L'HISTOIRE ET LES MONUMENTS EN BOSNIE-HEHZÉGOVINK
Le christianisme, si florissant sur la côte, où Salone forma de bonne heure une importante communauté, se répandit également en Bosnie; on a découvert à Zenica, ù Varoàluk, dans la vallée de la Lasva, ailleurs encore, de curieuses basiliques chrétiennes, où déjà apparaissent en germe les caractères de l'art du Moyen-Age*.
LE HOYEN-AGE
§ 1. — Les InTasions slaves et les origines de la Bosnie.
Lorscjuc, vers la lin du iv'' sii'cle, la poussée de l'invasion barbare forçâtes frontières dt- IKniiiire, peu de provinces furent plus cruellement ravagées que la Dalmalie romaine. Située sur les limites de l'Orient et de l'Occident, placée sur le passage naturel de tous les envahisseurs, de ceux qui allaient vers Salonique et Byzance, comme de ceux qui allaient vers l'Italie, successivement elle vil s'abattre sur elle : au iv° siècle les Wisigoths, au v° siècle les Oslrogolhs, au vi" siècle les II uns, les Slaves, les Avars, cl elle était, après tant de ravages, absolument désolée et déserte, lorsque, dans la première moitié du vn° siècle, l'empereur Hôraclius, se sentant incapable de la défendre, l'abandonna aux tribus slaves des Croates et des Serbes. De l'actuelle Bosnie, les Croates occupèrent le nord-ouest, poussant leurs cantonnements jusqu'à la Cetlina et au Vrbas; les Serbes prirent le reste:
sur le versant du Danube, les plaines de la Drina et de la Bosna qui
descendent en pente douce vers le fleuve; sur le versant de l'Adriatique, les régions tourmentées et montagneuses qui, par l'Herzégovine et le Monténégro d'aujourd'hui, s'abaissent jusqu'à la nier; enlin, entre la Serbie danubienne et la Serbie maritime, ce haut plateau de Rascic (auj. sandjnk de Novibazar), point de jonction des deux versants, centre physique du pays et qui devait, quelques siècles plus tard, être pour un moment le centre politique du monde helléno-slave.
' Je dois noter ici une idée fort ingénieuse, due à M. l'alsch, conservateur du département des antiquité* romaines, et qui a contribué déjà en quelque mesure à enrichir les collections du musée. Il a fait exécuter une série de tableaux où sont représentés en grandeur naturelle les types principaux des objets anUque» découverts dans le pays, pierres niilliaires, sarcophages, tuiles, meules, vase?, bijoux, etc. Ces tableaux, présentés aux élèves du gymn.i^e de Sarajevo, ont à plusieurs reprises déjà amené ces jeunes gens à signaler des objets analogues conservés dans leur lays d'origine.
Fig. G*. — Mosaïque romaine trouvée à StoUe.
En même temps qu'aux nouveaux maîtres du pays Byzance concédait le territoire, elle leur donnait aussi la religion. Mais, chrétiens médiocres autant que vassaux indociles, les Slaves de l'Illyricum profitèrent bientôt de la faiblesse de l'Empire pour retourner au paganisme et répudier l'aulorité des basileis. Ce n'est que deux siècles plus tard, au moment où, sous la dynastie de Macédoine, la régénération de l'Empire grec coïncida avec la décadence de l'Empire carolingien, que Basile I" restaura chez les Croates et les Serbes la foi chrétienne et l'influence byzantine. Cette fois, l'œuvre devait être durable, grâce à l'attrait tout-puissant de la liturgie slave et aux séductions du cyrillisme, grâce à l'habile politique aussi des empereurs, satisfaits d'une suzeraineté surtout nominale, et qui, en réclamant des tribus slaves le droit de donner l'investiture à leurs princes, eurent toujours soin de choisir « ceux que les peuples voulaient et choisissaient ».
Ce n'est guère que vers le milieu du x*" siècle que quelques clartés apparaissent dans ces confuses origines, et un fait frappe alors tout d'abord, c'est l'infini fractionnement des éléments qui composent la race, la poussière de principautés entre lesquelles s'émiettent ses tribus. Au nord, vers le Danube, c'est la Serbie proprement dite, dont fait partie — et c'est la première fois que le nom se rencontre dans l'histoire — le canton de Bosona, le noyau de la future Bosnie. Au sud, vers l'Adriatique, c'est la principauté de Dioclée, le Monténégro d'aujourd'hui; la Terbunie, qui occupe la côte entre Cattaro et llaguse et couvre à l'intérieur le sud-ouest de l'Herzégovine actuelle; la principauté de Zachlumie ou pays de Hum, qui, par la Podgorie, se prolonge jusqu'aux sources de la Moraca, et, correspondant à la majeure partie de l'Herzégovine, constitue le plus important des États serbo- croates; la Paganie ou pays des Narentans, entre la Narenta et la Cettina, et, à l'intérieur enfin, la Rascie. Chacun de ces États a son souverain propre, et, au-dessous de lui, chaque principauté se partage en subdivisions innombrables; si bien qu'il semble vraiment que, plus la principauté est petite, plus les divisions y sont multipliées. Ce n'est pas tout : des luttes intestines, d'interminables et cruelles guerres civiles troublent profondément chacune de ces minuscules souverainetés. Et ainsi apparaissent, dès l'origine, quelques-uns des traits caractéristiques qui domineront cette histoire. Par les défauts inhérents à leur race, par leur esprit de division, leur tendance à l'émiettement, leurs aspirations étroitement parlicularistes, leur répugnance à se soumettre à une direction commune, ces Slaves du Sud arriveront plus difficilement que tous les autres peuples à s'élever à l'idée de nation ; rarement les empires plus vastes qu'ils tenteront de constituer survivront longtemps à leurs fondateurs; toujours les luttes intestines useront leurs forces et faciliteront les succès de leurs ennemis. Et d'autre part, par la position géographique que leurs tribus occupent, les Slaves de Bosnie et d'Herzégovine seront exposés plus que tous autres à toutes les influences religieuses ou politiques, à toutes les ambitions aussi qui viendront du dehors. Placé entre l'Orient orthodoxe, la Croatie et la Dalmatie catholiques, leur pays sera le champ clos oîi se rencontreront les confessions rivales, et souvent l'âpreté des luttes religieuses aigrira la passion des luttes civiles; isolée entre de grands États avides de s'agrandir, leur contrée sera le terrain que se disputeront tour à tour l'Empire byzantin, le royaume de Serbie, le royaume de Hongrie, en attendant que viennent les Turcs; enfin, entre ces civilisations contraires, cette région flottera indécise, combinant curieusement ce qui lui viendra de l'Orient et ce que lui enverra l'Italie. Au x'= siècle, elle tourne encore dans l'orbite de Byzance, et ses princes, vassaux du basileus, s'enorgueillissent de porter les titres sonores des dignités palatines; bientôt la destruction du royaume bulgare par Basile II allait augmenter encore chez les Slaves du Sud le prestige de l'Empire grec, et, jusqu'au milieu du xif siècle, la Bosnie, suivant les destinées de la Serbie voisine, accepta docilement l'influence de Byzance. La mort de l'empereur Manuel Comnène (1180), le dernier prince qui ait sérieusement tenté de retenir la péninsule des Balkans dans