‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 41 sur 132 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

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Moy.

du pays a été vacciné chaque année. Depuis l'application de cette mesure, c'est-à-dire depuis treize ans, chaque district a été soumis quatre fois à cette opération préventive.

Tout en pratiquant ce système de vaccination annuelle par communes et districts, qui a donné es résultats les plus remarquables, le Gouvernement ordonnait, dès l'apparition d'une épidémie, une vaccination préventive dans les lieux où le mal venait de se déclarer et dans les environs sur un rayon suffisamment étendu pour en empêcher la propagation.

Les tableaux III (page 165) et IV résument les résultats de la vaccination annuelle et ceux de la vaccination de circonstance {Nothschtitzunpfung). Le premier de ces tableaux montre qu'on a vacciné, au cours des treize dernières années, en tout 703.880 individus, dont 662.044 avec un résultat positif.

Laissons parler les chiffres pour montrer le déclin rapide de la contagion par la petite vérole en Bosnie-Herzégovine. Tandis que la maladie avait sévi cruellement :

En 1883 dans 43 districts.

' Il fallait cependant prendre de grandes précautions pour ne pas heurter de front les préjugés régnants : ainsi, clie^ es musulmans, il fallait se garder de pratiquer l'inoculation sous la forme de croix.

LA SCIENCE RN nOSMR-HKHZfïGOVINK 1«7

En 1881 dans 18 ilisirii-ts.

nous trouvons, à partir do dSOl, que la maladie, perdant peu h peu sa force de conlngion, n'appornlt l)liis que sous la forme de cas sporadiqucs, de caractère assez Wnin. Ainsi :

En 1891 dans 16 districts : 866 cas, 181 (/o>è«.

Le chiffre élevé des cas de maladie en 1898 s'explique par une épidémie importée dans les districts limilrophos de la Turquie et du Monténégro, oii la petite vérole avait, en i807 et 1898, produit des ravages considérables. On est parvenu, en appliquant avec énergie et rapidité une vaccination générale dans toutes les contrées atteintes, non seulement à enrayer le mal, mais même & faire bientôt cesser l'épidémie d'une façon absolue'

Les adversaires de la vaccination, puisqu'il s'en trouve, auraient été convertis en Bosnie-Herzégovine, car il est prouvé que la petite vérole, qui constituait un fléau pour le pays et dont les épidémies se succédaient sans inlerruplion, y a perdu son caractère endémique; elle a été réduite à des cas isolés par l'introduction méthodique de la vaccination. On peut même soutenir que d'ores et déjft le mal est déraciné et qu'une épidémie, à moins d'être importée, ne pourrait plus guère se produire ou du moins prendre des proportions inquiétantes

La vaccination a f^agné l'apogée de la popularité, et l'organisation du service sanitaire trouve dans toutes les classes de la jiopulalion indigène un excellent auxiliaire, qui lui dénonce .soigneusement tout cas do polile vérole, dès l'apparition, et la mol ainsi en état d'agir en temps opportun.

A. UoïKjcolo cl scnrM'nte. — La rougeole semble assez répandue en Bosnie et en Herzégovine; le plus souvent elle y est bénigne. — La scarlatine y est peu fréquente. Ainsi, de 1893 à 1898, on n'en a observé aucun cas à Sarajevo. Quand elle apparaît, c'est le plus souvent sous forme d'épidémie, el il arrive que ces épidémies soient de longue durée; mais, en général, elles ne se montrent pas très meurtrières : parmi les cas relevés, 12 % seulement ont été suivis de mort. Cette mortalité est ordinairement duo aux complications : les néphrites scarlatineuses y interviennent pour 8 °/„.

Quand, au cours do la maladie, des suppurations se produisent, ces suppurations, d'après les examens pratiqués au Laiidesspital, sont le fait d'un streptocoque.

î). Pneiimonics. — Los pneumonies sont pou fréquentes, mais elles enlrainent une mortalitt^ élevée (21, i °/o des cas à l'hôpital de Sarajevo *). C'est principalement au prinlemp.s, en mars, avril el mai (liiollos éclatent. On y a trouvi" le diplocoque de Fnrnckel-Weichselbaum.

Au sujet des pleurésies, rion do particulier à noter. Elles paraissent être de même caractère el de même fréquence que chez nous.

' En 189-2, il y a eu un seul cas de variole à Sarajevo, et ce cas a étt^ le dernier en celle ville.

' La eoïncidence de ce chiffre avec relui que M. Talanion assigne au pourcenl.ige de la mortalité dans lei cat Je pneumonie en France, est très curieuse ^Voyez Tala.mon : La Miilffioc Modorat, n' 8, 1899, poKC S7\

6. Fièvre typhoïde. — Jiisquïi environ iino dizaine d'années, la fièvre typhoïde existait dans toute la Bosnie et rilerzégovine et se montrait endémique dans les villes. C'était surtout sa forme abdominale qui sévissait ; elle entraînait une mortalité élevée ; mais, pas plus sur cette mortalité que sur la morbidité d'autrefois, nous n'avons pu être renseigné : l'Administration ottomane ne se mettait pas en peine de dresser des statistiques. Celles du Gouvernement actuel sont encore bien incomplètes : elles ne relèvent que les cas traités dans quelques hôpitaux. A Sarajevo elles accusent sur ces cas une mortalité de G "/„.

En l'absence de documents officiels, on peut dire, d'après les affirmations des médecins et des autorités compétentes, que, dans la capitale de la Bosnie et les principales villes des deux provinces (exemples : Mostar, Travnik';, la fréquence de la fièvre typhoïde a grandement diminué à la suite des travaux d'assainissement effectués par le Gouvernement ou Imposés par lui aux municipalités. Dans quelques grands centres ont été construits sur de longs parcours, pour l'adduction dcau potable, de véritables aqueducs à parois étanches; en plusieurs districts marécageux, tels que celui de Gacko, des drainages mélliodiques ont desséché le sol et détourné des puits les infiltrations pestilentielles des marais; en même temps ont été creusées et aménagées des citernes parfaitement cimentées, où l'eau de pluie se rend directement. On compte aujourd hui à peu près deux cents citernes de cette sorte, dues à l'initiative de l'Administration austro-hongroise; particulièrement précieuses dans les régions qui se trouvent, pendant l'été, exposées h la sécheresse, elles offrent partout l'avantage de fournir aux habitants une eau exempte de toute pollution. Aussi, même dans les villages, la fièvre typhoïde a-l-elle considérablement décru.

Cependant à l'automne éclatent encore çà et là dans les terrains du Karst des épidémies locales de cette fièvre. Il serait extrêmement important de dresser la carte de répartition et de densité de la maladie dans tout le pays, de marquer les points où elle surgit soudainement sous forme épidémique, les directions suivant lesquelles elle se propage de préférence, et de comparer ce relevé à la carie géologique et hydrographique. L'étude à laquelle M. Léon Bertrand s'est livré', montre que le sous-sol présente, dans les diverses régions de la Bosnie et de l'Herzégovine, de grandes variations; il serait important de rechercher s'il y a une relation entre, d'une part, la nature de ce sous-sol, la présence des dolines et des polje, l'altitude, la composition et le degré de perméabilité du terrain, et, d'autre part, la distribution ordinaire ou l'éclosion intermittente de la fièvre typhoïde dans les deux provinces.

Quant à la thérapeutique de la maladie, nous n'avons noté qu'un fait : c'est que, lorsqu'elle s'accompagne de températures élevées avec grands écarts quotidiens, les médecins des villes recourent aux simples lavages froids, très peu aux bains froids, si fréquemment employés en France. Us déclarent obtenir des lavages des résultats excellents.

7. Dysonloric. — Au sujet de la dysenterie, encore très fréquente en divers districts de Bosnie et surtout en Herzégovine, nous savons seulement que la maladie, autrefois très répandue, se circonscrit davantage. Elle paraît reculer en même temps que la fièvre typhoïde et sous l'influence des mêmes mesures : partout où une eau potable est substituée à une eau malsaine, elle décroît ou disparait; c'est ainsi qu'à Travnik, autrefois foyer constant d'une dysenterie souvent mortelle, l'établissement d'une conduite d'eau a supprimé le fléau d'une façon absolument radicale.

S. Fièvres puerpérales. — Les statistiques manquent au sujet des fièvres puerpérales. Il semble

' Voyez ci-dessus, paj's 31 et suiv.

LA SCIKNCK K.N HOSM IMI KRZEGO VI NK 169

que ces accidents sont peu fréquents, malgré l'ignorance des personnes qui, en Bosnie et Herzégovine, pratiquent laccourhement des indigènes. Ce sont bien rarement des médecins, rarement rn^rme des sages-femmes, mais lo plus souvent des amies de la parturiente, dépourvues d'expérience.

9. Fièvres paludéennes. — Les fièvres paludéennes sont fréquentes vers la frontière nord du pays, dans la région de la Save, notamment à l'embouchure de la Bosna, et dans les marais d'Herzégovine sur les rives de la Narenta, surtout sur la côte dalmate, dans la région de Melkovic.

C'est à Metkovic que régnent les formes graves. Ailleurs, les fièvres paludéennes sont plutôt bénignes.

Lorsqu'elles ont été faites, les recherches hématologiques ont, dans presque tous les cas, décelé les parasites de Laveran.

Tous les cas de fièvre paludéenne soumis au médecin sont traités par la quinine et presque toujours guéris par elle.

10. Miiiix d'yeux et cécité. — Touchant les maux d'yeux, très communs dans les deux provinces, on ne possède aucune statistique générale. Ce sont seulement les relevés de l'hôpital de Sarajevo qui peuvent donner quelque idée de la variété et de la fréquence de ces maladies. L'ambulance de cet établissement en a dénombré environ 2.000 cas en quatre ans et demi. C'était la cataracte qui, de beaucoup, dominait ; pendant ce même laps elle a donné lieu à 200 opérations. Singidièrement précoce est son apparition : c'est, en efl'et, entre trente et trente-cinq ans que l'indigène y est le plus exposé.

Jusqu'à ces dernières années, les médecins du peuple pratiquaient la réclination. opération dont ils s'acquittaient très mal et qui entraînait, h échéance plus ou moins lointaine, les plus fâcheux résultats. Les chirurgiens du Lnndesspilal se sont élevés avec raison contre un tel abus, et le Gouvernement, qui a intordit aux guérisseurs non diplômés cette pratique si bien vue de la population, est arrivé à la déraciner complètement.

Le trachome est relativement rare; en général, il atteint non l'indigène, mais les immigrés de Hongrie ou de Croatie.

Vophtalmie purulente des nouveau-nés et des adultes semble ne pas être plus fréquente que chez nous. Mais là encore les chilTres font défaut. Ils manquent aussi en ce qui concerne Yopbtalmic scrofuleuso, assez répandue chez les enfants.

Beaucoup de cas de cécité paraissent reconnaître pour cause l'ophtalmie purulente des nouveau-nés, la variole et la syphilis. Mais il est impossible d'en évahuîr le pourcentage, ni, d'ailleurs, de discerner dans les diverses altérations de la vue observées chez les Bosniaques les différents facteurs étiologi(|ues. La fréquence et la gravité de ces affections paraissent être les mêmes chez les « Turcs », les « Serbes » et les « Croates ». Elles se montrent, au contraire, plus considérables chez les Spanioles, souvent frappés de conjonctivites.

11. Maladies vénériennes. — Plusieurs maladies vénériennes sont répandues chez les Bosniaques; chez ces gens, elles poursuivent leur évolution d'autant i)lus librement qu'au début ils n'y prêtent que peu d'attention et qu'ensuite il leur répugne de s'en ouvrir au médecin. Cependant, la gonorrhée est très rare, excepté, toutefois, dans les grands centres urbains. Sarajevo, Banjaluka, Dona Tuzla n'ont, sous ce rapport, rien à envier à l'Allemagne; elles possèdent aussi le chancre mou, qu'on chercherait voinemenl dans les campagnes et même dans les grands villages de Bosnie.

170 LA IIEVUK GÉ.NÉUALI': DES SCIENCES EN BOSNlE-HER/RdO VIN E

Quant à la syphilis, elle est très commune. De quelques grands foyers, où elle ne cesse de s'entretenir, elle se répand dans toutes les directions, et le médecin demeure frappé de sa gravité ; ce sont, en effet, les formes tertiaires qui lui sont soumises, pour la raison que nous indiquions tout à l'heure : l'insouciance et l'incurie de l'indigène à l'égard des formes primaires et secondaires. Ces syphilis sont muqueuses, cutanées on osseuses. La forme viscérale et la forme nerveuse sont rares ; la statistique de l'hôpital de Sarajevo ne relève, sur 1.000 cas de syphilis, que 4 cas portant sur la moelle

L'infection syphilitique est surtout répandue chez les « Turcs », en dépit de la fidélité presque constante de la femme musulmane, — bosniaque ou herzégoviniennc, — dans les campagnes. Si ces femmes vivent en recluses, sans doute leurs maris se promènent.

Le mal est plus fréquent chez les « Croates » que chez les « Serbes », pour cette raison que l'éducation des filles est plus sévère et le prix de leur chasteté plus hautement estimé par la famille orthodoxe que par la famille catholique dans toute cette région des Balkans. Chez les orthodoxes, la jeune fille qui s'est laissé débaucher devient, pour ses parents, un objet d'exécration : elle ne peut plus rentrer chez eux; son père ou son frère la poignardent en quelque coin, .sans que le public .s'émeuve de la férocité du châtiment, ou, s'ils s'abstiennent de la poursuivre de leur haine et de leur vengeance, isolée, elle n'a bientôt plus de refuge que dans la basse prostitution professionnelle. Les intéressées le savent et se garent en conséquence des fâcheux assauts. Aussi, parmi la population féminine qui travaille dans les ateliers des villes, et qu'on voit, après la journée de labeur, s'égayer dans les rues, seules les jeunes Croates se risquent h répondre, discrètement d'ailleurs, aux œillades des galants.

Chez les Spanioles qui, pour la plupart, mènent une vie très rangée et ne se mêlent fiucunement au reste de la population, la syphilis est extrêmement rare.

De toute façon, il ne semble pas que ce soit par voie d'hérédité que cette maladie se répand chez les Bosniaques. Le dérèglement des mœurs contribue à la diffuser dans le pays, et jieut-ètre s'y trouve-t-elle propagée plus largement encore par l'habitude qu'ont les membres d'une même famille de boire dans le même verre. Enfin, l'absence totale d'un traitement rationnel avant l'Occupation parait avoir été un facteur considérable de la fréquence actuelle de la syphilis dans les régions que nous étudions.

12. Maladies de la peau. — Plusieurs maladies de la peau sont fréquentes : tels les eczéma!^, le scahiea et, notamment chez les « Turcs » et les Spanioles, le f:iyiis. Au contraire, le psoriasis et Ylierpcs lonsuraiis sont rares.

Une maladie atroce, dont les sévices sur la peau sont vraiment hideux, mais qui intéresse aussi divers tissus, notamment le tissu osseux et certains éléments des nerfs, la lôprc, s'abat, en Bosnie et en Herzégovine, sur un petit nombre de victimes. Dansces deux provinces, il existe actuellement environ cent cas de lèpre. Nous y avons observé à peu près les mêmes formes dont, un mois auparavant, nous avions contemplé à Bergen l'indescriptible horreur.

Le mal nous a paru moins aigu en ces pays qu'en Scandinavie; en Bosnie-Herzégovine, comme en Norvège, le nombre des malheureux qu'il atteint diminue de jour en jour. Le Gouvernement vise à interner ces pauvres gens; cependant, il ne leur applique pas d'une façon radicale au Landcsspital les excellentes mesures d'isolement qu'on observe avec tant de rigueur à l'hôpital spécial de Bergen.

13. Maladies nerveuses. — A défaut de statistiques, les impressions dçg mé(lecins témoignent que

VSNIK-HERZÉGOVlMi; 17i

les maladies nerveuses offrent à peu près, dans celte partie des Balkans, la même fri-quence que dans Ie« régions do même latitude en Europe occidentale. Parmi les Bosniaques, une race »cmhlc ni'anmoins très disposi-e aux affections nerveuses : ce sont les Spanioles. Descendant tous de seize familles chass^^s d'Espagne en même temps que les derniers Maures, ces Israélites n'ont conlracl»'' mariage qu'entre eux; ils nul iiiiisi accumulé dans leur descendance des tares nerveuses, que des alliances plu» variées auraient, au coiiliaiic, affaiblies et, pour ainsi dire, pulvérisées.

Parmi les désordres que beaucoup présentent et qu'on trouve aussi, d'ailleurs, dans le reste de la population, on doit citer l'épilcpsie, qui paraît relativement fréquente, la paralysie générale et le zona. Au contraire, le tabès est très rare chez les indigènes. Le D'' Uluck argue de celle conslatation contre la théorie de la connexité du tabès et des syphilis tertiaires.

L'idiotie est un peu plus répandue que chez nous. La folie est fréquente. Environ 20O aliénés sont internés, et l'on estime à 300 le nombre de ceux qui, vivant en liberté, sont disséminés sur le lerriloire (les deux provinces. Sur 10.000 habitants il y aurait environ 11 fous.

14. Ivrof/norio chilcoolisiiw. — Cette proportion d'aliénés, plutôt élevée eu égard à la vie champèlrc ou montagnarde de la grande majorité de la population, reconnaît peut-être pour l'une de .ses causes l'usage immodéré du l'iiki de prunes. Cette boisson, nommée aussi êljvovica {slivolico), est, depuis un temps immémorial, très appréciée des Bosniaques : même av«nt la conquête turque, elle était chez eux en honneur. Elle s'y est répandue au point que les musulmans eux-mêmes en buvaient et en Iwivent encore de grandes quantités. Or, cette eau-de-vie, produite, chez les propriétaires, dans des appareils (le distillation absolument primitifs, contient toute une gamme d'alcools, du furfurol, des élhers, dont ne la débarrassent aucun fractionnement, aucune rectilicalion. Chaque année, 30.(XX) hectolitres de celte liqueur sortent des alambics rudimentaires des indigènes; et, cette énorme quantité de poison ne sufn.sanl pas à la population, des étrangers ont fondé dans le pays une distillerie pourvue d'un excellent outillage : l'usine de Donja Touzla produit, à elle seule, environ 8.000 hectolitres û'alcool pur par an. Mais c'est encore trop peu pour la soif ardente du Bosniaque : il ne l'étanche à son gré qu'en complétant sa ration par une importation considérable; c'est ainsi que, tous les ans, entrent chez lui 7.000 hectolitres d'alcool destinés h la fabrication de liqueurs diverses.

Cependant, si l'ivrognerie est fréquente, si, aux jours de fête, les chrétiens aiment à se griser, si les inusiiluians boivent beaucoup dans leur jeunesse en dépit des prescriptions du Coran, il n'y a pas ou il n'y a que très pou d'alcoolisme proprement dit dans le pays. Les juifs boivent très peu ; les femmes de toutes les confessions presque rien. Et les houunes qui. sans faillira leur foi, peuvent consommer des boissons formenti'os, — les catholiques et les orthodoxes, — peuvent trouver dans la bière et le vin un heureux dérivatif i\ leur passion pour les liqueurs fortes. Dans les deux provinces la consommation annuelle de la bièie se chilfre par 54.000 hectolitres; la production annuelle du vin atteint 4rj.000 hectolitres, auxquels viennent s'adjoindre 13.000 hectolitres d'importation. Étant donné que les mahométans ne doivent boire, et pour la plupart, en somme, ne boivent que de l'eau, on voit que les quantités de bière et de vin consommées en Bosnie et en Herzégovine pourraient suflirc aux besoins de la population, et il faut souhaiter que guerre soit faite aux produits de distillation, surtout de distillation indigène, qui lui apportent l'alcool sous une forme et à une dose vraiment toxiques.

172 L\ IIKVUE GËNÉRALK DFS SCIENCES EN HOSNIE-HEnZÉGO VINE

LES PUBLICATIONS SCIEXTI FIQ f ES , LITTÉRAIRES, POLITIQUES ET RELIGIEUSES

Les travaux scientifiques dont nous venons de donner un aperçu nécessitent de nombreuses publications. Il n'eût pas suffi de les faire connaître aux savants étrangers qui lisent rallemand ou le français; il importait aussi d'y intéresser, dans la mesure du possible, les gens du pays et même, d'une façon plus générale, les lecteurs de langue slave. A cet effet, certaines œuvres, au moins, demandaient à être éditées en Bosnie et imprimées en serbo-croate. Convaincu de cette nécessité, le Gouvernement entreprit d'y satisfaire. Aussi bien, prévoyait-il que le développement donné à l'instruction publique entraînerait fatalement celui de la librairie. L'un de ses premiers actes fut de régler les conditions légales de la presse.

Dans cet ordre d'idées, presque tout était à créer. Jusqu'en 1868, aucune imprimerie n'avait été établie en Bosnie, et, depuis cette date jusqu'à celle de l'Occupation (1878), le pays n'avait possédé qu'un seul atelier d'impression, sis à Sarajevo; il n'en sortait qu'un petit nombre de commandes de l'État et le journal officiel Hosiia, rédigé en turc et en serbe, et composé mi-partie en turc, mi-partie en cyrillique.

Cette situation s'est grandement modifiée. II est intéressant de jeter un coup d'œil sur la production actuelle du pays en matière de livres et de journaux, sur les services que rendent ces publications, comme aussi sur la législation que le Gouvernement a eu soin de leur imposer.

§ 1 . — Librairie.

Aucune imprimerie ne peut s'ouvrir sans l'assentiment de l'Administration. L'autorisation accordée peut, à tout moment, être retirée. Cette disposition n'encourage guère l'industrie privée. Aussi, sur 12 imprimeries que possèdent actuellement la Bosnie et l'Herzégovine, une seule est importante et bien outillée : c'est celle du Gouvernement. L'établissement est, en effet, muni d'un matériel de choix et peut exécuter des travaux très variés; ses machines reçoivent leur mouvement de dynamos mues par des turbines qu'actionne le courant de la Miljacka.

Les autres imprimeries sont des ateliers privés. On en compte 5 à Sarajevo, — dont une assez importante, — 3 à Moslar, 1 à Banjaluka, 1 h Donja Tuzla, 1 à Trébinje.

Les ouvrages qui sortent de ces presses et ceux qui arrivent de l'Étranger entretiennent un certain mouvement de librairie. Ce commerce n'existait, pour ainsi dire, pas au temps de la domination turque. Bien que le Gouvernement actuel le soumette à une étroite surveillance, il est actuellement exercé dans bon nombre de villes. On compte 8 librairies à Sarajevo, 3 à Mostar, 1 à Banjaluka, 1 à Donja Tuzla, et de petits dépôts de livres dans une trentaine de chefs-lieux de district (Bihac, Tre-binje, Bjelina, etc.).

Les ouvrages vendus en ces magasins se rapportent, pour la i)hipart, à l'Enseignement, à la Jurisprudence, à l'Architecture et aux Travaux publics, à la Médecine, à l'Archéologie, à l'Histoire, aux Sciences, et surtout à ce qu'on appelle, dans le pays, la littérature folklorique. Ce genre est représenté par un grand nombre d'ouvrages populaires qui renferment les contes, légendes, proverbes e aphorismes des aïeux. Citons, parmi les principaux de ces livres :

1° Le Aaradno Blago (Trésor national), recueil de proverbes et de sentences, rassemblés par Mehmed Beg Kapetanovic;

LA SCIK.Nd'; l-;.N HOS.Mi:-lli;il/rj.(j\ l.NK 173

L'IstoènoBIfifjo (Trésor oriental i, 2 volumes de sentences clioisies par le rnéme auteur danii les liltéruliires turque, arabe et persane;

3" Les Nurodne pjosnic Mohumedovaca u Bosiii i /ffrcof/oviiii, chants nationaux des musulmans de Bosnie et d'Herzégovine (2 vol.), par C. de liOrmann.

11 y faut joindre des romans, des nouvelles, des poèmes, des légendes populaires dues à difTérenU auteurs indigènes, dont |>lusieurs musulmans.

La plupart de ces ouvrages sont édités dans le pays. Ceux qui, compo.s6s en scrbo-croalc, sont importés d'Autriciio, traitent surtout de; matières scolaires. Agram et Ncusntz en fournissent une assez grande quantité.

Quant aux' livres imprimés en langues étrangères, ils viennent principalement d'Autriche, de Hongrie, île Galicic et de France. En général, Vienne, Pestli, Prague, Lemberg et Cracovie, Laibach et (iori/, (Mivdicnl respectivement des livres allemands, hongrois, tchèques, polonais et Slovène». Enfin, la Bosnie-Herzégovine reçoit de Paris un petit nombre d'ouvrages traitant surtout de» Balkans et de la rive orientale de l'Adriatique. Ces livres sont surtout lus par les étrangers.

§ 2. — Presse périodique.

En regard de la librairii' [)roprement dite, la presse périodique n'a atteint jusqu'à présent qu'un faillie (liveloppement dans les provinces que nous étudions. Le Gouvernement l'a soumise à une législation qui lui enlève toute Ulierté. L'exemple de ce qui se passait en certains pays voisins, slaves de race et de langue, était fait pour lellrayer: n'avait-on pas vu, notamment en Serbie, des individus quelconques, dénués d'instruction et de moralité, inonder la population de feuilles subversives et répandre paiiui elle des ferments de guerre civile? L'Administration austro-hongroise en a lire

ai'gi Mil pour rester inailresse absolue d(! Ja presse en Bosnie- Heraégovine, et la diriger à son

gré : elle a fait (h'peiidic le droit d'éditer un Journal d'une autorisation délivrée par elle. Quiconque sollicite cette permission doit fournir la preuve de ses aptitudes intellectuelles et morales, et soumettre à l'autorité compétente le programme du périodique qu'il se propose de créer; mais, à l'inverse des pays qui jouissent d'une liberté limitée de la pres.se, elle n'impose au propriétaire du journal aucun cautionnement. A quoi, d'ailleurs, servirait au Gouvernement ce moyen de défense? Il s'est réservé le droit (le supprimer immédiatement et sans formalité toute publication périodique qui ne se confor- Hierall pas à son programme, contreviendrait aux règles de la morale, attaquerait l'ordre de chose» établi, exciterait à la haine les unes des autres les diverses confessions et nationalités du pays. Ces dispositions de la loi inspirent une telle crainte que, jusqu'ici, personne n'a osé se mettre en opposition avec les représentants oflicicls de l'filat. 11 en est résulté que le Gouvernement n'a encore eu à prononcer, en matière de presse, aucune interdiction.

On peut classer en trois catégories les journaux qu'il protège ou tolère: l" Journaux politiques; 2° Journaux didarliques de Théologie; 3° Journaux scientifiques ou littéraires.

1. Jonrmmx politiques. — La presse |)olitique conq)rend o journa\ix non officiels : 1° La Bosnische Post, feuille quotidienne, publiée en allemand il Sarajevo. Tirage : 1.000 exem- ])laires. — Ce journal a pour clientèle : en Bosnie-Herzégovine, des immigrés qui parlent l'allemand, eoiunierçants, officiers, fonctionnaires, etc.; à l'Étranger, surtout en Autriche et en Hongrie, un petit nombre (ralioiinés ;

-l" Le Boênjii/i, feuille hebdomadaire, publiée en serbo-croate caractères latins a Sarajevo.

174 LA UliVUE (iÉNÉRALE DKS SCIENCES EN liOSNlE-UERZÉGO VIN E

Tirage : 800 exemplaires. — C'est le périodique que préfèrent, en général, les musulmans de Bosnie. Le journal a, en outre, quelques abonnés en Croatie et en Dalmatie;

3° Le Hehber, feuille hebdomadaire, publiée en langue et en caractères turcs à Sarajevo. Tirage : 500 exemplaires. — Journal des musulmans indigènes qui lisent le turc, et des sujets ottomans qui, fixés en Turquie, tiennent à suivre le mouvement de la politique en Bosnie-Herzégovine;

4° L'Osvit (en croate : L'Aurore), feuille bi-hebdomadaire, publiée en serbo-croate (avec caractères latins) à Mostar. Tirage: 1.000 exemplaires. — Clientèle : catholiques et musulmans d'Herzégovine, catholiques de Bosnie, de Croatie et de Dalmatie. Tendances croates;

o" Le Si-pski F/es;j/A- (Nouvelliste serbe), feuille hebdomadaire, publiée en serbo-croate (caractères cyrilliques) à Mostar. Tirage : 600 exemplaires. — C'est l'organe des revendications du parti serbe intransigeant. Clientèle exclusivement orthodoxe répandue passim en Bosnie et Herzégovine, et, en dehors de ces provinces, en Serbie, au Monténégro, en Dalmatie et en Croatie.

Le journal officiel est le Sarayers/ii /./s/ (Journal de Sarajevo), feuille tri-hebdomadaire publiée en serbo-croate (à la fois en caractères latins et en caractères cyrilliques). Tirage : 000 exemplaires. — Lu par les fonctionnaires indigènes ou immigrés, répandu aussi en Croatie et en Dalmatie.

2. Journaux dklactiques de Théoloijic. — Continuant cette énumération de la presse qui divise les hommes, il nous faut citer quelques journaux de Théologie et d'intérêts confessionnels :

1° La Vrhbosiia, feuille bi-mensuelle, éditée en croate sous la direction de rArclievèché catholique à Sarajevo. Tirage : 800 exemplaires;

2° LeGlasiiik Franjevaca (Messager des Franciscains), journal mensuel édité aussi en croate (caractères latins) à Sarajevo par les moines de l'ordre de Saint-François. Tirage : 600 exemplaires;

3° L'Islociiik (Vent d'Est), journal bi-mensuel, i)ublié en serbe (caractères cyrilliques) à Sarajevo, sous la direction du Métropolite des Orthodoxes d'Orient. Tirage : 500 exemplaires.

3. Journaux scicnli/i(fios ou littéraires. — Indépendamment des publications scientifiques du Musée, énumérées ci-dessus, peu de périodiques sont consacrés soit à la science, soit à la littérature. Nous ne trouvons à citer que :

1" ha. Dosanka IV/a (La Fée bosniaque), revue bi-mensuelle, publiée en serbo-croate et caractères cyrilliques, à Sarajevo. Tirage : 800 exemplaires. — C'est, par excellence, le journal littéraire des Serbes; on le trouve en Bosnie-Herzégovine, en Serbie, en Bulgarie, au Monténégro;

2° La Zora (L'Aurore), revue mensuelle publiée en serbo-croate et caractères cyrilliques à Mostar. Tirage : 600 exemplaires. — Journal littéraire, lu principalement par les orthodoxes d'Herzégovine, de Bosnie et des pays limitrophes;

3° Le Solski VJesnik (Le Nouvelliste scolaire), feuille pédagogique, mensuelle, publiée en serbo croate à Sarajevo, en 2 éditions simultanées, composées l'une en caractères cyrilliques, l'autre avec l'alphabet latin. Ce recueil quasi-officiel est lu principalement par les professeurs et les instituteurs ;

4° La Xada (L'Espérance), feuille bi-mensuelle, publiée par le Gouvernement à Sarajevo, en 2 éditions parallèles, toutes deux en serbo-croate, mais composées l'une en cyrillique, l'autre en caractères latins; l'édition cyrillique est tirée à 300 exemplaires ; elle s'adresse à ceux des Serbes qui ne sauraient lire un autre alphabet (mais, en réalité, elle n'a presque pas de lecteurs parmi les « Serbes »); l'autre, tirée à 1.200, a ses abonnés parmi les « Croates » et les « Turcs » bosniaques et dans divers groupes de population des Balkans, spécialement chez les Slaves catholiques de la

LA SCIENCE EN HOSNIE-II i;HZf;(i(j VINE

Monarchie austro-hongroise. — La Nuda est un journal de grand format, niagnifiquenient iiluHtré et comparable, sous ce rapport, ù notre périodicine français VJlltisIralJon. Elle s'applique à publier tous les faits qui intéressent la vie domesti(iue, agricole et industrielle des Uosnia<|ues, à ré|)andrc panni eux, par le texte et l'image, la connaissance de tout ce qui se rapporte à leur pays, ti éveiller uu entretenir dans leurs esprits ce culte de la forme, ce gortt délicat de la (1('coration qui firent jadis la réputation de leurs artisans. Un ingénieur cons- Iruil-il iMic roule, nii |i('iiilr{( cxposi'-t-il à Vienne ou ailleurs un tableau relatif à quelque scène de l'histoire nationale, un archéologue découvre-t-il en quel([ii(' vieille cité de Hosiiit; ou d'Herzégovine une iiiscri|)lion ou une œuvre d'art susceptible d'éclairer le passé d(^ la nation, iuunédiate- Mient la NikIh consacre à l'événement du jour un ai-ticle acconii)agné soit d'uii lavis, soit d'un crtxiuis au crayon, d'un i'usai4i , d'un dessin à la i)luiue ou d'une gravure sur bois ou sur cuivre (lig. li'2). Cette vivante publication séduit très justement les indigènes, et, comme elle a soin de mettre surtout en relief les faits les plus propres à exalter chez

eux les plus nobles sentiments, elle tend à engourdir dans leurs esprits et leurs cœurs ces vieilles haines de races, ces i)réjugés d'ordre religieux qui si souvent les ont entraînés à des luttes siingiunles. La AaJa est peut-être le recueil de Bosnie et d'Herzégovine qui, à l'heure actuelle, exerce linlluencc la plus sédative sur rinlelligente, mais violente ixipulalion de ces provinces.

Fig. 142. — Spcriiuca de» compositioas de la Nada: liuiaes ea Herxègoriac.

Loits Olivikr.

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