‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 20 sur 132 · CARACTÈRES DISTINCTIFS DU SERBO-CROATE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DISTINCTIFS DU SERBO-CROATE

11 ne saurait èlre question d'exposer ici — car ce serait passer en revue toute une grammaire — les diverses particularités de phonétique, de morphologie, de syntaxe auxquelles le serbo-croate, langue slave du Sud, doit d'être compté comme un idiome indépendant à la fois du bulgare et du Slovène. Qu'il suffise de signaler l'une des plus caractéristiques, ù titre de simple indication :

Placées devant / {j valant le j allemand), les dentales /, d donnent respectivement les deux palatales molles c', gj (cette dernière notée également par dj, et, dans lorlhograjibe croate la plus récente, par simple d barré — d); et la prononciation classique de ces deux palatales, telle que la délinit le loiul,il( iH- (le la jihilologie serbe, Vuk Karadzic (i787-18(>4), dans la préface de son célèbre dictionnaire {Lexicon SerbicO-Germanico-Lalinum), est h peu près ce que serait en français Ich, dj prononcés 1res mous; ex. : />H('a « la maison »; kocu ou ru « je veux »; megju « entre ><; gragjanin « le citoyen ». Rappelons, ù titre de comparaison, que l'aboutissement de Ij et de dj est re.spectivement st et zd en vieux slave, — è eX z en russe. Au reste, la prononciation classique de é et de gj est sujette à de multiples variations locales, suivant une sorte d'échelle phonique qui va de / mou à (^ rfwr' pour (/, de dmou h di dur pour gj. V.n Bosnie-Herzégovine par exemple, et notamment dans les deux capitales de Sarajevo cl de Moslar, la confusion de é et de c^ est flagrante : c est communément prononcé ê, par les Musulmans surtout. De plus, et ce fait ne paraît pas avoir jamais été signalé, la prononciation

• Le !• ierbo-croî\tc est large et dur, dilTércnt «lu c russe mincf et mon.

de c et de gj dépend, dans une certaine mesure, de la position dans le mot : placés ailleurs qu'à la fin du mot, c et gj sont prononcés très mous, avec tendance à n'être que de simples t et d mous; placés à la fin du mot, cj et gj sont prononcés moins mous, avec tendance à devenir è et dz durs; ainsi, pour c, à la finale des noms de famille en ié : Bogisic, Briic, Danicic, Gundulic, Jagié, Karadzié; pour gi : Gjuragj (pron. presque comme *Djuradz) « Georges » ; vogj « le guide », etc.

Cependant, à côté de ces particularités, dont il serait oiseux de donner ici le détail, il est un phénomène de caractère plus général et qu'en raison de celte généralité même il faut esquisser en quelques mots : l'accentuation dans ce qu'elle a de propre au serbo-croate.

Immobilisé à des places fixes dans les idiomes slaves de l'Ouest, sur la première syllabe du mot en tchèque et en sorabe, sur la pénultième en polonais', l'accent est libre dans les langues slaves de l'Est et du Sud. Mais, tandis qu'en russe et en bulgare l'accent libre est essentiellement un accent expiratoire ou d'intensité (et il semble bien que tel aussi soit l'accent Slovène), il est à la fois accent d'intensité et accent musical en serbo-croate : en même temps qu'il comporte une prononciation plus intense de la voyelle qu'il frappe, l'accent serbo-croate modifie la hauteur de cette voyelle.

Il y a quatre types d'accents en serbo-croate : deux pour les voyelles longues, deux pour les voyelles brèves. Dans le système inauguré par Vuk Karadzié et que l'Académie yougo-slave a adopté pour son dictionnaire, les accents sont marqués par des signes spéciaux : une sorte d'accent circonflexe arrondi et le signe de l'accent aigu pour les voyelles longues (','), le signe de l'accent grave redoublé et le signe de l'accent grave simple pour les voyelles brèves (",').

1° Accentuation des voyelles longues.

a) L'accent marqué par le circonflexe arrondi peut être appelé accent descendant : portée d'abord sur une note haute, la voix descend par degré; la voyelle paraît redoublée, ou mieux, prolongée, et c'est dès le commencement de l'émission que doit être donné l'effort d'intensité. Ex. : J'ràvni/i [h peu près comme *Trâavnik).

ù) L'accent marqué par le signe de l'aigu peut être appelé montant : soutenue d'abord sur une note basse, la voix monte par degré ; la voyelle paraît également prolongée, mais c'est tout à la fin de l'émission que doit être donné l'effort d'intensité, moindre d'ailleurs que dans l'accent descendant. Ex. : Drina (* Driina).

2° Accentuation des voyelles brèves.

a) L'accent marqué par le signe du grave redoublé peut être appelé fort : la voyelle qu'il frappe est prononcée avec une extrême rapidité ; c'est tout au commencement de l'émission que doit être donné l'effort d'intensité. Ex. : Bôsna.

b) L'accent marqué par le signe du grave simple peut être appelé faible : la voyelle brève qu'il frappe est prononcée sans que rien exagère sa brièveté, et sur un ton montant; c'est tout à la fin de l'émission que doit être donné l'effort d'intensité, moindre d'ailleurs que dans l'accent dit fort. Ex. : Mostar.

Ces quatre accents, on le voit, diffèrent les uns des autres par leurs qualités essentielles; mais, au regard de la grammaire comparée des langues slaves, ils accusent une autre différence encore : tandis que l'accent descendant des longues (") et l'accent fort des brèves (") sont des accents anciens, maintenus à la place primitive où, pour les mêmes mots, on les retrouve presque toujours en russe et généralement aussi en bulgare (s.-c. mêso « viande », russe mjâso; s.-c. knjïga « livre », russe

* Il est à noter cependant que l'accent est, dans une certaine mesure, libre en kachoube et qu'il était libre aussi en polabe.

Page 1