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toutes parts, ct cette mortelle langueur ou léthargie dont le monde était atteint, était négligée à ce point que les malheureux malades, s’abusant sur leur situation, n’ouvraient pas même la bouche pour en demander le remède, L'orgueil trônait au milieu des insensés, dont le nombre était presque infini (1); le superbe Lucifer s’efforçait de boire les eaux du Jourdain les plus pures (2); à cette époque, enfin, les injures faites à Dieu étaient telles, qu’il n'avait jamais été plus offensé, jamais moins honoré des hommes ; et sa justice n'avait jamais eu autant de motifs de laisser retomber dans son premier néant tout ce qui avait été créé.
Dans un pareil état de choses, le Très-Haut, pour employer notre langage, tourna sa vue vers l’attribut de sa miséricorde, et fit pencher le poids de son incompréhensible équité du côté de la loi de clémence, voulant se laisser apaiser par sa bonté même, par les gémissements et par les œuvres des justes et des prophètes de son peuple, et non irriter par la malice et par les iniquités de tous les autres pécheurs. Il détermina donc de donner au monde, dans cette nuit si obscure de la loi ancienne, des gages assurés du jour de la grâce, en faisant briller deux flambeaux précurseurs de la prochaine aurore du Soleil de Justice, Jésus-Christ notre Sauveur. Ces deux
(1) Eccl, I, 15.
(2) Job, XL, 18.
flambeaux furent saint JoOACHIM et sainte ANNE, que Dieu avait prédestinés et créés selon son cœur (:).
2.—L'an 55 avant Jésus-Christ, sous la domination impie des Romains, dit Vincent de Beauvais (2), deux époux vivaient selon le cœur de Dieu dans la petite ville de Bethléem, au doux pays de Judée. Ils se nommaient Stolan et Emérentiane. L'innocence de leur vie rappelait les temps heureux des Patriarches, dont ils étaient les enfants : ils attendaient avec les Hébreux fidèles l’accomplissement des Prophéties qui annonçaient un Sauveur. Le Ciel bénit leur union et leur donna une fille qu’ils nommèrent Anne !
On aime à voir dans les verrières du quinzième et du seizième siècle l'histoire imagée de la naissance de cette enfant de Bénédiction.
La mère, étendue sur un lit à riches tentures, repose doucement. Près d'elle, Stolan, appuyé sur une console, contemple avec bonheur sa jeune épouse, qui vient au péril de sa vie de lui donner le nom de père. Cependant les filles juives attachées au service de la pieuse famille apportent à F'mérentiane des mets divers. Sur un autre plan, une femme âgée, qui a reçu dans ses bras la tendre enfant, lui prodigue les premiers soins que réclame cette
(1) Cité Mystique. Part. I, Liv. I, C. XII.
(2) Religieux d'une prodigieuse érudition de la grande Famille de N. P.S. Dominique.
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