IMPOTS EXTRAORDINAIRES
i°- Le saliané ou taxe de guerre. Le gouvernement le fixe pour chaque province; le pacha lait la répartition de sa portion entre les différens arrondissemens <lc sa juridiction , de con-
cert avec le eonseil des notables et ies juges civils; les chefs municipaux fixent ensuite la quotité de chacun des contribuables. Cet impôt favorise plus qu'aucun autre la rapacité.
2°- Les frais de voyage des pachas. Cette taxe accablante se répétait fréquemment avant le règne de Sultan Mahmoud, c'est-à-dire dans ces temps malheureux où la Porte, constamment en guerre avec ses délégués, avait imaginé, faute de pouvoir les contenir, de les transférer d'un gouvernement dans un autre, de manière à ne pas leur laisser le temps d'acquérir nulle part une ombre d'autorité. Le pacha qui se rend dans sa province traîne à sa suite une petite armée , et vit à discrétion aux dépens des pays qu'il traverse. Ici commencent les impôts arbitraires : pour donner une idée des conceptions variées en ce genre auxquelles le pouvoir se livre* en Turquie , il suffira de citer le dizarlchéchi, c'est-à-dire le droit des bottes, qui dans les temps d'anarchie des règnes précédens, venait accroître encore les misères du peuple. Enfin le privilège d'infliger des amendes eh matières de police correctionnelle, et même au criminel , ouvre aux délégués du pouvoir exécutif et aux juges civils, cette mine inépuisable,
désignée sous le nom d'avanies ei <m ils ne s'entendent que trop bien à exploiter.
Le principe de ces exactions dérive: de la parcimonie avec laquelle le gouvernement traite ses emplo> es , parcimonie qui croît avec le pouvoir dont ils sont investis ; de l'appareil de puissance dont s'entourent les officiers militaires; des dépenses énormes où le souverain lui-même les entraîne aux époques répétées du bayram, des couches de ses femmes, du mariage de ses soeurs, de ses filles et de la circoncision de chacun de ses enfans mâles. Les ministres qui les premiers sont condamnés à vivre de contributions, les officiers du sérail pour qui les cadeaux constituent aussi la part la plus précieuse de leurs émolumens, achèvent de convertir en oiseaux de proie les gouverneurs des provinces, et de les autoriser en quelque sorte à organiser le pillage dans tous les lieux où ils se montrent. Telles sonl les causes de l'énorme disproportion entre Ja recette des coffres de l'Etal , et le produit réel de l'impôt prélevé sur un aussi grande masse de contribuables.
Il resterait actuellement à présenter le montant approximatif des contributions en Bosnie ; mais
la solution de ce problème est à peu près impossible. Je me suis hasardé d'offrir un aperçu des recettes du miri, par la raison quon a bien plus de données à cet égard, et des données moins douteuses. Il se glisse en effet incomparablement plus d'arbitraire dans la gestion des provinces que dans la perception du fisc : tout bien considéré , il me paraît donc plus convenable de ne rien dire sur cet article particulier, que de masquer, par des calculs erronés, l'incertitude de mes résultats.
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