LKS ÉCOLES ÉLÉMENTAIRES ACTUELLES
L'attribution h M. de Kallay de l'administration générale de la Bosnie et de l'Herzégovine en 1882, marque, pour le progrès de l'instruction publique en ces provinces, l'origine d'une ère nouvelle. Sous son impulsion, l'enseignement primaire n'a cessé de suivre, depuis dix-huit ans, un mouvemonl d'extension et de progression analogue à celui qui s'est développé pendant la même période dans presque toute l'Europe occidentale. La loi rendit obligatoire l'instruction élémentaire. Dès lors, les écoles déjà existantes virent le nombre de leurs élèves augmenter d'une façon notable; en outre, l'État créa, sur tout le territoire des deux provinces occupées, des établissements d'instruction primaire, dont la prospérité et l'utilité se sont de plus en plus affirmées.
L'évolution de ces deux sortes d'écoles s'est ressentie à la fois de l'état de division politique du pays et du grand effort que le Gouvernement déploie pour essayer d'établir, dès l'enseignement primaire, et au moyen de cet enseignement, un lien entre tous les citoyens. Par là surtout l'histoire récente de ces institutions offre un haut intérêt; nous y attirerons l'attention du lecteur, après avoir dit un mot des écoles privées.
' Les citadins se piquaient, en général, de bien accueillir ces enfants.
L'INSTRUCTION PCBLIQUK EN BOSNIE-HEIIZÊGOVINE 1H5
§ 1. — Écoles privées.
PS (■■Inblissements scolaires qui no relèvent ni des comrniin.iutés conressionneiles, ni de l'Ëtat, nous ne parlerons que pour (^Ire complet, car actuellement il n'y en a que trois en iiosnie-llerzt^govitii' : deux pour les fçarçons, un pour les llUes'. Ce sont des ('•tahlissements privés, dirigés par des iiistiliilcuis libres, cl ijui oui principalement pour clientèle des enfants de fonctionnaires de haut rang, autrichiens ou hongrois, dV)mieiliés dans le pays.
Fréquentées en 1890-1 8<,)l par 187 élèves, ces écoles en comptent aujourd'hui 320, dont 271 garçons et 49 filles. Laplui)art de ces enfants sont catholiques; 40 sont Israélites; l.*), orthodoxes. Il n'y en a ])ns qui soient inusulnifins; enfin, 'M élèves appartiennent à d'autres cultes, nfdamment au culte évnngéli<|ue.
Il semble qu(î ces établissements, destinés surtout à des enfants de familles immigrées, se licniH'iil à l('c,iit (les luttes ])oliliques qui persistent encore entre divers groupes de la population indigène.
§ 2. — Écoles musulmanes.
Ces luttes ont trouvé dans le Gouvernement actuel un modérateur opiniâtre. En voici un exemple :
Dès que l'Autriche-Hongrie eut- mission de gérer les biens et les atTaires de l'Etal, Croates et Serbes espérèrent qu'aucun subside prélevé sur les fonds publics ne serait plus accordé aux écoles des « Turcs i>. Avant rOccupalion, les musulmans de Bosnie et d'Herzégovine puisaient, en eiïcl, dans les recettes des deux provinces aussi bien que dans les uoAow/Tpour subvenir aux frais de leur enseignement. Les inônrif, ou fonds scolaires, (|ui!s avaient ainsi constitués, représentaient des sommes considérables. Fallait-il, écoutant leurs ennemis, les priver tout d'un coup d'un secours dont le retrait allfiil entraîner la mort ou, tout au moins, la déchéance de beaucoup de mekieb? Ou bien, n'élail-il pas plus raisonnable de leur accorder des subventions, et, par mesure de justice, d'en attribuer aussi aux ('lablisscmcnls scolaires des autres confessions? Voici le parti auquel TAdministration s'est arrêtée :
Partout où les mahomélans ont pu continuer it .soutenir leurs écoles sans le concours de l'Etat, le Gouv(>rnement leur a laissé toute liberté. Les « Turcs » ont conservé, avec leurs nwkleh, la faculté de les administrer à leur guise, dans toutes les villes, dans tous les villages où les revenus des wiikoulT, grossis ou non par les largesses de la population mahométane, suflLsenl à l'entretien de ces iusiilutions. C'est ainsi qu'à l'heure actuelle les musulmans possèdent encore un très grand nombre d'établissements d'instruction élémentaire, entièrement soustraits à l'ingérence de l'État.
On pouvait craindre qu'ils fussent réduits iY s'en contenter. Mais le Gouvernement se montra généreux : enneiiii des changements brusques, qui n'engendrent que la désorgani.salion, il se garda de supprimer d'un trait de plume l'allocation nationale que les musulmans avaient octroyée à leurs écoles quand ils étaient les maîtres du pays; en conséquence, il se déclara prêt à subventionner ceux de leurs établissements scolaires qui en auraient besoin. Seulement, celte intervention pécuniaire de l'État l'obligeait à exercer .son contrôle sur l'enseignement et à prendre part au choix des instituteurs. Cette condition de son concours souleva des tempêtes. Les musulmans sont pourtant mal fondés à protester contre l'intrusion du Gouvernement, puisqu'ils demeurent toujours libres et de rel^iser .son argent et (l(> ne jamais envoyer leurs enfants aux écoles officielles. En fait, celles-ci semblent
> Les tableaux III et I Vciaprès en imèrent 4 écoles privées. En réalité, lune d'elles, qui est Israélite, est confessionnelle.
186 LA REVUE GÉNfiRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
inspirer quelque méfiance à une certaine partie de la population mahométane, et ce sont les moklch, exclusivement alimentées par les wakoaiï, qui, à l'heure actuelle, ont encore sa préférence.
Peu à peu, cependant, l'influence exercée par l'Administration centrale sur les établissements qu'elle soutient s'est étendue de ces établissements à la totalité des écoles musulmanes. C'est ainsi que, dans toutes les mekteh, l'enseignement a cessé d'être donné en turc: si cet idiome, incompris de l'indigène, est encore usité pour expliquer et commenter le Coran encore lu en arabe, l'instituteur n'en fait, en dehors de cet exercice, aucun emploi, et c'est le serbo-croate, ou langue courante du pays, qu'il enseigne à ses élèves.
En dehors de ce progrès, très appréciable puisque le nombre actuel des mcklch en Bosnie et en Herzégovine s'élève à un millier, l'enseignement primaire exclusivement musulman semble être resté à peu près stationnaire depuis la fin de la domination ottomane '.
§ 3. — Écoles confessionnelles non musulmanes.
Au contraire, dans les écoles élémentaires des autres confessions, l'enseignement s'est beaucoup amélioré. Aujourd'hui, l'instruction qu'on y puise peut soutenir la comparaison avec celle que donnent la plupart des établis.semenls similaires de l'Europe méridionale.
Parmi ces écoles, une seule est Israélite; destinée surtout aux filles, elle comprend quarante élèves dirigées par une institutrice. Les autres écoles sont chrétiennes, — catholiques ou orthodoxes, — mais, fait intéressant, ne sont fermées ni aux musulmans ni aux juifs (Tableau I, page 188). Si les mahomélans n'y sont représentés que par un nombre insignifiant d'élèves ^17 en 1883; 0 en 189G-1897), 197 juifs les fréquentent.
Le nombre de ces écoles n'a subi que peu de variations depuis l'Occupation-. Mais, en la plupart, le nombre des élèves s'est sensiblement élevé (4.770 en 1883; 0..')98 en 1890-1897''). Ciiose curieuse, celte augmentation est presque exclusivement due à l'affluence des filles (1.406 en 1883; 2.994 en 1896-1897). Le nombre des garçons y est demeuré à peu près stationnaire (3.364 en 1883; 3.604 en 1896-1897) (Tableau IV, page 193).
L'accroissement du nombre des élèves a entraîné celui des maîtres. Les écoles des confessions chrétiennes comptaient : 128 instituteurs et institutrices en 1883; 170 en 1896-1897*.
1. Ecoles catholiques. — Sur les 8.") écoles primaires clirétiennes de Bosnie et d'Herzégovine 25 seulement sont entretenues par les catholiques. Comme avant l'Occupation, ces institutions appartiennent les unes aux paroisses, les autres aux religieux et religieuses de l'ordre de Saint-François (fig. 147). Comme avant l'Occupation, c'est exclusivement en caractères latins qu'elles enseignent le serbo-croate.
Il faut noter que les Israélites les préfèrent aux écoles orthodoxes quand ils sont forcés d'opter entre ces deux sortes d'établissements chrétiens (Tableau I, page 188). Et il convientaussi de remarquer que les enfants orthodoxes n'en sont point exclus [IbiiL). Mais, ce qui fait, et cela est bien naturel, le
' A l'instigation du Gouvernement, le Reïs-el-L"lema, chef religieux des mahométnns en Bosnie-Herzégovine, s'est cependant efforcé, depuis quelques anufcs, de réformer l'enseignement des inoklch de façon à en réduire la durée à trois ans, ce qui permettrait aux élèves qui en sortiraient d'entrer ensuite dans les écoles primaires de l'État, qui donnent l'enseignenent profane.
2 11 était de 94 en 1883, et s'est maintenu, à peu près, à ce ctiilîre jusqu en 1893. A celte date on l'a vu s'élever subitement à 103; mais, l'année suivante, il est tombé à 96; il n'est plus maintenant que de 8o.
' Les chiffres cités ci-après nous ont été, pour la plupart, fournis par le Gouvernement.
* Ce mouvement de progression, correspondant à celui des élèves du sexe féminin, a surtout porté sur les institutrices.
L'INSTHUGTIO.N PUULIQUE EN BOSNIE-UKRZIÎGOVINE
fonds rli' la populalion scolaire de ces inslilutions, c'est rélémont callioliqiio. (juaiul les Croate» envoient leurs enfants à une école cpnfossionnoUc, c'est presque toujours leur école paroissiale ou l'école franciscaine qu'ils choisissent ', lis recherchent surtout ces écoles pour leurs fille». Aussi cei établissements comptent-ils actuellement 2.308 catholiques sur un total de 2..">-2l ('•ji-vcs.
2. Kcûks orthodoxes. — Des anciennes écolç» serbes pour l'enseignement primaire, CO existent
l-'ig. 147. — Monastère franciscain, à Kresevo.
encore. En 1890-1897, elles comprenaient i.037 élèves, dont 4.008 serbes. Les garçons y sont «Icux fois et demie plus nombreux que les lilles. Le personnel enseignant y est proportionnellement moins nombreux que dans les écoles catholiques (Tableau I, page 188).
Ces écoles serbes sont, comme avant l'Occupation, entretenues par les communautés des orthodoxes. Celles-ci ont conservé leur organisation ancienne et, à peu prcs intactes, leurs prérogatives (raulrcfdis en matière d'enseignement. Mais, iV linditTérence et au mutisme de la loi oHomane h leur égard, a sticcédé une réglementation nettement définie : les communes continuent d'administrer leurs écoles sans avoir fi souffrir, à ce sujet, aucune ingérence de l'autorité religieuse ou (lu M(''lrop(ili(e; l'Klat, cependant, soumet tous leurs ados à son contrôle atin de maintenir leur
' En rôalité, quand, cliose très rare, un Croate envoie son enfant \ l'école ortlioiloxc, cesl qu'il n'a (vis d'autre tcolp. k sa portée.
activité dans les strictes limites de leur compétence ; s'il leur laisse l'initiative du choix de leurs maîtres, il entend se réserver la faculté de confirmer ce choix ou d'y opposer son veto. Ces précautions lui ont paru nécessaires pour empêcher les communautés d'introduire la politique à l'école et d'y mener, sous prétexte d'enseignement primaire, campagne en faveur des revendications nationalistes des Serbes.
De même, il a admis que ces associations pussent encaisser pour leurs établissements d'instruction les donations qui leur sont faites à cet efl'et. Mais il lienl à en être informé et n'accorde l'autorisation d'accepter les dons qu'après en avoir examiné les conditions. Jusqu'à présent il n'a jamais refusé cette autorisation, môme dans le cas de dons venus de l'Étranger, par exemple de Russie. Mais il veut savoir la provenance des subsides, afin d'extirper du pays cette manie de la
Tableau I. — Écoles élémentaires confessionnelles (non musulmanes) en 1896-1897.