LE CHÊNE
QUKRCUS PEDUNCULATA
Famille des Amentacées. Arbre très-élevé, tortueux, à écorce rude et scarifiée. Feuilles alternes, simples, presque sessiles, glabres, ovales, échancrées à la base, découpées en lobes irréguliers. Fleurs monoïques jaunes, les mâles en chatons cylindriques et grêles; cinq à vingt étamines insérées sur les écailles ou sur le périanthe qui est à cinq à neuf divisions ciliées ; les femelles dans un involucre à écailles imbriquées ; ovaire h trois ou quatre stigmates. Fruit : un gland en épi lâche, sessile le long d’un pédoncule plus développé que le pétiole, indéhiscent, ovoïde, à péricarpe coriace, luisant, jaunâtre, entouré à la base d’une capsule hémisphériques écailleuse.
îgïuvre tes portes, Liban, et que le feu dévore tes Cèdres !
Cyprès, gémis, car le Cèdre tombe; ceux qui s’élèvent seront dévastés.
Hurlez, Chênes de Basan, car la forêt inaccessible tombe. Luc. xi, j.
Le Chêne est l’emblème de la force; et comme on
le voit par le passage que je viens de transcrire, les forêts de Chênes de Basan, — contrée à Test du lac de Galilée , et dont le nom signifie sol fertile — étaient célèbres au temps des prophètes. Voir encore : Esaïe, u, 13).
Cet arbre n’est point mentionné dans le Nouveau - Testament, mais il figure dans quelques-uns des récits les plus intéressants des livres historiques.
Deux mots de F original hébreu sont rendus indifféremment par Chêne dans nos versions : alah et allon ; le Septuagint les distingue : il traduit alah par térêbinthe et allon par chêne (6àX avoç). Voici les passages où le Chêne, allon, est mentionné : Gen. xxxv, 8; Jos. xxiv, 26; Esaïe, ii, 13; vi, 13; xliv, 14; Osée, iv, 13; Amos, ii, 9; Zach. xi, 2.
Le Chêne était l’arbre des bocages sac±é 1 chez tous les peuples idolâtres et jusque chez les druides des Gaules et de F Angleterre. Cette circonstance doit s’attribuer, sans doute, au feuillage touffu de cet arbre qui produit une ombre impénétrable, et précieuse surtout dans les pays chauds.
Ces fourrés touffus offraient aux prêtres et aux sorciers des cultes, païens mille facilités pour tromper les ignorants et pour rendre de faux oracles; de plus, ils créaient des repaires secrets où l’on pouvait se livrer impunément aux pratiques les plus honteuses, et ils ont été, en conséquence, l’objet des plus solennelles interdictions de la part de Moïse. (Voir : Ex., xxxiv, 13; Deut., xii, 3; xvi, 21).
J’ai donné la description du chêne blanc , la plus élevée et la plus répandue des nombreuses espèces
du genre, parmi lesquelles on peut rappeler le Quercus ilex ou chêne vert , et le Quercus suber, dont l’écorce constitue le liège.
Cette substance n’est point mentionnée dans la Sainte- Ecriture; elle était cependant connue des anciens; Pline nous eu donne une description très-détaiJlée.
Le Chêne-liége est cultivé aujourd’hui dans le midi de la France, en Espagne, en Italie et ailleurs sur les coteaux secs et peu élevés où il forme des forêts clairsemées. Dès que l’arbre a atteint l’âge de sept ou huit ans on commence à en enlever l’écorce, en prenant chaque année une bande d’une largeur proportionnée aux dimensions du Chêne, de manière à ne revenir sur les mêmes points qu’une fois dans huit ou dix ans. Ayant coupé le morceau à enlever horizontalement, au-dessus et au-dessous autour du tronc, on le fend perpendiculairement, puis on frappe l’écorce jusqu’à ce qu’elle se soit complètement détachée.
Il est difficile de préciser l’espèce de Chêne qui est désignée par le mot allon , mot qui est sujet d’ailleurs à plusieurs variations qui indiqueraient, d’après certains commentateurs, différentes variétés de Chênes.
Aujourd’hui ce sont les Chênes- verts qui abondent le plus en Palestine ; ils sont de trois espèces : Quercus \ pseudo-coccifera , Quercus ægilops et Quercus infectoria .
Un des plus récents explorateurs de la Palestine dit ce qui suit en parlant de la première de ces trois espèces :
« Le spécimen le plus célèbre du Quercus pseudo-
coccifera qui existe dans la Terre-Sainte est celui qu’on appelle le Chêne d’Abraham près de Hébron, et qui a remplacé depuis plusieurs siècles le fameux térébinthe par lequel on reconnaissait le site de Mamré du côté opposé de la ville; le térébinthe existait encore à Mamré au temps de Vespasien et l’on vendait les Israélites captifs comme esclaves h son ombre. Il a disparu vers l’an 330 et aujourd’hui aucun arbre ne marque l’emplacement de la plantation de Mamré. Le Chêne actuel est le plus bel arbre de la Palestine du sud ; son tronc a plus de sept mètres de circonférence, et le diamètre de son branchage, qui n’est point symétrique, est d’environ trente mètres.
« Il y a des spécimens plus beaux encore au nord et à l’est; j’en ai mesuré un à Libbéyah, près du Mont- Hermon; il avait trente-sept pieds de circonférence et son branchage formait un dôme parfait ayant quatrevingt-onze mètres de pourtour.
« Il y a des forêts superbes de ce Chêne dans le pays de Galaad et des plantations plus ouvertes à Basan. Au Mont-Galaad et à Aylun, au nord du Jabbok, nous parcourûmes pendant bien des milles, une forêt touffue de cet arbre qui s’étend jusqu’aux bois de pins sur les sommités, et qui cède le pas au-dessous au Chêne à feuilles caduques et à d’autres essences moins robustes. (i) »
Une variété de Chêne à glands doux ( Quercus baliota) abonde en Orient et en Afrique, et ses fruits sont vendus comme aliment sur les marchés de l’Al-
( I ) Trist ram. Natural History of the Bible.
gérie. Les habitants de certaines parties de l’île de Sardaigne font leur pain, encore aujourd’hui, avec de la farine de glands doux mélangée d’argile. Cette variété était connue dans les temps anciens sous le nom d 'æsculus. Virgile en décrit la longévité dans les beaux vers que voici :
Æsculus in primis, quæ, quantum veitice ad auras Ætherias, tantum radice in Tartara tendit.
Ergo non hiemes illam, non tlabra neque imbres Convellunt ; immota manet, multosque nepotes Multa virûm volvens durando sæcula vincit.