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LA COLONISATION AGRICOLE

EN BOSNIlî-HEnZKGOVINE

« La colonisation, c'est là notre point faible », me disait un haut fonctionnaire de l'Administration. J'en fus surpris. Comment un pays qui pourrait nourrir plus d'habitants qu'il n'en a actucliemenl, ne se prèterait-il pas .1 la colonisation? Pourquoi ce pays, dont le climat est salubre, la terre fertile, la sécurité complète, n'attirerait-il les cultivateurs étrangers? D'ailleurs, si faible qu'il soit, il existe actuellement un courant d'immigrants : quel est leur contingent annuel? D'où viennent ces colons? Où se fixent-ils? Quel est le régime des concessions qui leur sont accordées? J'ai dû me poser ces questions et m'eiïorcer de les résoudre.

Guidé par un fonctionnaire de l'Administration centrale spécialement chargé de la délimitation des concessions, j'allai visiter les quelques « colonies » du nord de la Bosnie. C'est là, en effet, dans la fertile vallée du Vrbas, entre Banjaluka et Gradiska, que se trouvent les « colonies » les plus importantes.

Dans les premières années de l'Occupation, deux obstacles s'opposèrent à la colonisation : l'absence de cadastre et le défaut de réglementation des droits sur les forêts. L'État avait des domaines forestiers, mais ces domaines n'étaient pas délimités avec certitude; ils étaient grevés de servitudes confuses. On ne pouvait, en cet élat de choses, en concéder aucune parcelle. Les premiers colons durent donc acheter des terrains à des particuliers. C'est dans ces conditions que furent fondées les colonies de Uwlolfallml, de Windliorst et de Franz-Josoplisfeld. Depuis trois ou quatre années seulement, la condition juri(li(|uo des domaines de l'État ayant été nettement établie, les terrains domaniaux ont commencé à servir à la colonisation. C'étaient des terrains couverts de brous.sailles, mais susceptibles d'être mis rapidement en valeur. Ainsi naquirent les colonies nouvelles des arrondissements de Grailiikf), Ihiliiro, Prnjiivor, Ucrvoiil, Tesniij, Zenicn, Jiijco et Trnvnik. Les colons ne manquèrent pas : il en vint de partout, de Pologne, d'Allemagne, de Hongrie, d'Italie; mais, loin d'encourager ce mouvement d'immigration, le Gouvernement semblait se plaire à l'entraver.

Deux raisons paraissent avoir dicté sa conduite : la crainte d'indisposer la population indigène portée il se défier du voisinage d'étrangers, et le désir d'attendre les résultats obtenus par les colons de la première heure. Malgré ces réserves, il fallut bien réglementer la colonisation, cl, dans une certaine niosure, aider les familles décidées à se fixer eu Bosnie.

A chacun on donna à bail, sur la justification d'un capital minimum de 800 florins (1.680 francs), de 10 à 12 hectares de terre, suivant la qualité du sol'. Sur un demi-hectare, le colon doit bâtir sa maison avec des matériaux fournis gratuitement par l'État. Les 10 ou 12 hectares doivent être défrichés et mis en valeur dans un délai de deux ans, sous peine de déchéance. Cette réglementation, dont les premiers résultats furent encourageants, devint définitive, et elle est encore en vigueur à l'heure actuelle. Pendant les trois premières années, le colon ne paie pas d'impôts; la quatrième et les suivantes, il ne paie que 50 kreuzers par hectare, environ 2 francs.

La concession lui est accordée pour dix ans. Si le fermier remplit toutes les conditions du traité de fermage, et cultive rationnellement ses terres, sans donner lieu à aucun reproche, les terres deviennent sa propriété après le laps de temps fixé par le bail. Les héritiers héritent du traité en cas de mort du contractant.

Pour s'établir en Bosnie, l'immigrant est obligé de se faire naturaliser citoyen de l'Empire.

Tels sont les traits essentiels du règlement de colonisation; le système repose, en définitive, sur un contrat ds location temporaire destiné à éprouver la capacité du colon et à donner à ce dernier, s'il le mérite, à l'expiration de son bail, la propriété des terres par lui mises en valeur.

Les résultats semblent satisfaisants. J'ai visité les colonies de Windhorst et de Rudolfslhal. J'ai vu les colons à l'œuvre. Partout j'ai rencontré, même chez les plus humbles et les derniers venus, la même foi robuste dans l'œuvre entreprise, la même confiance dans l'avenir. Nulle part je n'ai entendu exprimer le regret d'avoir quitté le sol natal, si ce n'est une fois, par une Française, la seule compatriote rencontrée au cours de mon voyage.

J'ai été particulièrement frappé des résultats obtenus par une famille catholique de Hanovre. Cette famille se compose de neuf personnes, le père, la mère et sept enfants, dont le plus jeune a dix-sept ans. Quels merveilleux colons! Je ne saurais dépeindre l'apparence d'honnêteté, de vigoureuse énergie de tous les membres de cette famille, sur la physionomie desquels se lit une probité entière, fière de ses succès passés et confiante dans les succès de l'avenir. Leur habitation, construite en bois et briques, se dresse, coquette et confortable, sur le bord d'un chemin largement dessiné. A côté, les communs, en torchis couvert de chaume, abritent les bœufs et les instruments de labour. Ces communs, qui servent maintenant d'écuries, ont été la première habitation de la famille, quand elle vint, avec 1.500 Ihalers (environ 5.250 francs) en poche, se fixer en Bosnie. La maison actuelle n'était alors qu'un rêve; ce rêve est devenu une réalité. Les quatre pièces de l'habitation sont meublées simplement d'objets commodes et durables, fabriqués par les colons eux-mêmes à leurs moments perdus.

Pour être complet, je dois mentionner, en terminant, une colonie d'un genre absolument à part, celle des Tziganes, qui s'est fixée en Bosnie, au hasard du chemin. Malgré ses efforts, l'Administration autrichienne n'a pu triompher du caractère sauvage de ces pauvres gens. Sans métiers, vivant de charité, quelquefois de rapines, leur présence constitue un danger pour les vrais colons, dans le voisinage desquels ils aiment à séjourner.

Joseph Godefroy,

Ancien Secrétaire de l'Union Coloniale Française.

' Chiffres actuels des colons fixés en Bosnie-Herzégovine :

1.299 familles formant un total de 6.573 âmes, dont les 6/10 sont catholiques et les 4/10 protestants. I>ar ordre d'importance, les Allemands tiennent la tôte, puis viennent les Hongrois, les Italiens, les Hollandais, les Polonais.

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