‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 13 sur 132 · L'HISTOIRE ET LES MONUMENTS EN BOSNIE-IIEUZEOOVINR · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE ET LES MONUMENTS EN BOSNIE-IIEUZEOOVINR

à loup il soutiendra les Angevins d(' N.ipies et se soumettra à, Sigismond, selon qu'il y trouvera avantage, recevant de toutes mains les terres et les dignités; bogomiie par intér/^t politique, il saura quand il faudra, se convertir au catholicisme, et finalement il en viendra, pour satisfaire ses rancunes, à introduire les Turcs dans le pays. (Jrand voïvode de Bosnie, comte du bas pays (Dolnij- Kraj, aujourdliui la région de Jaice), vicaire pour le roi Ladislas en Dalmalie el Croatie, duc de Spalalo par la grâce de ce prince, il est si puissant qu'il pourrait aspirer au trône, et, en attendant, il fait el défait les rois k sa fantaisie, renversant Ostoja en 1404, gouvernant despotiquement le faible Tvartko II, puis rétablissant Ostoja en 140!). Comme un prince indépendant, ce grand seigneur frappe monnaie; il traite d'égal à égal avec Haguse, avec Venise, et, au contact de l'Italie, le slave brutal, barbare et cruel qu'il est se frotte d'un vernis d'élégance et de civilisation. Dans sa forte citadelle de Jaice, il se bâtit un somptueux palais dans le style vénitien, et l'on voit encore, dans les fameuses catacombes de celte ville, le curieux tombeau de famille qu'il s'était préparé; il parade en chevalier, avec un luxe inouï, aux fêtes célébrées à Bude : type curieux de cette civilisation composite qui était au xv" siècle celle de la Bosnie, représentant admirable aussi de l'esprit aristocratique el particularisle de ces grands seigneurs bosniaques, avides de domination, incapables de fidélité el de dévouement, impuissants à concevoir aucune idée d'ensemble, sacrifiant tout sans scrupule à leurs ariiliitious. Et le dur Hervoja n'est point \m exemplaire unique : à côté de lui, c'est son rival Sandalj Ilranié, qui domine tout le sud de la Bosnie, l'Herzégovine elles bouches de Catlaro. Bogomiie comme Hervoja, comme lui il sernéla aux querelles intérieures du pays, combatt«nt ou .soutenant les rois éphémères qui passaient sur le trône, soucieux avant tout de se constituer dans le Sud une vaste principauti' inch'pcndante, et ne répugnant pas même, pour se l'assurer, à prêter serment de vassalité au Sultan. Allié d'abord d'IIervoja, il fut ensuite son plus implacable adversaire, elle» luttes des deux grands voïvodes achevèrent de ruiner le pays. Lui aussi prodigieusement riche, comme l'atteste l'inventaire des trésors <|uil avait déposés à Raguse, il offre, comme Hervoja, un type curieux de seigneur slave italianisé; sans cesse on le voit en négociations avec les villes de l'Adriatique, avec Venise, avec le pape même; et, quand il mourut en 1435, il laissait â ?on neveu Stéphane Vukéié > 143.'»- 1406) une principauté agrandie et prospère. Celui-ci fut un autre féodal : c'est lui qui, en 1448, détacha définitivement de la Bosnie le pays de Hum, que l'empereur d'Allemagne constitua en sa faveur en duché indépendant de Saint-Sabas. Bogomiie comme son prédécesseur, le nouveau duc protégea conirc les persécutions de Stéphane Thomas ses coreligionnaires de Bosnie, et, malgré les luUes qu'il dut â .son tour soutenir contre ses grands vassaux révoltés, le premier el dernier duc d'Herzégovine. par l'habile énergie de sa politique, se maintint tout-puissant ju.squ'à son dernier jour el réussit même à asseoir sa fille sur le trône de Bosnie. Plus heureux que son voisin, il sut pour un instant faire reculer les Turcs : mais, incapable, comme les grands seigneurs ses contemporains ou ses ancêtres, de toute discipline et de toute sujétion, il ne contribua pas moins qu'eux à la ruine finale de son pays.

§ 0. — Le Royaume de Bosnie.

Ainsi déchirée par les luttes religieuses et féodales, la Bosnie semblait offrir une proie facile aux convoitises de tous ses voisins. Et, en effet, pour la réduire, les rois de Hongrie, ses suzerains nominaux, y entnlii'iincut l'anarchie et la disloquent comme â plaisir. Au milieu du xni* siècle, le pays est partagé entre les descendants de Kulin, qui occui>ent le banal d'Oussora, el le ban Ninoslav. qui tient le reste. A la lin du siècle, la division est pire encore : Ladislas IVdonne le nord du pays, avec

le titre de duc, au serbe Stéphane Dragutin; pendant vingt-cinq ans, les comtes de Brebir en occupent, en qualité de bans, le nord-ouest; un autre prince, Stéphane Kotroman, possède le centre et le bas pays (Dolnij-Kraj). Sigismond, au xv° siècle, fera mieux encore : en 1411 le bas pays échoit à Ilervoja, Oussora, et la région des Salines à deux palatins hongrois; le pays de Hum et la Terbunie sont à Sandalj Hranic, et le roi légitime de Bosnie ne garde que la vallée supérieure de la Bosna. Tandis que les Hongrois menacent par le nord, la Serbie reconstituée menace par Fest. Le grand tsar Etienne Douchan s'efforce, au milieu du xiv" siècle, d'englober la Bosnie dans le vaste empire slave qu'il rêve de fonder; il se promène en vainqueur de la Drina à la mer et annexe à la Serbie la Zachloumie. Enfin, les Turcs viendront : dès 1415 ils occupent le sud-est du pays, Plevlje, Foca, Cajnica, Nevesinje et la région de Sarajevo, et désormais ils interviennent dans toutes les affaires de la Bosnie, disposant des territoires, exigeant du roi Tvartko II le serment de vassalité, en attendant que vienne le jour, maintenant prochain, de la catastrophe finale.

Et cependant, malgré tant de causes de faiblesse, entre tant de périls, cette Bosnie a su parfois se constituer en un État puissant et civilisé. Déjà, au temps du ban Kulin, elle avait connu une prospérité véritable : des mineurs ragusains et saxons étaient venus exploiter les richesses minières du pays, des relations commerciales s'étaient nouées entre les villes naissantes de Bosnie, Yisoko, Fojnica, et les cités maritimes de l'Adriatique. Le mv° siècle marqua plus complètement encore l'apogée du développement de la Bosnie. Pendant ses quarante années de règne (1314-1334), le ban Stéphane Kotromanic sut, à force d'habileté, préparer la future grandeur de son pays. Pour reconstituer l'unité de la contrée, il s'appuya sur la Hongrie, et ainsi il rentra en possession de la Bosnie entière, avec Oussora, les Salines et le bas pays, auxquels il joindra bientôt le pays de Hum. Bogomile de naissance, il obtint de Rome la liberté de ménager ses coreligionnaires, en faisant craindre que la persécution ne les jetât dans l'orthodoxie, et par là il se concilia leur appui; quand il fallut lutter contre Douchan, bravement il se fit catholique; et ainsi, manœuvrant adroitement entre la Hongrie, dont le roi devint son gendre, et la Serbie, entre Venise et la papauté, doucement il assura son indépendance. Son neveu Tvartko I" (1334-1391) acheva son œuvre. Affermi sur le trône par l'appui des Hongrois, bientôt il se détacha d'eux; en lutte d'abord avec les Bogomiles, bientôt il chercha auprès d'eux son meilleur appui. Surtout il comprit, quand l'empire de Douchan se disloqua, que la Bosnie pouvait, elle aussi, devenir le noyau d'un grand État slave, et résolument il tendit à ce but. Après la conquête do la Ra.scie, il lit un premier pas, et décisif : dans la vieille abbaye de Milosevo, où saint Sabas était enterré, où les grands rois serbes s'étaient fait couronner, le ban de Bosnie se proclama « roi, par la grâce de Dieu, de Serbie, de Bosnie et du littoral » (1376). Quand la mort de Louis de Hongrie l'eut débarrassé de son plus redoutable adversaire, il marcha de progrès en progrès. Successivement il occupa le pays de Hum, la Dalmatie, la Croatie, dont il se proclama roi. Un grand empire slave naissait, qu'une étroite alliance unissait à l'autre grand État slave du Balkan, la Serbie; malheureusement, les Turcs vinrent trop vite pour que la Bosnie, dont le règne de Tvartko I" marque l'époque la plus glorieuse, pût achever ses destinées.

En 1389, les contingents bosniaques s'étaient courageusement battus, à côté des Serbes, dans les plaines de Kossovo. Mais Tvartko mort (1391), au lieu de l'union si nécessaire, la Bosnie ne connut que la plus épouvantable anarchie. Luttes religieuses, querelles intestines, des rois éphémères se disputant une royauté misérable, l'Étranger intervenant pour profiter de ces discordes civiles, rien ne lui fut épargné. Dès 1413, les Turcs entrent dans le pays, appelés par les Bogomiles, sollicités par les grands.

En face du péril pressant, les fautes et les maladresses semblent se multiplier; on prêche la croi-

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