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L'INSTRUCTION PUBLIQUE

lîN ijosnii<:-iii-:hzi:govink

.Vpi'ùs la coïKiUL'li; cl lu pacilicuLiuii du la liosiiie el de rjleiv.i'guviiie (1878-188ij, le Guuvurneuienl diil se préoccuper dun 1res gros problème : celui de rinstruction des indigènes. A ce sujet, il eut à s'ciKiiMiir (lu rôlo des ccoles existantes dans la polititjue des partis; il lui fallut surveiller ces élai)lis.s('inenls, venir eu aide à cerlains et en créer de nouveaux.

Pour bien juger la méthode et les résultats de son intervention, il est utile de jeter tout d'abord un COU]) d'd'il sur Vilixl de rcnseigneuienl avant TOccupalion auslro-liongroise.

L liNSIClGNKJlKNT AVANT L OCCUPATION

Sous la domination ottomane, les écoles «le Husniect dllcr/égovine offraient le rellet des nationalités rivales qui, vivant cote à côte depuis des siècles, sans sètre jamais fusionnées, aspiraient chacune à la suprématie. Elles se divisaient en écoles des «Turcs», des « Croates » et des « Serbes». Les Spanioles, très peu nombreux, ne possédaient en propre qu'un seul établissement scolaire.

Écoles des >< Turcs

Nous n'avons pu découvrir, au sujet des écoles musulmanes en llcrzégovinc, auiiim' .slali>lique

antérieure à l'Occupation. Cette province était alors dislinclc do la Bosnie, sur laquelle nous sommes

un peu mieux renseigné. La statistique turque pour 187i indique bien que, dans ces deux conlrées,

les mahométans entretenaient des établissements d'enseignement, mais elle n'en donne ni le nombre

la répartition en Herzégovine.

Ces écoles étaient de deux sortes : les unes, religieuses; les autres, latqucs.

1. /■Jcolos rclhjii'iisfs. — Dans toutes les villes et beaucoup de villages des deux provincs, les

« Turcs » possédaient des écoles dites sihian mektcb, où se donnaient, à la fois et comme confondues dans le même enseignement, l'instruction profane primaire et l'instruction religieuse élémentaire. Les éludes pouvaient y durer cinq ans; l'enfant y apprenait à réciter, en arabe, le Coran ou, tout au moins, certains versets du Coran, puis à le lire couramment, enfin à écrire en caractères turcs. Beaucoup de maîtres, originaires de Turquie, donnaient en langue turque les explications orales. Ces écoles étaient de beaucoup les plus répandues. Il y en avait 719 en Bosnie. Rattachées ou non aux mosquées, situées dans les cours de ces édilices ou en dehors d'eux, casinalilch (fig. 1 i3) étaient entretenues et par les wakoiiiï [biens religieux de mainmorte i-ésultant de legs ou de dons) et par les i2iéar if (fonds communs d'État pour le développement de l'instruction). Quelquefois, la population mahométane ajoutait à ces ressources des subsides privés.

En sortant de ces écoles, les futurs Aorf^a (prêtres musulmans) entraient dans les fl2erfresse(fig. l'i't),

oïl, pendant huit, neuf ou dix ans, on leur enseignait uniquement les matières religieuses. Les niét/resse étaient entretenues parles wakouiï. Il y en avait dans tous les chefs-lieux de cercle' et dans la plupart des chefs-lieux de dislricL La Bosnie en possédait 34.

2. Ecoles laïques. — Les écoles laïques faisaient suite aux sihian mekleb, où nous avons dit qu'outre la connaissance du Coran, l'enfant recevait une instruction profane très élémentaire. C'étaient donc des établissements d'ordre plus élevé.

Les plus nombreuses de ces institutions étaient les roiijdié dont se trouvaient pourvus tous les chefs-lieux de cercles et un certain nombre de chefs-lieux de districts. On en comptait 18 en Bosnie. L'enseignement de ces écoles portait sur : 1° l'arabe, le turc et le persan; 2° l'Histoire et la Géographie; 3° la Physique; i" les Mathématiques; 5° les Littératures orientales; 6° le Dessin et la Calligraphie. Tel était, du moins, le programme officiel. Quant à l'application, nous tendons à croire que la partie scientifique était médiocre, car actuellement les « Turcs » de Bosnie, même les plus cultivés, ne savent, pour ainsi dire, rien on Pliysique et en Chimie; et pourtant ils reconnaissent que l'enseignement profane a progressé dans leurs écoles depuis l'Occupation. En revanche, on trouve parmi eux d'assez nombreux lettrés. Nous avons rencontré, en Bosnie et en Herzégovine, des vieillards versés dans les littératures d'Arabie et de Perse, auxquelles les avait initiés, dans leur jeunesse, l'enseignement des roiijdié.

Dans ces écoles, les cours duraient Quatre années et l'adolescent qui en sortait pouvait aller pour-

• La Ëosnifl était alors divisée eu cinq cercles, qui avaient pour chefs-lieux ; Sarajevo, ïravnik, Banjaluka, Dihac, Donja Tuzla.

Fig. 143. — Ancienne sibian mektcb {Ecole primaire religieuse turque) encore ea activité, à Trcbinje. — L'école est attenante à la mosquée dont on aperçoit le minaret.

suivre ses études à Constantinople. Entretenues par l'État, les roiijdié étaient, en effet, considérée»

comme des institutions nationales.

En deiiors de ces élablissenients, les écoles laïques de Bosnie comprenaient trois institutions spéciales : une école normale primaire, une école militaire et une école proressionnelle, situées à Sarajevo.

L'École normale, daroiil-el-nwiwliniiii, formait des instituteurs; son programme était identique à CL'Iui dos voujcUé; mais elle comprenait six classes (six années d'étude), tandis que la roujdia n'en avait que quatre. Elle était également entretenue par l'État.

Le mcktehi idalia, pensionnat militaire pour enfants, leur enseignait : 1° l'arabe, le turc, le persan et le français; 2° le Dessin et la Calligraphie ; 3" les matières se rapportant spécialement au métier militaire. L'École possédait cinq classes. L'élève qui les avait .suivies toutes, entrait ensuite de droit à l'École militaire supérieure de Constantinople. L'établissement était entretenu par ^^^^^^^^^■fli^^Hr ' 'i " l'État et par le Trésor militaire.

L'École professionnelle, islacli-ann, était moins élevée.

On y enseignait, en mémo temps que l'écriture et la lecture en turc, les métiers manuels, notamment la ciselure et le damasquinage.

3. Conditions d'admission aux écoles nnisiilniancs. — A l'exception des /•oi//V//c', dans lesquelles on trouvait, çà là, quelques rares élèves israé-

Fig. 144. — Aaciciiac mcJratso {Ecole roliyieuse aupcricuro turque) encore en activjtc, dans la cour de la grande mosquée, à Moalar. — 1^ méJressé e«t conttituée par le bâtiment situé sur la droite et où sont logés les bodja.

liles ou chrétiens, les écoles musulmanes de Bosnie et d'Herzégovine n'étaient ouvertes qu'aux seuls mahométans. Les enfants étaient admis aux sibian mekleb h partir de six ans, cl, dans ces instilu> lions, garçons et filles recevaient ensemble l'instruction.

Dans les établissements plus élevés, il n'y avait que des garçons. Parmi ceux-ci plusieurs poursui*

valent leurs éludes jusfju'à 2.") ans : tels les hodja et les futurs instituteurs.

\. Répartition des écoles musulmanes et nombre de leurs éhhes en Bosnie, —■ Nous manquons dé documents sur la répartition et le degré de fréquentation des écoles musulmanes en Herzégovine avant l'Occupation. Quant à la Bosnie, nous savons que ses mekteb, médressé et roujdié étaient surtout t-épanduos datls Ifs disti'icts du Centre et du Nord-Est ; c'est aussi dans ces régions que les écoles comptaient le plus d'élèves. S'il faut en croire la statistique turque do 18*2, un nombre considérable do garçons et de (llles fréquentaient les mekleb de Bosnie; ces établissements comprenaient : !."00 garçons et 1.000 llllos à Sarajevo; 1.400 garçons et l.OOO filles à Travnik; i;600 garçons 01 WO ÛUcsà Ostrovica; 1.512 garçons et 875 filles à Donja Tuzla.

Nous n'oserions affirmer l'exactitude de ces cliiffres; mais, même dans le cas où il conviendrait de les réduire notablement, on ne saurait nier qu'avant l'Occupation les «Turcs » avaient déjà beaucoup fait pour l'instruction de leurs enfants. Sans doute, ce serait se faire illusion sur l'importance et la qualité de leurs sibiaii mekleb que les comparer à nos écoles primaires. Si l'enseignement y durait longtemps, c'est que, dans le monde musulman, il est d'une lenteur dont les Occidentaux ne peuvent se faire aucune idée ; la plupart des enfants, en sortant de ces établissements, savaient tout juste lire l'arabe, écrire en caractères turcs et un peu compter; c'était déjà quelque chose; malheureusement, on ne leur enseignait ni à lire ni à écrire le sorbo-croale, seule langue parlée dans tout le pays. Le peu

Ctiuvcnl catholique de Suljcska {avant la reconstruction de lH8!i).

d'instruction qu'ils acquéraient à l'école ne leur servait'donc que médiocrement dans la vie pratique.

Par contre, fait très curieux, l'instruction des filles n'était pas négligée, tandis qu'aujourdliui encore, dans la plus grande partie de l'Islam, — africain, asiatique ou même européen, — la femme du peuple n'apprend même pas à lire.

5. Origine et choix des maîtres. — Dans les écoles musulmanes, — où les maîtres sont, dans la plupart des cas, du sexe fort, — les uns étaient bosniaques et avaient fait leurs études à l'École normale primaire [daroul-cl-moiialimin) de Sarajevo ; d'autres étaient ottomans et venaient de Conslantinople. Ils étaient choisis par la population du district, l'administration des iiv/Aoï/ZTel le Gouvernement de la Sublime-Porte.

INI

L f;i,it suzerain, comme on voit, veillait à l'instruction des mahométans dans ses provinces va»snlns d'Herzégovine et de Bosnie. Il était fortement intéressé à agir ainsi, car c'était uniquement parmi les musulmans qu'il recrutait ses représentants officiels, ses fonctionnaires de tout ordre; il lui importait qu'ils sussent lire les caractères arabes et parler le turc; il protégeait donc les écoles musulmanes, qui enseignaient l'écriture en honneur dans tout l'Islam et aussi la langue turque.

Mais sa sollicitude en matière d'instruction publique ne .s'étendait qu'aux seuls mahométiins. De» Ci'Oiilcs ci (les Serbes, il n'avait cun;.

§ 2. — Écoles des Croates.

()i)ligés de pourvoir seuls aux besoins de leurs ('coles, les chrétiens s'imposaient pour elles de loiii-ds sacrifices. A la vérité, les Croates, qui sont catholiques, trouvaient un allégement de leurs charges dans les ressources ipie hnir offraient les monastères : ils envoyaient leurs enfants à un petit nombre d'écoles de paroisses, dirigées par des Franciscains, ainsi qu'aux couvents (fig. iA?>) de ces moines (fig. liC) et à ceux des nonnes de l'ordre de Saint-François. Ces religieux recevaient des élèves externes. Dans leurs classes élémentaires, ils enseignaient la lecture et l'écriture du serbo-croate en caractères latins (inconnus des Serbes), et, de plus, un ]H'u (le Calcul et de Géographie. A'ux catholiques, (|ui constituaient la grande majorité de leur clientèle, ils apprenaient, en outre, le catéchisme romain. Mais il esl juste de reconnaître qu'ils accueillaient aussi chez eux quelques orthodoxes, musulmans et Israélites, et leur donnaient, comme il ux catholiques, l'instruction profane

Tandis (jiu' les moines ne recevaient que des enfants du sexe masculin, quelques petits garçons étaient admis, parmi les filles, chez les religieuses.

Les Pères avaient institué, en quelques-uns de leurs couvents, des classes supérieures, où ils enseignaient un peu d'Histoire et, parfois, l'allemand et l'italien.

Presque tous les Pères étaient autrichiens ou dalmales; quelques-uns étaient italiens; d'autres, croates d'Herzégovine, (l(\ Bosnie on de Croatie. De tous les religieux catholiques, c'étaient eux les j)lus répandus dans les Halkans; ils pa.ssaient pour y propager l'induence de l'Aulriche. C'est presque uniquemeul à eux (|ue les Croates de Bosnie et d'Herzégovine confiaient l'éducation de leurs enfants. Mais il faut remar([uer que, moins îividc^s d'instruction que les Serbes, beaucoup de familles croates négligeaient de faire donner à la jeunesse le moindre enseignement. Il semble qu'il y avait, parmi les Croates des deux provinces, un très grand nombre d'illettrés.

§ 3. — Écoles des Serbes.

Les Serbes, au contraire, d'un naturel plus fin, paraissent avoir, depuis longtemps, estimé et reclierché le savoir. Se trouvant, sur tout le territoire de Bosnie et d'Herzégovine, entremêlés aux Croates et aux « Turcs », ils s'étaient, en chaque ville, organisés en communautés. Ces associations avaient pour principal objet la gestion des intérêts confessionnels, où se trouvaient forcément comprises les questions scolaires. A légard de ces intérêts, le Gouvernement ottoman n'avait jamais manifesté que le plus hautain nu pris. D'uu autre ((Me, comme c'est du Phanar que les Serbes recevaient leurs évéques,

Fig. 156. — Moines fraaciscaios du cloître de Su{Jeaka.

ceux-ci, presque tous Grecs, ne connaissaient ni la langue, ni les idées, ni les habitudes de leurs ouailles et se désintéressaient absolument de leurs besoins. De cette double incurie était née l'indépendance des communes. Les popes étaient ignorants et pauvres; ils servaient la commune de la même façon que le maître d'école. Les citoyens laïques, plus intelligents, plus aisés, rompus aux affaires, possédant, par leur commerce, une certaine influence, dirigeaient l'église, s'occupaient du culte, de recelé et du clergé. A force de patience et de sacrifices, ils avaient obtenu la permission de fonder des églises et d'ouvrir des écoles. C'est ainsi qu'au moment de l'Occupation, ils se trouvaient posséder, tant en Bosnie qu'en Herzégovine, des écoles élémentaires pour garçons et pour filles, et, en deux villes de Bosnie, un petit nombre d'établissements d'instruction plus élevés.

Primaires ou supérieures, toutes leurs écoles offraient ce caractère commun d'être exclusivement orthodoxes. Si quelques-unes, à la vérité, s'ouvraient libéralement à des enfants de religions diverses, un seul catéchisme y était enseigné : celui de l'Église grecque.

1, Nombre des écoles élémentaires serbes. — Toutes les villes importantes habitées par des Serbes et même certains gros villages où les Serbes se trouvaient être assez nombreux, possédaient des écoles primaires. Les enfants y apprenaient à lire le serbo-croate imprimé en caractères cyrilliques (inconnus des Croates) , à l'écrire avec cet alphabet et à compter.

Le nombre de ces écoles, en Bosnie et Herzégovine, dépassait certainement la centaine*. Sans doute, dans les centres qui en étaient pourvus, il s'en fallait que tous les enfants serbes s'y rendissent. Nous ignorons la proportion des manquants. Mais, d'autre part, des parents domiciliés dans les villages plaçaient à leurs frais leurs enfants dans des écoles urbaines, ou leur ménageaient l'accès à ces écoles en les mettant en service chez des commerçants ou des artisans de la ville. Dans le même but, d'autres confiaient leurs fils à des monastères orthodoxes. C'est de celte façon que, depuis un temps immémorial, s'était perpétuée, en certaines familles des districts montagneux, la connaissance de la lecture et de l'écriture.

Le Gouvernement actuel estime à 3.400 le nombre des élèves qui, avant l'Occupation, étudiaienfdans les écoles élémentaires des orthodoxes.

2. Nombre des écoles secondaires serbes. — En dehors de leurs écoles primaires, les Serbes n'entretenaient des établissements d'instruction qu'à Sarajevo et à Banjaluka.

Dans la capitale de la Bosnie, ils avaient établi pour les jeunes gens une école réale, que ceux-ci pouvaient fréquenter pendant quatre années consécutives, en sortant de l'école élémentaire: les élèves y apprenaient l'Arithmétique, la Comptabilité, un peu de Géographie, un peu d'Histoire, notamment l'histoire des Serbes des Balkans, les principes de leur religion, la langue serbe, le français, l'italien, quelques menus faits scientifiques et les rudiments du Dessin. Pour les jeunes filles, avait été créée, dans cette même ville de Sarajevo, une école supérieure de travaux manuels; la broderie, chère aux Bosniaques et portée chez eux à un degré élevé de perfection, y tenait une grande place.

A Banjaluka, un séminaire appartenant en propre aux Serbes de Bosnie formait leurs futurs popes.

C'est à ces trois établissements que se bornaient, chez les orthodoxes, les institutions d'enseigne-

• Nous fondons cette estimation sur ces faits : 1" que 54 de ces écoles, que nous désignerons plus loin, ont été transformées par le Gouvernement austro-hongrois en écoles municipales ; 2» que, tout récemment, 62 écoles serbes subsistaient, et qu'actuellement il en reste encore 60,

ment faisant suite aux écoles élémentaires. L'instruction qu on y acquérait était, d'ailleurs, médiocre. Quelques familles le sentcaient, et elles envoyaient leurs enfants dans des gymnases, séminaires, écoles normales primaires et écoles de commerce de Russie, d'Aulriche-Hongrie et de Serbie. Quelquefois même, quand les parents ne pouvaient s'imposer de tels frais, les communautés en supportaient une parlie.

Mais, comme bien on pense, ces cas constituaient des exceptions, et l'on peut dire qu'en Bosnie et Herzégovine le savoir de la grande majorité des Serbes lettrés se trouvait limité à la lecture et à l'écriture du serbo-croate en caractères cyrilliques, ainsi qu'aux notions les plus élémentaires de la numération et du calcul.

3. Administration et entrelien des écoles srrJws. — Primaires ou plus élevées, toutes les écoles de» Serbes orthodoxes étaient administrées et entretenues par leurs communautés ecclésiastico-scolaires. Elles étaient indépendantes des autorités religieuses et du Métropolite. Tous les frais de ces établissomonts, y compris le traitement des maîtres, étaient prélevés par les communautés sur leurs revenus, revenus provenant de legs testamentaires, de donations, de receltes réalisées par les églises. et de taxes payées par les élèves'.

11 est intéressant aussi de constater que les communautés recevaient, pour leurs fonds scolaires, des subventions de divers personnages étrangers. De 186.") h 1870, l'empereur Napoléon III envoya une subvention annuelle de 300 francs à l'école serbe de Sarajevo. Marie, impératrice de Russie, faisait verser chaque année 200 roubles aux fonds des écoles serbes; le Comité slave de bienfaisance lui remettait îiOO roubles; le consul de Russie, M. KondrastofT, 1.000 grochas (piastres turques): le Gouvernement italien, 400 lire. On voit que ces donations n'allaient point sans une pensée politique. Néanmoins, elles élaient encaissées publiquement, et les autorités turques n'y faisaient aucune opposition.

Aidées de ces libéralités, les communautés payaient chaque année à leurs instituteurs des traitements annuels de 00 à 120 ducats; elles leur donnaient, en outre, le logement et le chauffage et môme, en certaines localités, un jardin. La communauté .serbe de Sarajevo dépensait de 60.000 à 90.000 grochas par an pour son école primaire, son école réale et son école supérieure déjeunes fdlcs*.

4. Recrutement et choix des maîtres. — Soutenant leurs écoles sans aucun concours de lElal, les Serbes les pourvoyaient de maîtres selon leur gré. Ils recrutaient leurs institutrices dans la confes.sion orllioiloxe de Bosnie et d'Herzégovine; ils prenaient pour instituteurs tantôt des enfants du pays qui aviiicnl fail leurs études en Serbie ou en Autriche, tantôt des sujets autrichiens ou serbes. Jusqu'en 18ÎJ0, ils n'exigèrent point de ces maîtres le diplôme d'instituteurs. Mais, à partir de celte date, ils ne donnèrent l'emploi de maîtres qu'à des personnes ayant fait les éludes préparatoires requises.

11 faut noter encore que, même dans les écoles élémentaires, on rencontrait parfoisdes instituteurs munis du (lii)lôme de professeur : c'est ainsi que l'école primaire de Sarajevo a compté comme maîtres Malaslié, qui sortait du lycée de Belgrade, et Dimovic, qui avait fait ses études de philosophie à Szegedin. On nous a cité dans le pays quelques autres exemples de ce genre.

' Quand les communautés étaient surfisamnicnt riches, fadmission des enfants à l'école éUit gratuite. Maii il srnible que ce fiH 14 l'exception. Dans les autres cas ils payaient, pour la plupart, une taxe. Nous disons : pour la plupart, car les pauvres en étaient exemptés; d'ailleurs, pour les élèves payants d'une même école, la Uxe n'était pas absolument fixe; on consentait une réduction à ceux pour qui elle eût été trop lourde.

• Ses dépenses scolaires s'élevèrent eu ISllMSIT à 69.098 grochas, 38 paras; en 1878-1819 à 83.Wi grocha». — !.a valeur de la yroclia, qui est noniiualcmcut de iO ccnlimes, s'abaissait parfois à 20 centimes.

D"où que vinssent ces éducateurs, c'était toujours en pleine liberté que les communautés en faisaient choix; le Gouvernement, la politique n'y intervenaient en aucun cas.

3. Programmes des études. — Les Serbes jouissaient de la même indépendance en ce qui avait trait aux matières à enseigner dans leurs établissements d'instruction. Chacune de leurs communautés élisait, parmi ses membres, une Commission scolaire; et c'était cette Commission qui, d'accord avec le maître, fixait le programme des études en chaque lieu. Aussi, dans un certain nond)re d'écoles primaires, enseignait-on, en quatrième année, — car l'école comprenait quatre classes de chacune une année, — diverses matières qui sont aujourd'hui du ressort des établissements secondaires, telles que : Comptabilité commerciale. Géographie, Histoire, Langue serbe. L'enseignement du français et de l'italien à l'École réale de Sarajevo fut décidé par la communauté serbe de celte ville, pour suppléer en partie à l'absence d'une école de commerce régulière.

6. Conditions d'admission des élèves. — Les enfants étaient admis à entrer dans les écoles élémentaires à partir de l'âge de sept ans et jusqu'à onze ou douze ans. On exemptait de toute condition d'âge les petits campagnards que leurs parents plaçaient à la ville comme domestiques pour leur donner la possibilité d'étudier '.

En principe, aussi bien pour les écoles primaires que pour les écoles plus élevées, tous les élèves devaient être de nationalité serbe et de confession orthodoxe. 11 y avait cependant des exceptions : dans certaines villes, l'école élémentaire serbe était fréquentée par des enfants d'autres nationalités et d'autres religions, des catholiques romains, des israélites, des musulmans. Aussi rencontrait-on parfois dans le pays quelques rares mahométans, des catholiques, des juifs, capables de lire le serbo-croate en cyrillique et de tenir une correspondance en cette écriture.

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