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CHAPITRE IV

Du commerce et de l'industrie en Bosnie et dans l'empire >ttonian.

.L'industrie est très-bornée en Bosnie. Elle y est même plus retardée que dans la plupart des autres provinces de l'empire ottoman. Cependant cette contrée n'est point placée , à beaucoup près , en dehors de la sphère des affaires, puisque le rivage de l'Adriatique n'est qu'à une distance médiocre de ses frontières ; d'un autre côté , que la route du commerce ne se refuse point à la traverser pour établir une grande relation entre la Macédoine , la Roumélie et les Etats autrichiens. D'ailleurs elle possède des matières premières , telles que des laines , qui pourraient, avec des soins, gagner en qualité , et sortir de son territoire , converties en produits manufacturés. Nous avons déjà signalé ses mines de fer comme une autre source de

La Bosme. 7

( UD ) richesses, où elle puise avec une réserve qui annonce l'indolence. L'industrie bosniaque se borne donc à la culture , à l'éducation des chevaux et des troupeaux de toute espèce ; à la fabrication des étoffes grossières à l'usage de la classe commune ; à la préparation des cuirs et à leur mise en œuvre ; enfin à 1 exploitation de quelques-unes des mines riches et multipliées que ses montagnes recèlent.

Bosna Serajo est le grand marché de la province. Ses bazards, ses thiartchis, ses béseslins approvisionnent ceux de Bagna-Lucka , de Traunik , de Mostar , généralement de toutes les villes , de tous les bourgs , qui à leur tour répandent dans les campagnes les différons objets de consommation à l'usage du pays. Celte capitale opulente compte dans sa population un grand nombre d'ouvriers de toute espèce, qui travaillent sur cuir et sur maroquin. Ces deux articles donnent lieu à une immense consommation en Turquie , à raison des emplois variés auxquels on les consacre. A Visoka , salles bords de la Bosna , on voit des tanneries d'où sortent des produits considérable». On trouve à Fognitza des forges , qui sont les plus actives du pays, et fournissent un fer estimé.

On exploite aussi les mines abondantes qui existent dans la capitainerie de Mandan , entre Novi et Sitniza; celles non moins riches qui remplissent la plus grande partie du pays situé entre Boutzovatz et Visoka, où l'on trouve en outre des eaux minérales accréditées. Stari- Medun, dans l'arrondissement de Bagna-Lucka, est en possession du minerai le plus abondant , le plus chargé de métal , et qui donne un fer de qualité supérieure. Traunik a une manufacture de lames de sabres , réputée pour la trempe. Pendant l'insurrection de la Servie on avait établi dans cette ville une fonderie ; mais cet établissement précaire depuis plusieurs années a totalement suspendu ses travaux. Enfin nous aurions dû citer Novi-Bazard comme le marché le plus important après Sérajo , à raison de sa position limitrophe avec les provinces voisines. Voilà à peu près tout ce qui constitue l'industrie et le commerce intérieur de la Bosnie.

Ses relations avec le dehors sont moins actives encore, et la balance ne peut guère pencher en sa faveur, condamnée , comme elle l'est , à tirer de Constantinople et des Etats européens tous ses articles de luxe , et même plusieurs

articles de première nécessité. Cependant le commerce d'échange qu'elle entretient avec la Dalmatie est à son avantage. Elle lui donne des grains, des bêtes à cornes, de la laine, du miel, de la cire, du beurre et du fer. La Dalmatie lui fournit en retour du sel , dont elle manque totalement; de l'huile, des fruits secs, et achève de s'acquitter avec des métaux monnoyés. Une autre partie du produit de ses forges trouve des débouchés dans l'empire même. A l'époque où nous possédions les provinces Illyriennes , elle recueillait les bénéfices d'un commerce de transit considérable. Les colons de Macédoine arrivaient à dos d'animaux par Scrajo à Coslanitza, pour être dirigés ensuite sur Triesle , et traversaient la Bosnie.

Dans l'empire ottoman le commerce avec l'étranger et les arts industriels sont entre les mains des Grecs et des Arméniens. Les Juifs, dans certaines places, prennent aussi leur part des profils immenses que procurent les relations avec l'Inde, le nord de l'Europe, laFrance,l'Allemagneetl' Angleterre. Le commerce de la Turquie avec ces trois puissances consiste à échanger les matières premières dont elle abonde, mais qu'elle ne s'entend pas à mettre en œuvre,

( n5 ) contre des objets manufacturés à son intention , c'est-à-dire pour la fabrication desquels on consulte ses inclinations propres. Elle paie généreusement ces articles d'industrie étrangère ; cependant l'arrêté de comptes présente à son profit un reliquat en espèces fort considérable, qui doit être plus que suffisant pour l'acquitter avec l'Inde et le Nord, où. ses produits n'entrent pas dans la balance de manière à former contrepoids. Mais les concessions qu'elle a faites à la généralité des Etats européens, déterminée par la bienveillance à l'égard des uns , par la nécessité avec les autres^ forment un contraste choquant avec le principe de prohibition , les droits d'entrée exhorbitans , adoptés par ces mêmes gouvernemens , auxquels la Porte ne demande en retour aucune prérogative. Les capitulations enfin accordent aux francs des avantages tels que les régnicoles ne peuvent soutenir la concurrence. De là vient que les spéculateurs en grand donnent de préférence essor à leur génie vers les contrées asiatiques ; et que ceux qui entretiennent des relations avec l'Europe n'y trouvent un avantage réel qu'autant qu'ils ont la protection d'une des puissances liées avec la Porte par les traités de commerce. Comment

un gouvernement peut-il se laisser abuser par un calcul aussi faux, et persévérer si long-temps dans son erreur? Cet aperçu rapide, tout en relevant une faute matérielle , l'ait voir combien la plus grande partie de l'Europe est intéressée à la conservation de l'empire ottoman.

Sous le rapport des tribulations les babitans de l'Archipel font exception à la règle. Dans plusieurs îles on ne voit des Turcs qu'à l'époque où le capilan- pacha vient lever le tribut annuel; et les charges légales se réduisent en Turquie à une redevance minime , qui ne peut être comparée à celles qui accablent le contribuable dans la plupart des Etats européens. De la différence de régime résulte une situation généralement supportable , florissante même dans certaines places , où l'industrie et le commerce ont pris un développement dont les gouvernemens les plus perfectionnés tireraient vanité. Mais les enco.uragemens se bornent ici à ne pas entraver ; en sorte que le mérite de cette activité honoraire reste tout entier aux individus.

Cette situation toute particulière conduit a se demander ce qui a pu déterminer les insulaires à renoncer spontanément à des avantages réels, pour courir après un bonheur imaginaire^ •«« •

( "5) L'inconstance, la légèreté grecques répondent à cette question bien excusable. Le mot de liberté, prononcé inconsidérément au milieu d'une nation destinée à caresser des chimères, échauffera les esprits et produira toujours chez elle un embrasement, partout oùil pourra être entendu. Les insulaires doivent s'apercevoir déjà de sa viduité , et des sacrifices énormes qu'impose 1 espoir , souvent trompeur , dont il berce les esprits crédules; surtout ils devraient se défier de l'acception dangereuse qu'ils paraissent disposés à lui donner. S'ils changeaient de domination ils ne tarderaient pas à se convaincre que leurs anciens maîtres , avec la gangue asiatique qui les enveloppe , sont préférables encore aux libérateurs qu'ils attendent des bords du Don et de la Newa. Ils les regretteraient même après les avait comparés à certains prolecteurs qui ont appris à l'école de la civilisation l'art d'envelopper les peuples dans un réseau de soie, trèssouple à la vérité, mais qui se resserre pour peu qu'il éprouve de contraction. Oublient-ils que les pères de ces Péloponésiens de nos jours ont aidé les Turcs à chasser les Vénitiens de chez eux , et à rentrer en possession de leur péninsule; que l'île de Chio même a tenu une conduite

( >'6) toute semblable en pareilles circonstances? Les Grecs modernes seraient- ils aussi versatiles que les Grecs anciens?

Si les Ottomans n'étendent pas leurs spéculations jusque cbez l'étranger, ils ne cèdent pas leurs droits au commercesintérieur, dans lequel, on doit le dire , ils apportent un grand fonds de probité. Us s'adonnent aussi au cabotage , mais sans sortir de cbez eux; ou, s'ils enfreignent cette habitude , c'est pour visiter les établisse «mens russes de la mer Noire. D'ailleurs ils ont des concurrens dangereux en la personne des Grecs , qui sont bien plus qu'eux hommes de mer, incomparablement plus actifs, et qui mêlent aux transactions commerciales une adresse que les autres ne connaissent pas. Les Turcs s'adonnent aussi aux arts mécaniques. En Asie ils conduisent de préférence la charrue. Celte inclination patriarcale se remarque moins en Europe, où il existe un grand nombre de sujets tributaires, réduits aujourd'hui à être les métayers des sujets privilégiés.

Depuis long-temps on dit et l'on répète que l'industrie est bannie de l'empire ottoman : sur ce point les voyageurs les plus modernes s'accordent , sans la moindre dissidence, avec les

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