de plus grandes ! ‘ grâces et de plus riches dons. Les révélations divines et

les visions intellectuelles étaient très fréquemment accor- Hi dées à notre jeune Reine, que le Très-Haut entourait de n |! sa constante protection. Quand d'ailleurs la divine Providence interrompait pour Marie certaines visions ou ‘ illustrations, il en est d'autres dont elle jouissait : car la H claire vision de la Divinité ('}) lui laissa de merveilleuses

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à notio':s de ce qu'elle avait appris ; et dès lors conune elle

sortit de cet heureux c/lier, tout ornée et enrichie de

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charité, son cœur en fut si amoureusement pénétré, qu’en

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s'appliquant à la contemplation, elle en était tout embrasée ; mais comme son corps était faib'e et délicat, et son amour ‘‘aussi fort que la mort’, cet amour lui causait des douleurs incompréhensibles, qui l'eussent fait mourir, si le Très-Haut ne l'eût soutenue et ne lui eût conservé la vie par un miracle de sa toute-puissance. Néanmoins le Seigneur permettait assez souvent que ce très pur et ( tendre corps tombât dans de grandes défaillances par la 1 violence de l'amour, tandis que les Anges venaient la for- ( tifier et la soulager afin d'accomplir ce qui est dit de ( l'Epouse, dans le Cantique: ‘‘Appuyez-moi par des € ‘ fleurs, car je languis d'amour.” Notre divine Reine I ïL souffrit une infinité de fois ce mystérieux et sublime v l } nr n | ; : e | (1) Dans son ravissement au Ciel, et dont nous avons parlé déjà hé plus haut. # | ais pr VE x] i He! 4 | “0 ?

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