LES MUSULMANS
Le groupe dominant a ét('', depuis (juatre siècles, le gniu))e musulman. A certains égards, il le reste encore. Les musulmans bosniaques sont, d'habitude, encore aujourd'hui, appelés « Turcs ■>. Euxmêmes, quand on les interroge, continuent à se donner le nom de Turcs, si longtemps synonyme de mailles et de dominateurs. Pour eux. Turc et musulman, c'est tout un. En réalité, au point de vue ellinographi(iue, ces soi-disant « Turcs » sont, tout comme leurs voisins chrétiens, des Slaves du Sud, dos Serbo-Croates, convertis, depuis la conquête turque, à l'Islam. Ils portent, encore souvent, des noms slaves; ils ne parlent point, d'habitude, d'autre langue que le slave, le serbo-croate. Si quelquesuns d'entre eux savent un peu de turc, c'est comme une langue étrangère qu'ils parlent pour .se faire honneur devant le monde. En réalité, la religion seule les distingue et les sépare de leurs voisins et compatriotes chrétiens; mais leur parenté religieuse avec les Ottomans suflil pour qu'ils se regardent
comme Turcs, et pour que les Osmanlis de Stamboul les considèrent comme tels. Il en est de même, on le sait, des Pomaks, ou Bulgares musulmans du Rhodope, Slaves, eux aussi, de langue et d'origine; de même, des musulmans crétois qui ne sont que des Grecs passés à l'Islam; de même, encore, des musulmans d'Albanie, tout aussi Albanais de langue et de sang que les montagnards catholiques de la Mirditlc. Slaves ou Grecs, en adoptant l'Islam, ont en quelque sorte renié leur nationalité d'origine ; et si forte est l'empreinte mise, sur les sectateurs du Prophète, par le Coran, qu'on ne sait trop si ces musulmans de souche slave ou de souche grecque pourront jamais revenir entièrement à leur nationalité européenne, redevenir tout à fait Slaves ou Grecs, sans abjurer l'Islam.
Ce n'est pas seulement, comme nous l'avons dit, qu'en Orient la religion et la nationalité sont, pour ainsi parler, liées et comme tressées ensemble ; c'est que l'Islam façonne à nouveau les hommes et les peuples. De populations d'origine européenne, comme les Bosniaques, le Coran a fait, en quelque .sorte, des Asiatiques, qu'il a rendus difficilement perméables à l'esprit de l'Europe. Ici, se manifeste l'étonnante force d'assimilation du Coran, qui rapproche et fond ensemble, dans un même moule politico-religieux, tous les vrais croyants, substituant, chez eux, à leurs mœurs primitives et à leur génie national, les mœurs et les idées du lointain Orient. Ici, également, éclate la puissance du Coran à faire prédominer le sentiment de la solidarité religieuse sur le sentiment de la solidarité nationale.
En dépit de l'antipathie naturelle de l'Arabe et du Turc, malgré les souvenirs de la Ligue albanaise de 1878, on pourrait dire, encore de nos jours, que le Coran supprime ou étouffe, dans son germe, l'idée de nationalité ; que l'Islam devient la vraie et la seule patrie du musulman. C'est un des points par où, en Bosnie, comme dans tout l'Orient, chrétiens et musufmans diffèrent le plus. Tandis que, partout aujourd'hui, en Orient, l'idée nationale se réveille chez les chrétiens et tend à se subordonner l'idée religieuse, la religion continue à absorber tout le musulman. Elle remplit son âme et sa vie tout entière, jusqu'à n'y point laisser de place à tout autre sentiment. Ces musulmans de Sarajevo et de Mostar ont beau être des Slaves de langue et d'origine, n'ayant de commun, avec les Turcs, que la religion, il faudra peut-être des générations, peut-être des siècles, pour qu'ils se sentent, de nouveau, des Slaves et des Européens, et qu'ils apprennent à se considérer comme faisant partie du môme peuple que leurs congénères chrétiens. Si grande et si difficile que semble pareille transformation, cette parenté de race et de nationalité la rend, après tout, moins malaisée que dans les pays où le musulman est d'un autre sang ou parle une autre langue que ses voisins chrétiens. Sous ce rapport, le grand problème de l'adaptation des musulmans à la vie occidentale et à la civilisation européenne se présente, malgré tout, en Bosnie, sous un aspect plus favorable que dans la plupart des autres régions de l'Orient. Cela seul mériterait
l""ig. 96. — Musulman de Hogalica.
d'attirer sur les mosquées et les niektebs de Bosnie les regards dos pliilosoplies et de» politiques.
Ces Slaves musulmans de Bosnie, llslam a ou le temps de les pénétrer jusqu'aux moelles. Voilà quatre cents ans déjà que, selon la formule ancienne, ils ont pris le turban, et, à l'inverse de certains sectateurs du Proithùtc, convertis seulenient à la surface, par intérêt ou par peur, les Bosniaques musulmans se sont montrés do vrais croyants, convaincus et zélés. Il semble qu'à leur conversion, vers la fin du xv' siècle, il y ait eu deux causes principales, l'une d'ordre matériel, l'autre d'ordre spirituel. Le Coran a, d'abord, trouvé faveur parmi les grands propriétaires, les boyards .1 I. - féodaux do la Bosnie, désireux de conserver leurs biens et leurs privilèges. Comme l'histoire souvent se lépète, le même fait s'est reproduit, )m ou doux siècles plus tard, on Crète. En outre, il .semble que, parmi ces renégats de la Croix, beaucoup appartenaient aux anciens Hogomiles, secte slave, analogue à nos Albigeois, qui, sous divers noms, complu, durant plusieurs siècles, de nombreux adhérents parmi les Slaves du Sud, Serbes ou Bulgares. Contre ces Bogomilcs ou Pauliciens, plus d'une fois en faveur près des princes de Bosnie, Rome et les Hongrois avaient fait plusieurs croisades sanglantes. L'hérésie vaincue continuait à couver en Bosnie, lors de l'invasion turque. Ces Albigeois bosniaques, irrités contre l'Église par de longues persécutions, accueillirent le Turc en libérateur; ils crurent s'alTranchir en passant à l'Islam.
Ici oncoro, i'iiistoire se répétait, car ce n'était pas la première fois que l'hérésie frayait la voie au Coran. Déjà, lors de l'apparition des Arabes en Syrie et en Egypte, la persécution avait préparé à l'apostasie nombre de chrétiens, nestoriens ou monophysites, rebelles à la foi officielle. Ainsi, partout, sur le passage des conquérants, les haines amassées contre l'Église, par l'intolérance byzantine ou
romaine, ont facilité ou consolidé la victoire des apôtres armés de Mohamed. Peut-être la conversion des anciens bogomilcs fut-elle d'abord tout extérieure. Les Musulmans di.sent qu'aujourd'hui encore, aux environs de Dreznica, se rencontrent d'anciens bogomilcs qui, sous le masque de l'Islam, pratiquent, en .secret, une autre religion. Il se peut que, en plus d'un village ou d'une vallée, il en ait vraiment été ainsi jadis; mais il .semble bien que, aujourd'hui, tout reste de l'ancienne hérésie manichéenne se soit olcint chez les musulmans comme chez les chrétiens. S'il en subsiste encore quelque trace, à Dreznica ou ailleurs, c'est sous forme de superstition obscure.
Qu'ils descendent ou non des anciens bogomilcs, les musulmans bosniaques .sont rcslcs, pendant quatre siècles, les vrais maîtres du pays. Ils l'ont gouverné durement. A l'abri de leurs remparts de montagnes, isolés par la religion de leurs compatriotes slaves, les anciens boyards sorbes, devenus des begs musulmans, ont formé une sorte d'oligarchie aristocratique avec laquelle les Sultans kalifes
Fig. 91.
fticbe musuliimn comptaut parmi les notables à l-'oca.
de la lointaine Stamboul ont dû souvent compter. En Bosnie, comme en maintes contrées du vaste Empire turc, il s'était formé des autonomies locales sur lesquelles la Porte n'avait guère d'autorité effective.
Encore au milieu du siècle, Sarajevo, la fière Bosna Serai, la principale ville de la région, était gouvernéepar sesbegs. Le vali, le gouverneur de la province, résidait à Travnik ; il ne pouvait entrer à Sarajevo qu'avec l'autorisation des begs, qui ne lui permettaient d'y passer que quelques heures. Avec les générations, ces fils de renégats étaient devenus les plus zélés des musulmans. Soit fanatisme, soit crainte de voir diminuer leurs privilèges, ils repoussaient toutes les réformes que l'Europe chrétienne arrachait à la faiblesse de la Turquie. Plus d'une fois, sous Mahmoud et sous Abdul Medjid, ils sont allés jusqu'à prendre les armes contre le sultan Kalife, afin de ne pas se soumettre
aux réformes du halti humayoun et du Tanzimat. La promesse de l'égalité aux ghiaours indignait leur orgueil autant que leur fanatisme. On comprend avec quel déplaisir cette turbulente féodalité musulmane a su que le Congrès de Berlin confiait à une Puissance chrétienne le gouvernement des provinces qu'elle considérait comme ses fiefs. Aussi ne saurait-on s'étonner de la résistance opposée par les oulémas à l'occupation autrichienne. Pour en venir à bout, il fallut aux Kaiserlichs trois corps d'armée et une rude campagne de plusieurs semaines.
Aujourd'hui, ces fiers musulmans, naguère intraitables,
ont l'air doux et paisible. S'ils conservent encore, dans leur
maintien, une noblesse et une dignité dues à l'habitude du
coiumandement ou aux mœurs orientales, ils ne montrent
plus rien au dehors de l'arrogance de leurs pères. Est-ce le
fatalisme, grâce auquel les musulmans semblent accepter
si vite les tranchantes décisions de l'épée, ils semblent, ces
Bosniaques, en apparence au moins, résignés à la domination
du Habsbourg chrétien. Ce n'est pas qu'ils se désintéressent
dy la Turquie et de l'Islam. Là, comme partout, la victoire
du Croissant sur les Grecs, en 1898, a exalté de nouveau la
ferveur ou l'orgueil islamique; et, tout récemment encore,
durant notre séjour en Bosnie, on se montrait, dans les mosquées, anxieux des événements de la
Crète. Le désir de ne pas choquer les préférences turques de ses administrés musulmans est, sans
doute, une des raisons qui ont tenu, en Crète, l'Aulriche-Hongrio à l'écart des quatre Puissances.
La résistance des musulmans, en 1878, a donné à l'Autriche l'occasion de les désarmer. Leur large ceinture est, depuis vingt ans, vide de tout l'arsenal de lames et de pistolets qui ornait, hier encore, celle de leurs voisins d'Albanie'. Les plus fanatiques ont émigré sur les terres demeurées sous la loi du Prophète ; mais, à l'inverse de ce qu'on a vu en Bulgarie ou en Thessalie, cette émigration n'a entraîné qu'une faible minorité. On estime, officiellement, à une douzaine de mille le nombre des musulmans cjui ont quitté la Bosnie et l'Herzégovine depuis l'Occupation. Encore aujourd'hui, il se trouve, chaque
' En octobïe 1898, durant notre visite à Seulari, le port d'armes a été Interdit aux habitants de la ville et des environ».
Fig. 98. — Mtisulwanc de Sarajevo. — (Photographie de M. Vemeau. Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.) — Les femmes mahométancs des villes sortent toujours voilées.
LKS ilACRS, LES RKLIC.IONS, LA NATIONALITIÎ EN nOS^■|R-^PH?:|^^,nVI^F 117
année, doux ou trois cents musulmans qui passent en terre lur(jue. Ces chinioi scmMcnt t«til<>iiiciil Iws que, si l'on ne connaissait rexactitutlo habituelle des statistiques autricliiennc» et le soin apiiorté |»ar l'Administration à relever la liste des émigrés, on serait tenté de croire que les données orHcielIcs restent au-dessous de la vérité. Mais, alors même que nous devrions doubler ce» chiffres, tous ceux qui savent combien il on cortte aux disciples du Prophète de vivre sous la loi des chrétiens seraient encore contraints de trouver très faible le nombre des émigrés musulmans. Cela fait honneur à l'Adminii'tration nouvelle, car, pour retenir la presque totalité des musulmans, il lui a fallu beaucoup de tact et beaucoup de prudence.
L'Autriche-Hongrie, en effet, n'a rien épargné pour ménager les musulmans bosniaques el pour se les concilier. Elle leur a garanti la protection de leurs biens, comme celle de leur religion. Elle leur assure le respect de leurs us et coutumes, avec la jouissance de leur loi musulmane et de leur statut personnel. Elle s'est gardée de suivre le conseil des hommes qui l'engageaient à faire, on faveur dos kiiii'fn clirélions, des lois agraires qui eussent amené le mécontentement et la ruine des bogs. Elle a respecté les innombrables mosquées dos villes et des villages bosniaquçs, ainsi que les vieux cimetières, aux tombes éparscs, qui étendent leurs jardins jusqu'au milieu des villes turques. Elle a conservé les médressés, les écoles nmsulmanes, où, <i l'ombre de la mosquée, les enfants apprennent ù psalmodier les surates du Coran; et elle n'a touché aux wukouiï, aux biens musulmans, que pour en assurer et en accroître le revenu.
Au-dessus de la nouvelle Sarajevo, dont le centre se transforme en ville européenne, se dressent encore une centaine de minarets, du haut desquels le muezzin appelle, quatre fois par jour, les vrais
croyants à la prière; et, si la ville nouvoUo a établi ses jardins publics dans les anciens cimelioros turcs, elle a eu le soin d'en laisser debout les pierres enturbannécs. A toutes ses prévenances pour les habitudes ou pour les projugés de ses administrés musulmans, le Gouvernement de la Bosnie a eu le bon esprit d'ajouter la création d'écoles destinées à relever leur niveau intellectuel et à les ouvrir doucement aux influences européennes. Sur une des collines qui enserrent, de tous côtés, la gracieuse capitale, s'élève un vaste monument d'architecture arabe. C'est l'école du Schérial, sorte de faculté Ihéologico-juridique musulmane où, près des oulémas qui enseignent la loi islamique, des magistrats ou dos professeurs européens s'efforcent de faire comprendre, aux futurs oadis, les éléments du droit public do l'Europe moderne.
Pour natter le sentiment religieux des disciples du Prophète, l'Autriche-Hongrie laisse flotter, le vendredi, sur la grande mosquée de Sarajevo l'étendard vert de l'Islam. Toutes les faveurs conciliables avec la liberté des cultes el avec l'égalité devant la loi ont été accordées à ces musulmans bosniaques, les adversaires do la voillo, si bioii qu'on a jiarfois accusé le Gouvernement autrichien de chercher
Fij;. 93. — l-'ilh'llo musulmiiae de Jczéro, surprise daas une cour, eo costume d'iulcrieur, par la photographie.
LA REVUE GIÎNÊRALE DES SCIENCES EN BOSME-IIERZfiGOVINE
ù s'appuyer plutôt sur les musulmans que sur les chrétiens. A Sarajevo, à Mostar, dans les villes pourvues d'une municipalité élue, le maire ou bourgmestre, nomme par le Gouvernement, cFt presque partout un «Turc », un musulman. Le désir de complaire à ces « Turcs » bosniaques se manifeste jusque dans les petites choses par le soin apporté à ménager leurs préjugés ou leur susceptibilité. Ainsi, par exemple, les chemins de fer de Bosnie ont des compartiments réservés exclusivement aux femmes musulmanes.
Comme ils possèdent encore la plus grande partie de la propriété foncière, les musulmans restent, au point de vue social, l'élément dominant du pays. A côté d'eux, cependant, les « Infidèles », les nonmusulmans, plus ouverts à la culture occidentale, grandissent, chaque jour, en nombre et en richesse,
menaçant pour l'avenir l'ancienne prépondérance musulmane.
Ce n'est pas, comme on le répète souvent, que l'élément musulman s'affaiblisse, chaque année, au seul contact du chrétien affranchi, et qu'il tende peu à peu à disparaître. Ce qui pourrait être vrai de la Bulgarie où, avant la guerre libératrice de 1877-78, la proportion des musulmans était presque aussi forte qu'en Bosnie, ne l'est point de la Bosnie-Herzégovine. Jusqu'ici, elle semble échapper à cette élimination graduelle des sectateurs de l'Islam qu'on a constatée, successivement, en Serbie, en Grèce, en Thessalie et dans la plupart des pays où le Sultan a perdu la souveraineté. A prendre les statistiques, les musulmans de Bosnie seraient, au contraire, en augmentation croissante, témoin les recensements successifs du pays. En 1879, lors du premier dénombrement, après l'Occupation autrichienne, la population mahomélane était de 448.000 âmes ; six ans plus tard, en 1885, elle montait à 472.000, et, en 1895, lors du dernier recensement, elle atteignait o/i8.000 âmes. On voit que, loin de diminuer, la population musulmane offre une augmentation rapide, si considérable même qu'on se demande si les premiers dénombrements ont été complets. Les familles musulmanes ne se prêtent pas toujours volontiers aux indiscrètes curiosités des recenseurs; elles apportent, semble-t-il, une médiocre exactitude dans
Fig. 100.— Villageois musulman. la déclaration des naissances, surtout en ce qui concerne les fllles, dont — (Pliotographie de .M. Verneau. Collection inôdilc (lu Mu- la venue au monde flatte peu l'amour-propre paternel . Si, d après les
sé.im d'Histoire naturelle de , . pn • i i i •• i - . j' ™ -x „
Pj^fij, ) documents ofliciels, la population musulmane s est accrue d une manière
sensible, elle a, cependant, augmenté moins vite que les autres groupes de population. Cette infériorité ne tient pas, en tous cas, à la polygamie; si bons musulmans qu'ils soient devenus, ces Slaves mahométans sont, presque tous, demeurés monogames. Pendant que quelques milliers de mahométans quittaient le pays, les chrétiens orthodoxes ou catholiques, de même que les juifs, voyaient leurs rangs se grossir par l'afflux d'immigrés de la Croatie, de la Hongrie, de l'Autriche. Par suite, alors même que la natalité ne serait pas, chez eux, légèrement inférieure, la proportion des habitants musulmans, dans l'ensemble de la population du pays, devait faiblir. Ainsi s'explique comment, tout en augmentant d'une façon absolue, la population musulmane a baissé d'une manière
' Je dois remarquer que, d'après les documents qui m'ont été comniiiniqués par l'école du Sch^riat, le nombre des mariages à Sarajevo serait, depuis quelques années, en décroissance sensible, ce qui, pour la capitale, indiquerait un mouvement démographique peu favorable aux musulmans. Ils tendent, il est vrai, à quitter les villes qui s'européanisent.
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LES IlACfîS, LES riKLK.IONS, LA NATION A I.ITF; KN HOSMK-IIKHZRdOVfNK 110
rclalivc. Tandis qu'au i(>nilt-rnain de l'Occufialion li;s niusulniaiis loriiiaicnl encon; pn'-s de 3'.) ",„ di- la population lolalo, eu 188"), ils ne comptiiietil i)lus qu<î pour moins d(; 37, et, en 487."», pour un [hmi moins de 33 "/„ (34,'J9). A cette heure, ils ne forment plus peut-être qu'un tiers de l'ensemble des habitants.
Quels sont, au point d(> vue politique, les sentiments de ces Bosniaques musulmans? Regardentils l'Occupation chrétienne et la domination du « Schvaba » comme définitive? Ont-ils, à jamais, renoncé à leur suprématie ancienne? 11 n'est pas aisé à un étranger de se former une opinion à ce sujet. Si, parmi eux, une élite d'honmies jeunes, instruits dans les écoles européenne?, comprend que le flot de la E'uissance turque ne saurait plus recouvrir les terres chrétiennes dont il s'est une fois retiré, la grande masse des musulmans semble rester de cœur attachée au Sultan et à l'Empire turc, dont le sort, pour eux, se confond avec celui de l'Islam. En cas de guerre ou d'insurrection, ils obéiraient, .sans doute, au mot d'ordre transmis d'Yldiz Kiosk ou des mosquées de Stamboul. Une chose semble certaine : précisément parce (ju'ils persistent encore à se considérer comme Turcs, le plus grand nombre dos musulmans bosniaques préféreraient le régime actuel et l'occupation autrichienne h la dominaliyn dos chrétiens, leurs frères de race. L'annexion à l'un des petits Ktats chrétiens voisins, au Monténégro ou à la Serbie, trouverait, sans doute, peu de i)artisans parmi eux, (|u()iqiu^ au Monténégro les musulmans annexés à la I'riiiciiiaiil('', de [lar h' traité de Berlin, n'aient qu'à se féliciter de la tolérance des autorités de la Cernagore. Devenir sujets
de la Serbie paraîtrait aux begs de la Bosnie Herzégovine devenir les sujets de leurs anciens vassaux, les kmcts chrétii'ns. Si l'Autriche-Hongrie ne peut guère compter sur le dévouement des musulmans bosniaques, peut-être est-elle en droit de faire fond sur leur anlipathio pour toute autre domination chi'étienne.
Fig.lOI.— /'Vy/o iuusului:iiic ^crcpuseu- Jaire cl non roilée)J> Sarajevo.