LES ÉCOLES DE COMMERCE ACTUELLES
Dès les premières années de son intervention dans le pays, M. de K.illay prévit que le développement prochain de l'agriculture et des travaux publics créerait en Bosnie-Herzégovine une activité commerciale relativement intense; il se préoccupa d'y préparer l'indigène.
Jusqu'alors les transactions étaient demeurées limitées à des échanges de produits, pour ainsi dire, sur place, tout au plus dans des cercles de petit rayon. L'ordinaire médiocrité des récoltes imposait de les consommer sur les lieux mêmes où elles avaient poussé; du reste, la vigne mise à part, c'étaient à peu près partout les mêmes céréales, les mêmes plantes fourragères que le paysan cultivait; partout, le même bétail qu'il élevait. Parvenait-il à acquérir quelque superflu, il ne pouvait qu'en faire réserve pour l'avenir, non s'en servir pour acheter. Comment, d'ailleurs, aurait-il exporté ses marchandises? La rareté, souvent même l'absence de voies de communication lui interdisaient les longs transports.
On pouvait prévoir que, sous une administration diligente, celte situation ne tarderait pas à changer. L'abolition des exactions, l'amélioration des conditions sociales du travail, les garanties données à toutes les formes de la propriété et de la richesse, l'introduction des méthodes agronomiques, une plus grande spécialisation des cultures suivant les régions, çà et là l'exploitation minérale du sol et l'établissement de quelques industries, enfin la création de lignes ferrées et de nombreuses routes carrossables devaient entraîner un accroissement de production et un mouvement d'échanges auparavant inconnus. Il fallait donc songer, en vue de cet avenir, à l'éducation commerciale des Bosniaques.
Dans quelle mesure et par quels moyens devait-on l'entreprendre ? C'était là le point délicat. La nature même des afl'aires que les habitants allaient avoir à traiter devait déterminer le genre d'instruction qui leur serait le plus utile. Avant longtemps, ils n'auraient à s'occuper des grandes opérations financières, et rien ne leur servirait d'étudier l'organisation, non plus que les conditions légales, des sociétés par actions, des compagnies d'exploitation et de crédit. En revanche, beaucoup seraient appelés à traiter continuellement, et souvent par correspondance, de petites affaires de vente et d'achat; il leur importerait donc de savoir avec précision la situation des lieux avec lesquels ils entretiendraient commerce, la distance qui les en sépare, les moyens d'y accéder, le prix
des transporLs ; il leur i'audrcait ôtre en mesure tic stipuler très nellernent par écrit les condition» des marchés, connaître les cours d'une a.ssez grande variété d'articles, les débouchés extérieurs de» produits iiidigi-iins, pos.séder la langue du pays où se dirigeraient la plupart de leur» exportations, calculer vite et liicn, dresser correctement un compte, tenir les livres. En conséquence, M. de Kallay ré.soliit du luiidcr des écoles de commerce iHiimlulsschiilfit) d'un type très particulier et trcs diflércnles des institutions qui, chez nous, portent le môme nom. Les nôtres sont destinée» à de» jeune» gens relativement cultivés, déjà pourvus d'une assez bonne instruction générale et qui ambitionnent de se livrer à des spéculations très diverses, soit en France, soit à l'Étranger. L'enseignement qui leur est donné serait inaccessible aux petits paysans de Bosnie, et, même si ceux-ci se trouvaient en état de le recevoir, resterait pour eux sans ])rorit, faute d'occasions de l'appliquer. Ce dont, au contraire. les villageois ou citadins bosniaques ont actuellement le plus besoin, c'est à la fois de l'humble, mai» correcte instruction que donnent nos écoles primaires supérieures, et des quelques connaissance» spéciales, très terre à terre, mais précises, qu'à cluuiue instant le petit Iraliquanl met en œuvre.
Tabi.rai: V. — Matières enseignées et horaire des études à l'École de Commerce de Moslar.