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LA LANGUE ET LA LITTÉRATURE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

knign), l'accent montant des longues (')et l'accent faible, ('•gaiement montant, de» brèves (') sont des accents nouveaux, reportés d'une syllabe vers le commencement du mot; ex. : rûka « main », cf. russe rukû; vino « vin », cf. russe vinô; sèlo « village », cf. russe selô ; dobrôla » bonté », cf. russe dobroln. Il n'est même pas nécessaire de recourir fi la comparaison du russe ou du bulgare pour restituer r«Hat ancien : cet état s'est conservé dans un dialecte serbo-croate encore vivant et dont l'aire géographique sera définie plus loin, le dialecte éakavien ou langue de fa. Moins sensible aux éléineiits musicaux de l'accent, lecakavien ne connaît qu'une seule accentuation des brèves, l'accentuation forlc; on revanche, il n'admet point les reports d'accent de la fin vers le commencement du mol, qui, dans tout le reste du domaine serbo-croate, sont devenus la règle constante pour les .syllabes filiales : le cakavien a gardé i'i leur place ancienne, quelle qu'elle fût, ii la place qui leur e.st également conservée en russe, les accents primitifs du slave commun : iukâ, vinô, selô, dobrolà.

L'accentuation serbo-croate offre donc au linguiste un double intérêt : quant à la p/ace de l'accent, elle demeure un témoin si'ir de l'état slave commun; quant à la nature de l'accent, elle permet, par l'observation directe, de mieux comprendre les descriptions que nous ont lai.ssées des accents sanscrit et grec les grammairiens de l'Inde et de la Grèce.

C'est une rare bonne fortune pour un idiome moderne que de pouvoir .servir, .sans intermédiaire plus ancien, aux reconstitutions hardies de la grammaire comparée des langues indo-européennes : cette bonne fortune, les langues slaves l'ont eue, et le serbo-croate plus que toutes les autres, parce qu'il a con.servé tout ensemble et l'accent mobile et la quantité, tandis que le russe luimôme, demeuré si fidèle aux accents anciensi perdait de très bonne heure les différenciations de quantité.

LE& DIALECTES SERBO-CROATES : DIALECTES DE kaj, DE va, DE StO. DE LA LANGUE PARLÉE EN B 0 SNIE-U ERZÉGO VINE

Sur le domaine si vaste que nous avons délimité, le serbo-croate n'est point resté partout semblable à lui-même : il s'est fractionné en dialectes.

Il est do tradition do répartir les dialectes serbo-croates en trois groupes, déterminés par l'expression, dans cliacun doux, du ])ronom interrogatif-relalif neutre {quid et quod); ces trois groupes, d'importance très inégale, sont respectivement appelés : parlers de kaj ou kajkavslina, parlors do va ou cakavtîtina, parlors do slo ou slokavslina {kaj, ra, slo = quid et quod).

1° Parlers de kaj. — Ces parlers, qui occupent l'angle nord-occidental du territoire serbo-croate, sont restés assez peu fidèles aux formes anciennes. D'insensibles dégradations les rapprochent des parlers Slovènes qui les limitent à l'ouest et aVfec lesquels l'École des philologues Slovènes, représentée surtout par Kopilar et Mikiosié, a prétendu les identifier. A l'est et au sud, ces parlers sont séparés des dialectes des/oetde èa par une ligne qui, partant de Pitomaca sur la Drave, atteint la Save à Jasenovac, puis remonte le cours de celte rivière jusqu'au confluent de la Kulpa, et ensuite le cours do la Kulpa jusqu'à la frontière de Carniole. La capitale dos Croates, Agram, est en ploin pays de kaj.

2" Parlers de ca. — Le cakavien est le mieux conservé des dialectes serbo-croates, le seul qui,

ainsi qu il a été dit précédemment, n'ait pas déplacé les accents primitifs. Malheureusement, reculant partout devant les parlers de kaj et de slo, il est menacé de disparition prochaine.

Au xvi" siècle, le cakavien occupait encore tout le bassin de la Kulpa, la partie de la Bosnie connue sous le nom de Croatie turque, la Dalmatie presque entière (jusqu'à la Narenta) ; naguère aussi les catholiques de Slavonie parlaient en ca. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Sauf une hande de territoire extrêmement étroite dans une partie des anciens Confms, le cakavien ne comprend plus que les îles de l'Adriatique jusqu'à la presqu'île de Sabbioncello (Rat Stonjski en serbo-croate), puis, dans la Dalmatie continentale, quelques villages groupés pour la plupart autour de Trau (Trogir) et de Spalato (Splijet). Mais déjà, grâce à l'afflux d'émigrants venus du continent, on parle s(o en de nombreux points des îles; et, pressé de toutes parts par ce même dialecte de sto, le cakavien de la côte est fort altéré. C'est au nord, dans la grande île de Veglia (Krk), que le cakavien paraît s'être maintenu le plus pur.

3° Parlers de sto. — Tout le reste du domaine serbo-croate appartient à la s^o/ioys/i'ia : c'est à la stokavstina qu'ont été empruntées les formes de la langue classique ; la stokavstina est le serbo-croate proprement dit.

A son ionr, celle stokavstina s'est brisée en sous-dialectes, au nombre de trois, suivant la prononciation affectée à l'ancienne voyelle ê du slave commun : prononciation en ije (aussi en une seule syllabe je) au sud, prononciation en e à l'est, prononciation en i à l'ouest. Ainsi le slave commun rêka « rivière » sera prononcé rijeka (ou rjeka) au sud, reka à l'est, rika à l'ouest.

Sans qu'il soit possible de fixer toujours une démarcation géographique rigoureuse à ces trois sous-dialectes, tant ils sont parfois enchevêtrés l'un dans l'autre, on peut cependant leur assigner comme domaines propres :

Au parler en ije ou ijekavslinn : le Monténégro tout entier, les Bouches de Catlaro et Raguse; les cantons serbes de l'Albanie, le Sandjak de Novipazar, les districts d'Uzice et de C'aëak sur la haute Morava des Serbes, en Serbie; rBerzrgovine tout entière, moins les éléments catholiques de sa marche du nord; la Bosnie tout entière, moins ses éléments catholiques; la plus grande partie de la Croatie stokavienne ; la Slavonie, moins les anciens Confins et la Syrmie; les comitats serbes de la Hongrie occidentale;

Au parler en e ou ekavstina : la Vieille Serbie, la principauté de Serbie presque tout entière; le Banat, la Bacska, moins ses éléments catholiques; la Syrmie;

Au parler en i ou ikavstina : la Dalmatie au nord de la Narenta, l'Istrie, les anciens Confins; tout ce qui en Croatie et en Slavonie n'est pas de prononciations en ije; les éléments catholiques de l'Herzégovine septentrionale, de la Bosnie, de la Bacska; en Bosnie encore, les éléments musulmans de certains districts, par exemple àLivno, à Travnik, à Kreéevo, à Fares'.

De ces trois sous-dialectes, le premier, celui de la ijekavslinn, a été reconnu par Vuk Karadzic et Louis Gaj comme le modèle de la langue littéraire classique: successivement adopté par les écrivains et les sociétés savantes d'Agram, de Zara, de Raguse, de Sarajevo, il eût étendu son hégémonie incontestée à tout le domaine de la langue de sto si le particularisme serbe de l'Académie de Belgrade n'avait assez maladroitement, au cours des dernières décades, soutenu les droits du parler en e. Au reste, du parler en ije au parler en e les différences sont de si peu d'importance que l'on a vu

' Les communautés orthodoxes de Kupres et de Ilan-Luka, près de Bugojiio, prononcent égalernent en i; ce fait doit être considéré comme une exception très rare.

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