LE LAURIER
LAURUS N0B1LIS
Famille des Lauracées. Arbre de moyenne hauteur. Feuilles persistantes, alternes, d’un vert foncé, odorantes, fermes, oblongues, entières, légèrement dentées , acuminées aux extrémités. Fleurs blanches en faisceaux axillaires, souvent dioïques ; périanthe pétaloïdal à quatre à six divisions égales ; huit à dix étamines sur deux rangs; un ovaire supère, un style. Fruit : un drupe monosperme, charnu, noir.
§|’ai admis le nom du Laurier parmi les plantes de la Bible parce qu’il se trouve dans les traductions modernes, et parce que, comme le dit un auteur distingué, « il serait fâcheux qu’une aussi noble plante ne fût pas nommée dans la Sainte-Ecriture. » Cependant il est juste de faire observer que le mot hébreu ezrcich ne se rencontre qu’une seule fois, c’est-à-dire dans le passage suivant ;
« J’ai vu l’impie formidable
« Se déployant comme le Laurier qui verdit;
« Il a disparu, et voici, il n’était plus;
« Je l'ai cherché, et il ne s'est plus trouvé. »
(Ps. xxxvn, 35).
Ce mot est traduit par *é8poç dans le Septuagint. Cette circonstance, si elle ne prouve pas absolument que Yezrach n’était pas le Laurier, suggère cependant des doutes très-fondés. Une plante aussi célèbre devait nécessairement être connue à Alexandrie, et si le mot hébreu dont je parle avait signifié Laurier aux yeux des traducteurs alexandrins, il est naturel de supposer qu’ils l’auraient rendu par oa^v-rç, son nom grec.
Le Laurier noble est une des plantes les plus célèbres de l’histoire profane. Une légende raconte que Daphné, fille du fleuve Pénée, fuyant Apollon, fut changée en Laurier, et cet arbre fut en conséquence consacré au dieu de la lumière. On s’en couronnait au retour de Delphes quand l’oracle avait été favorable; on donnait aux poètes des couronnes de Laurier, et on raconte que deux Lauriers naquirent spontanément sur la tombe de Virgile à Parthénope, et que leurs branches reparaissaient plus belles dès qu’on les coupait, comme si la nature elle -même se fût chargée d’honorer le* poète de Mantoue. Plus tard, on en couronna les triomphateurs : on sait que César sollicita du Sénat la permission d’en porter une guirlande.
On avait aussi de fausses idées sur les vertus du Laurier ; on croyait qu’il ne pouvait être atteint de la foudre. Pline rapporte que Tibère se coiffait d’une couronne de Laurier pendant les orages pour se préserver des éclairs.
Au moyen-àge, les universités adoptèrent cette plante
comme le signe de l’admission an doctorat ; ces couronnes de branches de Laurier avec les baies — bacca laurea — furent ainsi l’origine des mots baccalauréat et bachelier.
Les feuilles aromatiques du Laurier sont employées dans la parfumerie et pour remballage des fruits secs; les baies, dont l’odeur est encore plus forte, donnent, de même que les feuilles, une huile grasse qui a été employée en médecine.
Outre les espèces mentionnées à l’article Casse , le genre Laurus renferme encore le Laurus camphora , bel arbre de l’extrême Orient, et dont on extrait par distillation des branches et des racines, la substance connue sous le nom de camphre.
On a cru voir une allusion au camphre dans deux passages du cantique de Salomon, qui contiennent le mot kopher .
« Mon bien-aimé m’est comme une grappe de kopher dans les vignes de Henguédi. » (i, 13).
ce Tes plantes sont un verger de grenadiers, des fruits agréables, du kopher avec du nard.» (iv, 13).
Martin et Osterwald traduisent ce mot par troène , ce qui n’offre absolument aucun sens.
Le nom de troëne est appliqué aujourd’hui à un arbuste de la famille des Jasminées, le Ligustrum vulgare, jolie plante d’ornement, à fleurs odorantes mais qui ne produit aucun fruit, et qui ne peut pas être la plante à laquelle les passages que j’ai rappelés font allusion.
Bien des conjectures ont été faites sur cette question. On a remarqué que kopher a beaucoup de rapport
avec h a for, le nom donné aujourd’hui en Orient au camphre, mais rien ne prouve que le camphre ait été connu à l’époque dont il s’agit. On a tait observer qu il ressemble encore à *6npoç, plante à fleurs odorantes, le Lausonia inermis des botanistes modernes, que Pline décrit comme cultivée en Egypte :
Cypros in Ægypto est arbor ziziphi i'oliis, semine coriandri, flore candido, odorato. (Pline xii, 24).
Cette plante est le henni des Arabes. Les feuilles et l’écorce donnent par la décoction une matière jaune ou rouge (suivant le degré de concentration), dont les femmes orientales se servent pour se teindre les ongles et le pourtour des paupières. Cette coutume singulière paraît fort ancienne. Les Egyptiens la pratiquaient; on en a reconnu les traces sur des momies.
On a cru y voir une allusion dans Deut. xxi, 12, où il est parlé de faire Les ongles et où il faudrait peutêtre entendre se teindre les ongles.