CHAPITRE VIL
La Bosnie considérée sous le point «le vue militaire ri sous le rapport géographique. Itinéraires dans plusieurs directions, et relation du vo3*age de l'ambassade française en 1812, depuis Coslanitza jusqu'à la frontière de la Roumélie
Des Etats autrichiens ou peut pénétrer en Bosnie par plusieurs routes, mais aucune d'elles n'est carrossable , et pour le devenir toutes exigeraient des travaux, qui ralentiraient plus ou moins la marche d'une armée. La partie Nord, bien moins accidentée que les autres, esl ;ms>i la plus accessible; elle se prêterait dune sensiblement 1 1 1 i ( ■ u \ à une invasion.
Les routes soni fangeuses dans les vallées; ;i chaque pas elles présenteni des montées et des descentes fort raides. Des pierres brutes grossièrement arrangées, composenl au milieu un pavé très-inégal, plus étroit «I ailleurs que la \<>ie ordinaire, et rempli de solutions d<- continuité.
( a47 ) Les bas cotés pèchent aussi par le défaut de lar geur, et portent partout l'empreinte du pasgrave des bêtes de somme, de manière à rendre fort pénible la marche du piéton.
On entre de la Croatie en Bosnie par Szluin, Novi, Coslanitza, Dubietza, et par quelques autres communications peu fréquentées. De ces points de départ on a la faculté de se diriger sur Bagna-Lucka,Traunik, Sérajo, MaglaietZwornik. La rive gauche de la Save fournit aussi plusieurs routes, parmi lesquelles celles de Gradiska et de Brod sont les plus suivies. La Dalmatie surtout, à raison de ses relations intimes avec la Bosnie, offre de nombreuses issues pour y pénétrer. Les principales sont Knin , où aboutissent les roules de Zara et de Sebenico; Sign , qui centralise celles de Traù et de Spalatro pour les diriger sur le Prolokc ; Imoski qui fournit des débouchés dans plusieurs sens, et la meilleure communication , c'est-à-dire celle de Kupris par Duvno ; Vergoratz , d'où l'on peut se rendre en Bosnie par les deux rives de la Narenla, selon le point où l'on veut aboutir; Raguse enfin , d'où partent des chemins plus ou moins difficiles qui mènent à Mostar, àTraunik,
( *48) à Sérajo, à Guerude sur la Drina, et dans les différens cantons de l'Erzégovine.
Si les rouies les moins pénibles oui leurs points de départ sur la Save, c'est-à-dire procèdent dans le sens des vallées , ou bien coupent les contreforts à leur partie extrême, par une raison analogue , celle de Costanitza sur Novi- BazarparTraunik doit être la plus épineuse. En effet cette communication, qui traverse le pays dans sa plus grande longueur, passe successivement en revue toutes les ramifications de la chaîne principale, va les chercher dans leur partie supérieure , et rencontre une continuitéde défilés et de rivières dont la défense tirerait naturellement des ressources brillantes par la seule lbrce des choses. Un autre d< savantage de ce débou< né principale est la rareté i\cs champs de bataille : un corps d'armée serait dans l'obligation d'y marcher presque constamment en unseule colonne; et ce même corps, qui aurait ei partage la tache la plus pénible, devrait être assez fort cependant pour ne pas reculer devant les difficultés.
La plaine de Livno et de Duvno, dans I Erzégovine septentrionale, esl !<• rendez-vous de> différentes communications qui partent dec
( a*9 ) frontières de la Dalmalie, depuis K.nin jusqu'à Imoski. Arrivé là, on peut franchir la chaîne sur plusieurs points , selon la direction qu'on a l'intention de tenir; mais ces chemins de traverse sont à peine frayés. Tout ce qui passe par cette plaine va chercher le plateau de K.upris pour gagner l'autre versant. Cognitza, située plus au sud dans les monts Ivan, joue le même rôle à 1 égard de la portion de frontières comprise entre Vergoratz et Raguse , quoiqu'il existe aussi, dans cette partie de la chaîne, d'autres débouchés avec lesquels Mostar et Nevesin mettent en relation. Ces nœuds de routes peuvent donc être considérés comme deux points principaux sous le rapport militaire. Mais Kupris l'emporle sur Cognitza pour les communications et les subsistances, en raison de la plaine de Livno qui contribue beaucoup à rendre les premières praticables et les autres abondantes. Au contraire on n'arrive à Cognitza que par des voies difficiles et périlleuses, qui offrent trèspeu de ressources. Un autre avantage militaire de K.upris, c'est son beau plateau. Cependant il est bien moins précieux sous le rapport de l'attaque que pour la défense.
Cette position remarquable demande à être
occupée dune manière permanente : il en est de même de Cognitza. Il suffit que ces deux points puissent fermer et ouvrir à volonté les relations entre l'Erzégovine, qui est en quelque sorte en dehors de la défense, et la Bosnie proprement dite, qui se trouve enfermée dans des retranebemens naturels, pour qu'ils asseyent solidement la base de sûreté du coté de la Dalraatie. Le plan ainsi conçu, Duvno, Livno, Mostar, Strollaz et Glubigne, qui interceptent les différentes communications, que Rupris et Cognitza tiennent en seconde ligne, joueraient seulement le rôle de vedettes à l'égard des deux camps retranchés qu'on établirait aux points de centralisation. De ces <leu\ points, où la défense viendrail se concentrer, partiraient les nombreux détachemens chargés de surveiller les passages détournés de la chaîne, el de couvrir lErzégovine en se bornant à occuper les positions que ce pays de chicane présente à tous les pas qu on v fait.
Continuons à combiner nos moyens de d<;fense avec ceux qu offrent les localités. L'Unna, la Save protégenl , a-t-on dit , la Bosnie du côté de la( !roatie el duBannal : mais pour renforcef ces barrières il faudrail les garnir de places de quatrième classe, établies de préférence au
( '5. ) confluent des principaux cours d'eaux , qui descendent de la chaîne transversale. En seconde ligne il en faudrait un petit nombre d'autres de troisième classe , qu'on asseoirait sur ces mêmes cours d'eaux de manière à garder les grands bassins; enfin une place dépôt central compléterait le système défensif , que les deux camps retranchés de Kupris et de Cognitza, avec leurs postes avancés, mettraient en parfaite sécurité du côté de la Dalmatie : voilà ce qu'il serait convenable d'ordonner.
Ce qui existe consiste dans une cinquantaine d'enceintes défensives ou de châieaux établis, il est vrai, sur les divers affluens de l'Unna et de îa Save, ou de manière à intercepter les communications intérieures; mais ils sont dans un état de délabrement tel , ils pèchent tous par des vices de tracé ou de construction si choquans, qu'il ne peut y avoir que le cou rage fanatique des Turcs qui soit capable d'atténuer ces imperfections notoires, et de masquer les brèches que le canon ne tarderait pas y ouvrir. Pour renforcer ces défenses il faudrait les envelopper de palanques détachées, qui formeraient système , et offriraient d'excellens camps retranchés, dont le noyau commun deviendrait naturellement le réduit. Ces asiles scr-
viraient à mettre en sûreté les ressources des pays, et ses habitans. Pour les construire on aurait en abondance les matériaux sous la main : en moins de trois semaines la province pourrait rire couverte de forteresses inexpugnables. Quant à la place centrale, c'est à Sérajo que ce premier rôle appartient de droit, tant à raison de sa nombreuse population, de son importance par conséquent, que de sa position qui se défend elle-même par les défilés qu'on rencontre dans toutes les directions pour y arriver. Les inondations au moyen de retenues; les abatis répandus, autant qu'on le voudrait, sur les diverses communications, les unes et les autres soutenues par des postes retranchés, contribueraient beaucoup encore à rendre épineuse la tâche de la conquête. Une partie de ces moyens de défense est empruntée de la tactique turque, que le judicieux Feuquières approuve dans 1 emploi des palanquès ou camps retranchés comme auxiliaires des places. Il accorde même aux. Ottomans d'avoir fait connaître et apprécier ce genre de protection réciproque, qui s est accrédité ''ii Europe depuis le fréquent emploi que Vauban en a fait. 1 oui porte donc à croire que les Bosniaques, menacés d'une guerre d'inva-
sion , se barricaderaient chez eux , comme on vient de le dire, sans coordonner toutefois les élémens de la résistance , de manière à ce qu'ils forment système. Mais leur intrépidité ferait disparaître en partie les imperfections du plan et même son absence totale.
Cependant une circonstance pourrait leur être bien contraire : ce serait le cas où l'insurrection de la Servie se renouvellerait dans le temps où ils se trouveraient aux prises avec leurs voisins. Cette complication malheureuse les mettrait dans l'obligation de faire face de tous les côtés ; de répéter sur la Drina , sur la Lim et sur l'Ibar, l'appareil défensif delaSave etde l'Unna; enfin elle les réduirait à n'avoir plus que des communications détournées avec Novi-Bazar et le cœur de l'empire. Enveloppés, harcelés de toutes parts, leur position deviendrait très-critique; dans ce cas ils ne pourraient plus se suffire à euxmêmes, et la Porte serait forcée de venir à leur secours , en prévenant l'ennemi dans l'occupation de la Servie. Mais cette mesure de sûreté rétablirait les choses sur le pied de la première hypothèse, tiendrait même l'Autriche dans l'inquiétude relativement à son propre territoire; et comme l'exécution n'offre pas plus de difficulté La Bosme. iQ
que la découverte du correctif, il est permis de glisser sur l'objection.
On vient de voir que 1 introduction d'une seule condition secondaire peut apporter un grand changement dans la marche des choses , lorsque le mal n'est pas pris à temps. La supposition d'une guerre nationale entre l'empire ottoman et la Russie, subit la même métamorphose dans ses résultats , en admettant subsidiairement que l'Autriche, au lieu de conserver la neutralité , comme son intérêt le lui conseille, se joigne à une puissance colossale, et l'aide, au mépris de sa propre sûreté, à forcer les portes de l'Europe méridionale. Dans le premier «■;»> , l'armée envahissante n'a qu'une base d'opérations étroite, comparativement à retendue de son plan ; elle se trouve dans l'embarras des subsistances si lesTurcs occupent, comme il est si naturel de le penser, le petit nombre de points du littoral , qui peut favoriser ses arrivages parmer. L'autre hypothèse reporte en un clin d'œil aux boucbes * ï < - Cataro , le point extrême de cette même base d'opérations, sur laquelle \ iennenl aboutir alors dans i<mi> les sens, des cours d eaux na\ igables.