L'HISTOIRE ET LES MONUMENTS EN BOSNIE-HEKZIÎGOVINE
sad(! contre les Bogomiles au lieu de la prôcher contre l'infldële, et Sigmmond do Hongrie H'ernpre.Hso a ex('!cuter les volontés pontificales; on persécute, on force à l'énnigration les meilleurs défenseurs du pays; et les grands seigneurs, au li(Mi de faire; corps autour de leur roi, ne songent qu'à satisfaire leur» ambitions propres. Les succès de Jean Hunyado, la politique habile du despote de Serbie, George Hrankovic, retardèrent seulement de quelques années la catastrophe. Vainement les faibles roi» (te Hosnie .se déballent contre l'inévitable, vainement le pape prêche une croisade suprême: Conslanlinople tombe on lioll, la Serbie succombe on 1439; en lifi.'J, Mahomet II parait devant Jaice, la capitale des souverains de la Bosnie, et l'on y voit aujourd'hui encore, dans l'église des Frnnci.scain.<i, 1(! squel(4le d'Etienne Tomazevié, le derniiîr roi de Bosnie, décapité par ordre du Sultan victorieux. C'était la fin.
Le duché de Saint-Sabas ou d'Herzégovine survécut vingt ans à peine au royaume voisin : en 1483, lui aussi devint la proie des Turcs. Jusqu'à ces derniers temps, il resta en leur possession.
§ C. — L'Art et la Civilisation en Bosnie à la fin du Moyen-Age.
Pour la civilisation j)Ourlant, ces trois siècles n'avaient pas été stériles.
Aux coiilliis du sandjak de Novil)azai-, la vieille église de Dobrun conserve de curieuses fresques de la fin du xiV siècle; Ib style, comme celui du monastère de Banja (fig. 71), en est tout byzantin, et le fondateur de l'édifice, le zoupan Pierre, qui s'est
fait, avec sa femme et sa fille, représenter sur les murailles, ressemble absolument par son costume aux grands seigneurs de la cour des Paléologues. Plus au nord, l'antique monastère d'Ozren i^fig. ~i) altesie la persistance des mêmes iniluences; l'architecture de son église est purement byzantine; les fresques qui la décorent, bien que plus récentes que celles de Dobrun, s'inspirent des mêmes traditions artistiques. Mais, tandis que, par .ses monuments et sa religion, la moitié orientale de In Bosnie porte la marque de la civilisation byzantine, la moitié occidentale, au contraire, offre un frappant et significatif contraste. .\u nord-ouest, Biliac a une église gothique, transformée en mosquée ii la conquête, où l'on a retrouvé les curieuses placpu's tombales de ces nobles Croates qui, comme le dit une épitaplie, « moururent en combattant pour la foi catholique ». K Jaice, le haut campanile de l'église ruinée de Saint-Luc (fig. 73) a l'aspect tout italien, et les fragments de sculptures encasln's jadis dans les murailles de la citadelle sont du plus pur gothique vénitien. Ju.sque dans les grossières
l''ig. 71. — .Vouas J.'j'c- do Banja, yirôs Je i'ribtij.
sculptures des tombeaux de l'Herzégovine, les motifs de la décoration s'inspirent de larcbitecture vénitienne; quant au costume, il est en cette région purement italien, au moins pour les grands seigneurs, en cette fin du xiv" siècle. Ainsi, dans cette Bosnie placée au point de contact de deux mondes, deux courants opposés se sont rencontrés et mêlés, et de ce contact est née une civilisation composite et complexe, infiniment curieuse à étudier.
Tandis que les influences byzantines agissaient sur l'est du pays, c'est par les villes de l'Adriatique, surtout par Raguse, que les influences latines pénétrèrent en Bosnie. D'origine slave elle-même, et considérée au x' siècle comme « la métropole de toute la nation », mais de bonne heure italianisée.
Fig.
Erjlisir cl monastère d'Uzren.
Raguse était l'intermédiaire naturel entre la Bosnie et l'Occident. Est-ce par elle que se propagèrent ces inspirations artistiques qu'on note dès le xn° siècle dans les fragments de sculptures de Zenica et de Dabravina, et qui se rencontrent presque pareilles dans les monuments anciens de la côte dalmate? En tout cas, Raguse entretint de bonne heure avec le pays voisin d'étroites relations politiques, des relations économiques, plus profitables encore, avec cette belle et fertile contrée. Au xiv" siècle, les Ragusains monopolisaient le commerce bosniaque, et poussaient jusque dans l'est du pays leurs établissements el leurs colonies; avec non moins de bonheur ils exploitaient, en employant du reste des mineurs saxons, les riches gisements d'argent, de plomb, de fer (Srebrenica, Olovo, Fojnica), qui méritaient à la Bosnie au xV siècle le nom de Bosna argentnria. C'est à l'effigie de saint Biaise, patron de Raguse, que furent frappées les premières monnaies des bans de Bosnie ; c'est Raguse qui fournissait aux grands seigneurs bosniaques tous les éléments de leur luxe, et qui im-