‹ La Bosnie considérée dans ses rapports avec l'empire OttomanChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Caractères, mœurs et usages.

!JE Bosniaque musulman ou chrétien presque toujours est d'une belle stature et annonce une constitution robuste. Mais le premier a une attitude fière , un regard déprisant , farouche même , qu'on ne trouve jamais chez le raya , dont le regard humble et l'attitude mal assurée semblent au contraire solliciter la commisération. La sobriété, la tempérance, l'austérité des mœurs et la piété religieuse se rencontrent chez tous deux, avec cette différence cependant, que le musulman pousse la foi jusqu'au fanatisme le plus outré , et nulle part n'est aussi intolérant à l'égard des autres croyances, tandis que la dévotion du chrétien dégénère en une superstition stupide. Le musulman accorde une place d'honneur dans ses affections à ses armes qu'il ne quitte guère que pendant son sommeil,

et à son cheval favori dont il fait son compagnon fidèle. Le timide raya., accablé sous le poids d'une supériorité tranchante qui ne l'offense plus; dégradé par l'éducation jusque dans les sources de la pensée, se persuade qu'il est né en effet pour arroser de sueur le champ de son maître orgueilleux , et ne lève qu'avec un respect servile les yeux sur lui. L'ignorance est poussée aussi loin chez le musulman que chez le chrétien , et rend le premier intraitable dans le même temps qu'elle façonne l'autre au joug. L'oisiveté est également inconnue à tous deux ; mais pendant que le chrétien exerce son caractère laborieux comme agriculteur ou comme artisan , le musulman , si l'état de sa fortune le dispense de recourir au travail, chasse à outrance la bête fauve, fatigue son cheval , s'applique à se servir de ses armes , surtout se complaît dans le tir de la carabine , et fait preuve d'une adresse rare dans tout ce qui est du domaine de la guerre. S'il est simple artisan ou cultivateur il consacre également ses loisirs à ces délassemens dont il apporte l'inclination en naissant. Le jeu du dgirite , qui s'exécute a cheval avec un balon en guise de lance ou plutôt de javelot , est l'exercice de

prédilection des deux classes. Enfin l'éducation du musulman, loulc militaire, contribue autant à le rendre redoutable que celle de son affranchi se montre ennemie déclarée des vertus guerrières.

On ne peut se dissimuler que ce contraste frappant entre la nation dominante et la nation soumise, rendrait la conque le de la Bosnie trèsépineuse, d'autant plus que celle province pourrait mettre sur pied cent quarante mille combattons, en prenant la population maie depuis 1 âge de seize ans jusqu'à soixante , selon que le prescrit la loi de Mahomet. Une autre crainte devant laquelle F humanité recule d'effroi , et qui n'est que trop fondée , c'est le sort qui serait réservé à ces milliers de chrétiens, inhabiles au maniement des armes , et vivant sans défense au milieu d'une population belliqueuse, à laquelle le fanatisme donnerait infailliblement un conseil atroce. Cette pensée, qui glace, ne devrait-elle pas arrêter les bras homicides des prétendus libérateurs de la nation grecque ?

Le Bosniaque esi hospitalier, quelle que soit sa croyance. Cette vertu est plus apparente chez le musulman , par la raison toute naturelle qu'elle setrouve favorisée dans ce cas-ci par une aisance

Li Bosnie Q

( 94) dont le raya généralement ne jouit pas. Il peut arriver aussi qu'elle soit contenue par un certain air de défiance , justifié du reste par cette curiosité mystérieuse qui signale une arrièrepensée aux yeux du Turc , et qu'il lit en gros caractère sur le visage de tous les étrangers. Sous ce rapport nous ne pouvons g»uère le blâmer sans injustice , car enfin il n'ignore pas que sa présence en Europe choque le monde chrétien; d'un autre côté il n'est point assez borné pour ne pas reconnaître des envoyés politiques dans ces voyageurs travestis, qui parcourent sa terre natale sous différens prétextes, mais dont le but notoire est d'observer l'état des routes, les ressources du pays, et la marche que devrait tenir une armée envahissante. La Pvussie et Bonaparte ont usé plus d'une fois de ces moyens perfides envers leur fidèle alliée la Turquie. Si l'on ouvre les traités, le premier article est toujours rédigé de manière à écarter jusqu'à la pensée du soupçon; cependant la paix est consacrée, chez les nations policées, à méditer la guerre , sous les apparences de la cordialité. D'ailleurs, en France, en Autriche, surtout en Angleterre, se montre-t on plus civil que chez les Ottomans envers les étrangers qui

(95) cherchent à voir de près les défenses d'une place, ou seulement qui demandent à inspecter une machine à l'usage de l'industrie? Soyons sévères, mais sans cesser d'être équitables, et ne citons pas à titre de reproche les inquiétudes, les défiances, que des intentions dissimulées justifient aussi pleinement.

J'ai recueilli, en Bosnie même, plusieurs remarques qui me guident dans cette esquisse. Il est de mon devoir de dire que dans tous les gîtes nous avons trouvé l'accueil de l'hospitalité; que les hommes en place, les notables nous ont reçus même avec la distinction orientale la plus noble. Quant aux gens du peuple , s'ils laissaient percer cette défiance qui est naturelle au Turc à l'égard du chrétien , du moins ils ne l'annonçaient jamais d'une manière offensante. À Serajo, qu'on peut citer comme le foyer de l'intolérance et la capitale du fanatisme, nous n'avons eu à nous plaindre que de l'adolescence : pendant que les chefs de famille , sortis à notre rencontre, nous guidaient vers leur ville avec tous les égards auxquels on peut prétendre de la part des hôtes les plus débonnaires , les enfans , retranchés derrière des haies , nous lançaient des pierres. Leurs pères irrités se met-

taient à leur poursuite el les châtiaient sans ménagement ; niais à peine avaient- ils repris place dans le cortège , que les pierres volaient de nouveau vers nous. Quelques femmes aussi nous adressaient dans les rues des épithètes peu gracieuses; voilà au total les griefs que nous pouvons citer contre les Bosniaques. En revanche notre bote de Bagna-Lucka a tenu caché dans sa maison, pendant plusieurs mois, et rendu à leur patrie , deux malheureux Français qui étaient tombés entre les mains des Turcs, dans le temps où nous étions en guerre avec eux. Mais si les vei îus hospitalières semblent appartenir plus particulièrement au sol de la Bosnie, on doit convenir aussi que le régime rigoureux auquel les rayas y sont condamnés, souvent fait ombre au tableau. L insurrreclion des Ser viens, la dernière guerre contre les Busses, le voisinage momentané des Français, toutes ces causes d'inquiétude réunies oui singulièrement contribué à faire empirer leur condition. C'est depuis ce concours de circonstances, contraire à leur repos, qu'on a cessé de tolérer le port d'armes dont ils jouissaient, au moins de fait . el que tous les génies d humiliations ont redoublé d'énergie à leur égard. Aujourd'hui nue

(97 ) les craintes sont réelles, el le danger imminent, la situation de celle classe in foi lunée doit être insupportable.

Le gouvernement patriarcal qui servit de modèle au kalifat, se retrouve intact dans le régime domestique des nations musulmanes. Les chefs de famille chez les Ottomans jouissent d'un respect sans égal de la part de leurs compagnes , de leurs enfans , de ceux qui sont à leur service. Les cadets usent aussi , envers leurs aînés, de cette déférence recommandable qui achève de reporter en souvenir aux temps antiques dont la Genèse conserve la peinture fidèle. En retour de ce respect sans bornes, qui prend sa source dans le cœur où la religion va l'inculquer , les chefs de famille en Turquie se montrent très-attentifs comme époux, laissent apercevoir , sans rougir , toutes ces faiblesses auxquelles on reconnaît les bons pères , et traitent leurs esclaves avec une douceur que les serviteurs à gages ne rencontrent pas toujours dans les contrées civilisées; enfin le malheureux, privé de laliberté, peut se persuader qu'il est membre de la famille. Ce même Bosniaque, le plus intraitable de tous les musulmans sur l'article de la croyance et des préjugés nationaux , pousse

plus loin aussi qu'aucun musulman les vertus dont je viens d'offrir Rémunération consolante.

Il se rapproche de l'Albanais dans la coupe de ses vètemens , qui sont moins amples que ceux de l'Asiatique. Cependant, comme ce dernier , il porte des pelisses , des benicbes , des antéris lorsqu'il est en tenue de cérémonie ; mais la vie qu'il mène étant plus active , ses pantalons sont plus appropriés à la marche. Sa ceinture , en tous temps , est garnie d'une paire de pistolets et d'un sgandard. Ces armes sont incrustées de cuivre, d'argent, de vermeil, de pierres vraies ou factices , selon ses facultés. Elles pourraient même faire tirer de fausses inductions à cet égard, car le Turc, en Bosnie surtout, place son luxe dans ces objets- de prédilection, et dans la composition de son écurie. Chez tous les gens aisés on voit des chevaux de race noble , que le maître montre avec orgueil à son hôte.

Le costume des chrétiens cultivateurs est, à quelques différences près , le même que celui des Dalmates. 11 se compose d'un pantalon hongrois, coupé dans une étoffe grossière; d'un gilet, d'une veste à manches, taillés aussi à la hongroise; d'une calotte de laine, qui forme

( 99 ) loul l'ornement de son chef, et d'une ceinture en poil de chèvre. Pour les temps froids il a un manteau d'un drap imperméable. L'habillement des femmes musulmanes est le même que celui usité à Constantinople, dans la Turquie d'Europe et. dans l'Asie-Mineure. II se compose d'étoffes de soie plus ou moins riches, de fourrures plus ou moins rares , de cachemires dont la valeur se règle sur les facultés. On comprend, sans qu'il soit nécessaire de le dire, que les femmes de la classe commune sont mises avec moins de recherche dans leur intérieur ; mais toutes indistinctement ne peuvent paraître en public qu'affublées d'un ample surtout en drap qui les couvre depuis les épaules jusqu'aux talons, et d'une voile blanc qui leur enveloppe la tête à l'exception des yeux. La compagne du raya campagnard a une mise analogue à celle de son mari. Tout en se rapprochant encore de la Morlaque sur ce point , elle est cependant mieux vêtue qu'elle.

Les femmes, quelles soient chrétiennes ou musulmanes, sont comptées pour peu de chose , par une suite de l'influence de l'opinion qui constitue la loi en Turquie. Si même il existe une différence, elle est à l'avantage des musul-

mânes ; du moins le sort dont elles jouissent est incomparablement plus doux. Leurs devoirs se bornent aux soins domestiques dans la seconde classe. Celles de la première en sont déchargées , et font de leurs enfans un délassement plutôt qu'une occupation. La toilette , les visites , les parties de bain , les promenades champêtres achèvent d'absorber leur temps et de leur persuader qu'elles sont heureuses. La compagne du raya au contraire partage tous les travaux pénibles de son époux , qui , de son côté , n'use pas toujours envers elle des égards , des procédés dont la femme du musulman est l'objet.

Le législateur a condamné les femmes à la nullité politique, à vivre à part dans la société, à ne se montrer qu'enveloppées d'un voile qui les signale constamment à la morale publique , et lui recommande de veiller sur elles ; mais en dédommagement des entraves dont il les a chargées de la tête aux pieds , il attire sur elles les respects de leurs époux, de leurs enfans, de la société entière. Il leur garantit la foi conjugale, sous la condition cependant que cette foi pourra s'étendre à quatre épouses légitimes, et même qu'il n'\ aura pas infraction quand encore le mari contenterait un goûl passager avec la fille

( 101 ) esclave, pourvu qu'elle soit sa propriété. Enfin si Mahomet leur impose des sacrifices énormes, il en tempère l'amertume par tous les prestiges capables d'abuser. Il se montre attentif aussi à régler leurs droits civils avec plus de générosité , comme un autre dédommagement qu'il veut leur offrir. De son côté l'Osmanlis est toujours magnifique envers le harem ; les cadeaux de valeur dont il le comble , et les commodités de la vie qu'il lui prodigue, absorbent une partie de son avoir.

Dès le berceau l'éducation prédispose le cœur des femmes chez les musulmans à se soumettre sans murmurer à la condition qui les attend. En donnant sa main la jeune fiancée connaît d avance les clauses du contrat. Ajoutons qu'en Bosnie, comme dans toute la Turquie d'Europe, un petit nombre d'individus seulement use du droit d'avoir plus d'une femme ; il est rare même qu'on l'é tende au-delà de deux. Quant au privilège d'associer aux épouses, des concubines prises dans la classe des esclaves, le Bosniaque s'en prévaut plus rarement encore : ces deux remarques sont une conséquence du climat, qui, dans cette contrée, est en opposition manifeste avec la polygamie. Un contraste aussi

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choquant conduit à se demander comment une croyance que le ciel brûlant de l'Arabie a fait éclore , a pu jeter des ramifications jusque sur les bords brumeux de la Save, et dans les froides vallées que les Alpes recèlent ?

En dépit de toutes les précautions prises par le législateur arabe , les femmes chez les Ottomans, comme parmi les autres nations, obtiennent souvent une influence dangereuse dans les affaires , et trouvent moyen de diriger l'empire sans en tenir visiblement les rênes. Suleïman lui-même n'a-t-il pas été l'esclave enchaîné d'une femme, et le sang de ses fils lui coùtait-il à répandre lors que cet être atroce avait parlé? 11 est rare que le harem n'ait pas sa voix au divan , et combien ne pourrait-on pas citer de Validé - sultan qui ont régné sous le nom de leurs fils.

Les Bosniaques , à l'exemple de tous les musulmans , se marient presqu'aussitôt qu'ils ont pris la robe virile. Celle pratique sage doit influer puissamment sur la conservation des mœurs; aussi les trouve- t-on chez eux dans leur clat de pureté primitive. Placées, parmi les musulmans , sous la sauvegarde de ions , ce soni les hommes qui véilîeril à leur

( ïo3 ) maintien : sous ce rapport la loi Jes rend réellement solidaires- l'un à l'égard de l'autre. Une anecdote scandaleuse , loin d'apprêter à rire , attirerait d'une manière grave l'attention, et ne manquerait pas d'être dénoncée officiellement à celui dont l'honneur se trouverait compromis. Cela dit assez que l'autre sexe n'est point en droit de s'attribuer une part réelle dans le mérite d'une situation morale, peut-être unique. Mais aussi l'éducation que ce même sexe reçoit , les sacrifices qu'on lui demande , la défiance que les lois et les coutumes lui montrent sans aucun palliatif, ne sont point faits pour le contenir par le sentiment de la persuasion, et rendent indispensable l'état de suspicion légal dans lequel il passe ses jours.

La langue bosniaque est un dialecte illyrique mitigé par le turc, par le grec moderne, et qui rentre dans cette famille nombreuse connue sous le nom générique de langues slavonnes. La langue mère a des règles, une prosodie, une littérature ; mais ses dérivés , surtout le bosniaque, ne peuvent guère se larguer des mêmes avantages. En Bosnie d'ailleurs tous les actes publics sont rédigés en turc , qui est aussi la langue du pouvoir. Les habitairs des villes la

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comprennent dans l'éducation bornée qu'ils daignent recevoir. Les rayas de leur coté se trouvent dans l'obligation d'acquérir la connaissance des expressions qui se rattachent à leurs intérêts. L'intelligence de ce vocabulaire fiscal leur revient bien cher !

L'empire ottoman présentant l'assemblage de plusieurs nations étrangères les unes aux autres, nécessairement on y parle un gratta nombre de langues entre lesquelles il n'existe aucune parenté , ou qui n'ont que des rapports éloignés. L'arabe, l'hébreu, l'albanais, l'armérien, le grec, le slavon, le cophte, forment autant de divisions principales dans lesquelles viennent se classer d'autres langues et une série innombrable de dialectes. Le voyageur européen doit donc s'attendre à de fréquentes contrariétés, qui entraveront à chaque pas son esprit observateur. De son côté le lecteur àe doit pas s'étonner si les notions qui lui arrivent de toutes paris sur celle contrée présentent de si fréquentes contradictions.

Eu Bosnie la propriété frontière se compose, de même que dans toute 1 étendue de l'empire , de biens mulk , autrement de fonds libres ei patrimoniaux; d'autres, cor culte

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ou Lien à l'utilité publique par clés âmes bienfaisantes cl pieuses, soil clans l'intention de venir au secours de l'humanité souffrante , soil pour la commodité de tous. Ces biens , cpii portent la dénomination de vakouf , sont très-multipliés dans toutes les provinces. Elle compte encore un nombre considérable de fiefs militaires, désignes sous le nom de zaùnëts et de timares. Les grandes forets, qui sûrement appartenaient au domaine à l'époque de la conquête , et aux fendataires de la classe élevée, ont reçu en partie cette destination. D'autres fiefs , distingués des premiers par le nom d'arpalik , mais dont l'origine est la même , forment l'apanage de l'ordre judiciaire, sans préjudice pour lesépices qui, en vertu d'un droit abusif, viennent grossir encore ses revenus. Enfin il existe aussi en Bosnie une certaine masse de ces richesses de convention , dont on est toujours avide dans les gouvernemens arbitraires, pat une suite du peu de stabilité des fortunes apparentes. Cependant comme le pays n'a qui' des relations faiblement suivies avec le dehors; que jusqu'ici le luxe n'a trouvé moyen d'y faire que des progrès lents , cl que la classe aisée professe un esprit d'indépendance qui commande la

( io6 ) circonspection au\ agens du pouvoir, le penchant à thésauriser est moins sensible chez ses habitans que dans certaines provinces. Parmi les rayas il n'y a guère que les négocians qui soient en situation de mettre à profit ce conseil de la prudence. En général , c'est même dans cette classe exposée aux avanies, et chez les délégués du gouvernement, qu'on trouve à faire cette remarque. La restriction à laquelle on la voit soumise s'explique d'elle-même : en effet la rapacité , condamnée à user de réserve envers les musulmans , doit se venger sur les rayas de cet état de contrainte ; à son tour le gouvernement, sous le prétexte de redresser des torts, de punir des abus d'autorité , dépouille le spoliateur, ou plutôt exprime les éponges tacitement employées par lui à boire la sueur et jusqu'au sang des malheureux tributaires. Celte consolation est la seule que les opprimés puissent espérer en Turquie.

Dans mon Voyage à Constanlinople j'ai démontré, en produisant les preuves, que le souverain ne pouvait ou plutôt ne se permettait de contester le droit de succession aux héritiers nommés par la loi, qu'à l'égard de ses délégués. i let abus , qui prend sa source dans un autre , et

( io7 ) que la coutume voudrait légitimer, mais qui n'en porte pas moins le caractère de l'infraction manifeste , a donné lieu à une méprise qui , de Montesquieu, a passé de bouche en bouche, et confirme dans la persuasion que le sultan est l'héritier légal de tous ses sujets. Le Koran et les explications indispensables dont les docteurs orthodoxes ont accompagné ce code universel , beaucoup trop succinct , loin d'instituer un privilège aussi inique, règlent avec un soin paternel le droit de succession , en passant en revue tous les degrés de la parenté , jusqu'à entière extinction. D'un autre côté, il n'est pas d'exemple que le sultan se soit porté héritier d'aucun individu de la classe privée; et même, à l'égard de ses agens, il n'use guère dans sa plénitude de ce droit usurpé : presque toujours il abandonne aux enfans une partie de la succession. Quant au prétendu principe dont il s'appuie , voici comment il faut l'entendre : le délégué était un concussionnaire ; le sultan , comme grand juge, le condamne à restitution, et se présente en place et lieu du fisc pour recueillir l'amende. A présent la législation élémentaire demandera s'il ne serait pas bien plus

( 'OS ) naturel, en ne consultant que l'intérêt des administrés, de réprimer cette sangsue dès les premiers indices de concussion, que d'attendre en silence qu'elle soit gorgée? La réponse me paraît délicate, et je laisse à Sa Hautesse le soin de la prononcer.

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