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LA VIGNE

VITIS VINIFERA

Famille des Ampélidées. Arbrisseau sarmenteux et grimpant. Tige noueuse, à bourgeons velus et munie de vrilles glabres. Feuilles alternes, accompagnées de stipules à folioles palmées ; simples, palmatilobées ou palmatiséquées. Fleurs régulières, en grappes composées, verdâtres et odorantes. Galice monosépale, obscurément denté ; corolle à quatre ou cinq pétales très-caduques, insérés sur un disque glanduleux ; étamines au nombre de quatre ou cinq, opposées aux pétales et à filets libres ; style nul ou trèscourt. Fruit : une baie pulpeuse, blanche, rougeâtre ou noire, à saveur sucrée et contenant des graines osseuses, qui manquent quelquefois par avortement.

ucune plante n’est mentionnée dans la Sainte-Ecriture aussi souvent que la Vigne dont le nom ne se rencontre pas moins de cinquante-huit fois.

Le premier passage où il en est question c’est Gen. ix, 20; nous y lisons que Noé planta un vignoble , et s’enivra du vin qu’il récolta. Dans les livres poétiques de l’Ancien - Testament , comme d’ailleurs dans les écrits de tous les poètes de l’antiquité, la Vigne figure comme

l’emblème de la prospérité, de la fécondité, de la richesse; elle est en quelque sorte le type de l’agriculture, cette occupation primitive et naturelle de l’homme que les poètes ont toujours chantée comme l’image du bonheur terrestre :

O fortunatos nimium, sua si bona norint Agricolas! Quibus ipsa, procul discordibus armis, Fuudit humo facilem victum justissima tellus.

Gomme un signe de prospérité nous lisons, i Rois iv, -5, que Juda et Israël habitaient chacun sous leur vigne et sous leur figuier; et Habacuc dit à Israël (chap. iii, 17) comme une menace de disette et de malédiction, que « le figuier ne poussera pas et qu’il n’y aura point de fruit dans les vignes. »

Les espions envoyés par Moïse pour explorer la terre promise, n’ont pas trouvé de meilleur argument pour lui en démontrer la fertilité, que de lui apporter une grappe de raisin qui exigeait deux hommes pour la transporter. (Nom. xiii, 24.)

Enfin, Jésus-Christ se compare à un cep (Jean xv et ailleurs), comme une image de la richesse et de la fécondité de son amour et de la vérité qu’il enseignait.

La loi de Moïse, ce recueil de préceptes si souvent futiles et arbitraires en apparence, mais qui renferment généralement des vérités ignorées ou méconnues, contient une ordonnance très -remarquable sur la plantation des vignobles.

Chacun sait que la Vigne n’était pas cultivée dans les temps anciens et en Orient comme elle l’est aujour-

d’hui en France, c’est-à-dire en vignobles à ceps bas et sans mélange d’autres cultures; elle y était plantée, comme cela se pratique, du reste , encore aujourd’hui dans le midi de l’Europe et en Orient, en lignes au milieu des autres récoltes, et élevée sur des érables ou des ormeaux cultivés uniquement pour la soutenir. Ce système de plantation qui couvre la campagne de guirlandes est joli et poétique au plus haut degré, et c’est sans doute une des choses qui ont contribué à faire de la Vigne la plante favorite des poëtes; mais c’est un système qui ne s’accorde nullement avec les bons principes de viticulture. Les ceps longs ne produisent qu’un raisin inférieur; de plus, la Vigne ayant besoin d’engrais absolument différents de ceux qui conviennent à la plupart des récoltes, il est impossible de la traiter convenablement si elle est entourée d’autres cultures. Or cette vérité que la science commence aujourd’hui à proclamer, a été formulée par Moïse plus de 1,400 ans avant Jésus- Christ. Nous lisons dans Deut. xxii, 9, ce précepte remarquable :

«.Tu ne sèmeras point dans ta Vigne diverses sortes de graines, de peur que le tout, savoir les grains que tu auras semés et le rapport de ta vigne, ne soient souillés.»

Pour élucider le principe qui me paraît impliqué dans cette règle mosaïque, je rapporterai quelques lignes que j’ai écrite ailleurs sur la culture des vignobles :

L’engrais animal est essentiellement composé de matières albuminoïdes, de sels ammoniacaux et d’autres corps dont le principal caractère est d’ètre fortement azotés. Or, tous les végétaux absorbent et contiennent des matières albuminoïdes en plus ou moins grande proportion. Les céréales, la pomme de terre et, en général,

tous les légumes eu possèdent une très-grande quantité ; il convient, en conséquence, de les engraisser largement avec un fumier riche en azote; mais la vigne est du nombre des végétaux qui ne demandent à la terre qu’une quantité minime de ces matières, ses racines absorbant surtout de la chaux et de la potasse. Les matières azotées en trop grande quantité ne peuvent lui être que nuisible.

Chacun connaît la saveur âpre du raisin non mûr, saveur due à la présence de plusieurs acides organiques, de l’acide tartrique surtout. Chacun connaît aussi la transformation rapide qui a lieu dans le goût à mesure que le fruit approche de sa maturité. Que la saveur douce du raisin mûr soit le résultat d’une formation abondante de sucre, c’est ce qu’il est facile d’expliquer; on sait que la cellulose des végétaux se transforme facilement en glucose sous l’action d’une chaleur modérée et en présence d’un acide faible. Or, le raisin offre tous les éléments de cette réaction. La cellulose forme le tissu même du fruit, l’acide y est, le soleil fournit la chaleur. La glucose une fois formée, l’acide devient inutile, aussi ne tarde- t-il pas à disparaître en réduisant les carbonates qui se trouvent dans le raisin, et qu’il transforme en tartrates. Mais si les carbonates n’existent pas en quantité suffisante pour fixer tout l’acide tartrique, une partie de celui-ci restera à l’état libre et nous aurons du raisin aigre.

La condition d’un raisin doux, c’est donc la présence d’une quantité considérable de carbonate de chaux et surtout de carbonate de potasse lequel, grâce à sa solubilité, se met plus facilement que le premier en contact avec l’acide.

Non-seulement les vignes engraissées avec des matières azotées manqueront de potasse et donneront un fruit aigre, mais ces fruits présenteront un autre défaut dont les conséquences se feront sentir jusque dans la qualité du vin.

Les admirables découvertes de M. L. Pasteur sur les causes des fermentations, ont montré que l’oxydation de l’alcool dans la transformation du vin en vinaigre est due à l’action végétative d’une plante unicellulaire, le mycoderma aceti , dont chacun connaît l’apparance tantôt blanche et floconneuse à la surface du vin, tantôt visqueuse et gélatineuse dans la masse même du liquide

apparences désignées respectivement sous les noms de voile et de mère de vinaigre.

La condition du développement de ce mycoderme, c’est la présence dans le vin d’une certaine quantité de matière albuminoïde végétale, c est-à-dire d une matière azotée. Plus il y a de matières albuminoïdes dans le vin, plus la fermentation acétique sera disposée à se déclarer, et comme ce sont les engrais animaux qui fournissent ces matières à la vigne, il est vraisemblable qu il y en aura une forte proportion dans les vins provenant de vignes qui ont été fumées et que ces vins seront plus que d’autres sujets à s’aigrir.

Mais ce n’est pas seulement sur des expériences de laboratoire que repose la doctrine de l’emploi de la chaux et de la potasse comme principal engrais pour la vigne. Les beaux résultats obtenus par les propriétaires qui l’ont mise en pratique sont là pour en attester l’excellence. D’ailleurs, il y a des faits bien familiers à tous les vignerons qu’on peut citer pour prouver que les terrains dépourvus de potasse sont impropres à la culture de la vigne.

Pourquoi dit-on que les meilleurs vignobles sont ceux qui sont créés sur des terrains depuis longtemps boisés et qu’on a défrichés pour planter la vigne? Uniquement, parce que les matières végétales qui se sont accumulées depuis des années sur ces terrains étaient riches en potasse dont elles ont approvisionné le sol. Pourquoi le terrain de certains endroits ne convient-il à la vigne que pendant un temps limité? Parce que la provision de potasse que possédait le sol vient à être épuisée ; si on la renouvelait, le vignoble ne se fatiguerait jamais. 0)

Il en résulte que les engrais azotés, c’est-à-dire les fumiers animaux, qui conviennent à presque toutes les autres plantes cultivées, sont nuisibles à la vigne à laquelle il ne faut donner que des substances végétal^ avec de la chaux et de la potasse. Mais si la culture est mixte, si la vigne et les céréales sont cultivées pêle-mêle

(1 ) Faut-il engraisser les vignobles, et avec quoi?— Nice, 1870.

dans le meme champ, il devient impossible d’appliquer à chacune son propre engrais. Ne serait-ce point l’idée que Moïse avait en vue en donnant à Israël le précepte que j’ai rappelé ?

L’origine de la culture de la Vigne et de la fabrication du vin n’est point connue. Selon les uns Osiris, le Bacchus des Grecs, aurait découvert la Vigne à Nvsa en Arabie, et l’aurait introduite dans les Indes; selon les autres, Noé aurait été le premier vigneron et le type du Bacchus des Grecs.

Ce sont probablement les Phocéens qui ont transporté, la Vigne d’Orient en Europe et notamment à Marseille.

En Italie nous la rencontrons déjà au temps de Romulus, puisque ce prince défendit les libations de vin. Numa les permit de nouveau, selon Pline comme moyen politique pour favoriser la viticulture. Au temps de l’Empire Romain, la Vigne couvrait tous les coteaux des Gaules méridionales, mais Domitien les fit arracher, vers l’an 92, à la suite d’une famine pour faire semer du blé. Probus, vers 276, rendit aux Gaulois la liberté de planter la Vigne et ils ne tardèrent pas à en profiter.

La France possède aujourd’hui plus de deux millions d’hectares de vignobles, qui produisent en moyenne cinquante millions d’hectolitres de vin, ce qui représente un revenu annuel net d’environ cinq cents millions de francs.

La Vigne sauvage, Vitis sylvestris ou labrusca se rencontre assez fréquemment sur les collines et dans les bois de l’Orient et du Midi de l’Europe. On ignore si cette variété est l’espèce primitive, le type de la Vigne cultivée, ce qui supposerait cette plante originaire de près-

que tous les pays où elle est acclimatée aujourd’hui, ou bien si elle provient de graines semées accidentellement.

Dans certaines parties de l’Italie, dans les Maremmes du midi de la Toscane, par exemple, cette vigne croît en telle quantité dans les bois et le long des torrents que les paysans en récoltent les fruits qui sont petits, blancs ou noirs et extrêmement acides ; ils en font une espèce de petit vin aigre et peu alcoolique. On a cru reconnaître cette variété et son produit dans les passages

suivants : Job, xv, 33; Esaïe, v, 2; xviii, 5; Jér. xxxi, 29, 30.

L art de la vinification est non -seulement extrêmement ancien, mais il paraît avoir été connu dans les temps bibliques sous toutes les formes qu’il revêt aujourd hui. Nous trouvons dans la Bible des expressions qui indiquent clairement tous les différents genres de vins que nous possédons nous-mêmes; le vin mousseux seul paraît avoir été inconnu dans ces âges primitifs; cela se comprend facilement puisqu’on n’avait pas alors nos fortes bouteilles à champagne, sans lesquelles il est difficile de soumettre le vin à la pression nécessaire pour empêcher la fuite de l’acide carbonique.

Le vin est le résultat de la fermentation du jus de raisin. Ce phénomène est déterminé par la présence d’une plante, unicellulaire le Mycoderma vint qui agit d’une manière tout à fait analogue à son parent et successeux le Mycoderma aceti , dont je parlais tout à l’heure; seulement cette fois la réaction causée par le mycoderme, consiste dans la réduction de la glucose qui se scinde en alcool et en acide carbonique; ce dernier corps mis en liberté à l’état gazeux, monte tumultueusement à la

surface du liquide, occasionnant le bouillonnement que chacun connaît comme le caractère distinctif de la fermentation alcoolique. Le vin est trouble pendant la fermentation, extrêmement capiteux et même nuisible à l’estomac; c’est ce qui explique l’allusion aux « bulles » dans le magnifique passage suivant des Proverbes :

« Pour qui sont les rixes, pour qui les chagrins ?

« Pour qui les coups non provoqués ? pour qui les yeux troublés ? •

ce Pour ceux qui boivent longuement, qui viennent déguster le vin parfumé.

« Ne regarde pas le vin quand il est vermeil, quand il élève ses bulles dans la coupe et que sa liqueur est flatteuse !

« 11 finit par blesser comme le serpent et par piquer comme la vipère.

« Tes yeux se porteront alors sur les étrangères et ton cœur tiendra un langage pervers, et tu seras comme celui qui dort en pleine mer, comme celui qui s’endort au sommet d’un mât.

« Ils me battent : cela ne fait pas mal ; ils me frappent : je ne sens rien.

ce Quand me réveillerai-je ? J’y veux retourner ! »

Le mot employé ici est yciyin qui est l’origine du grec otvoç et qui désignait, comme ce mot, le vin d’une manière générale.

Le vin doux, c est à dire le jus du raisin exprimé avant la fermentation et peu fermenté est indiqué par le mot ciusis qui signifie piétinev , et dont l’équivalent grec est yXsuxcç. Il y est fait allusion dans cinq passages, entre autres, Joël, i, 5 : « Réveillez-vous, vous qui êtes

dans l’ivresse et pleurez ; et vous tous buveurs de vin, gémissez sur le moût! »

Le vin cuit, c’est à dire le vin concentré par l’évaporation d’une certaine proportion de ses parties aqueuses est désigné par sobhe ; cest le ci'pivoç otvoç des Grecs et le vinum passum des Romains. La concentration du jus du raisin s obtient, soit par la cuisson du vin déjà fabriqué, soit, et dans de meilleures conditions, par l’exposition du raisin cueilli à l’action de l’air ou du soleil pendant quelque temps avant de faire le vin. Ce dernier procédé est encore employé dans toute l’Italie pour la fabrication d’une foule de vins fins et liquoreux qui portent tous le nom générique de vini passi.

Le mot sobhe se trouve dans trois passages : Esaïe, i, 22; Osée, iv, 18; Nahum, i, 10.

Le mot mesech qui signifie mélange, s’appliquait, sans aucun doute, aux vins additionnés de drogues amères ou aromatiques, soit dans le but de les rendre plus capiteux, soit dans celui de leur donner un goût ou un bouquet particulier.

Le vinage des vins trop faibles pour se conserver longtemps remonte à la plus haute antiquité.

Il est pratiqué aujourd’hui avec de l’alcool; les anciens se servaient de toutes sortes de drogues ; certains voyageurs racontent qu’en Perse on emploie la chaux et la noix vomique , en très-petite quantité, bien entendu, puisque c’est un des poisons les plus actifs qu’on connaisse. Le Wermouth est la liqueur moderne qui rappelle le mieux ces vins drogués des anciens. On l’obtient en faisant infuser dans un vin blanc très-doux, de l’absinthe, du thym, du romarin et d’autres herbes aromatiques.

Le mot mesech se rencontre dans trois passages : Ps. lxxv , 9 ; Prov. xxiii, 30; Esaïe, lxv, il.

Le mot chometz dont l’équivalent grec est c&q, levure ou chose aigre , se rencontre dans Ruth, ii, 14, comme la boisson des moissonneurs, et dans Ps. lxix, 21, comme une boisson aigre.

Il est probable que ce mot s’appliquait au vinaigre, c’est à dire au vin qui est devenu aigre par la transformation de l’alcool en acide acétique ; mais dans ces deux passages, il est plus naturel d’y voir le petit vin , boisson rafraîchissante employée par les paysans encore aujourd’hui dans tous les pays méridionaux. On l’obtient en jet tant de l’eau sur le marc dans la cuve après le soutirage du vin; la fermentation se renouvelle, l’eau dissout certaines substances restées dans le marc et il en résulte un liquide aigrelet et légèrement alcoolisé qui ne se conserve pas longtemps, mais qui constitue une boisson agréable dans un climat chaud.

Nous n avons que peu de données pour nous fixer sur les contrées de la Palestine qui fournissaient les vins les plus estimés.

Nous lisons dans la « complainte sur Tyr » d’Ezéchiel (chap. xxvii, 18) :

« Damas faisait avec toi le commerce du vin de Helbon .»

Plusieurs versions rendent le mot helboii par vin fin ou doux; la Vulgate traduit vinum dulce coctum. Mais le Septuagint porte le nom propre XsX6wv c’est à dire le nom d’une très-ancienne ville de la Syrie que Ptolémée et Strabon décrivent sous le nom de XaXu6wv. Strabon ajoute meme que Chalybon était célèbre pour ses

bons vins. On suppose que cet endroit était sur remplacement de la ville moderne d’Aleppo.

Le vin du Liban est mentionné par Osée (chap. xiv, 7) : « Je serai pour Israël comme la rosée... et son re-

nom sera comme celui du vin du Liban. »

On trouve encore sur cette montagne des cuves et des réservoirs à vin taillés dans le roc par les Israélites, et les produits vinicoles du Liban sont classés même aujourd'hui parmi les meilleurs du Levant.

A côté des cépages féconds et précieux de Helbon et du Liban, la Palestine possédait aussi des contrées dont le sol ne produisait que des Vignes de qualité médiocre.

« Leur Vigne, dit Moïse en parlant des méchants, est du plant de Sodome et du terroir de Gomorrhe, leurs

grappes sont des grappes de fiel, ils ont des raisins amer. » (Deut. xxxii, 32).

On a voulu voir dans ce « plant de Sodome » le Solarium sanctum , la Coloquinte et d’autres plantes à propriétés toxiques; mais n’est-il pas plus naturel d'entendre le passage littéralement et de l’appliquer aux Vignes des environs des villes englouties dont le sol ne devait certainement pas être favorable à la viticulture ?

La bouteille de verre était inconnue dans les temps anciens ; le tonneau parait même une invention relativement récente; les Romains le possédaient mais il était inconnu des Egyptiens et des Israélites.

Les peuples orientaux n’avaient pour conserver leurs vins que des vases de terre de toutes les formes et toutes les dimensions, des réservoirs taillés dans le roc et des outres, c’est à dire des peaux d’animaux convenablement préparées et cousues de manière à contenir un liquide.

L’outre est mentionnée dans la Sainte-Ecriture pour la première fois dans Josué, ix, 4 :

« Mais les habitants de Gabaon apprenant comment Josué avait traité Jéricho et Aï, eurent de leur côté recours à la ruse. Ils partirent donc et allèrent en embuscade, et ils emportèrent sur leurs ânes des sacs usés et des outres à vin usées, trouées et raccommodées et à

leurs pieds de vieilles sandales rapiécées et sur eux-mêmes des haillons. Et ils se rendirent vers Josué au camp de Guilgal, et lui dirent ainsi qu'aux hommes d’Israël : Nous arrivons d’un pays lointain; accordez-nous donc une alliance. »

Plus loin pour persuader à Josué que leur histoire était vraie, ils ajoutent (vers. 13) : « Ces outres à vin que nous avions remplies neuves, les voilà trouée. »

Jésus- Christ parle de l’inconvénient qu’il y a à renfermer du vin nouveau dans de vieilles outres. (Matt ix, 17.)

L outre vieille n ayant pas assez de force pour résister à la pression causée par le développement d’acide carbonique qui a toujours lieu dans le vin nouveau, il est évident qu elle devra nécessairement céder à la force expansive du vin; mais l’outre neuve formée d’un cuir qui n a pas encore subi cette forte tension s’agrandira considérablement avant de se rompre. L’outre neuve même, si on ne laisse pas échapper le gaz de temps en temps, est susceptible d’éclater ; c’est à quoi il est fait allusion par Elihu (Job. xxxit, 19) :

« Voici mon sein est comme un vin qu’on n’a pas ouvert, comme des outres qui vont éclater. »

Le vin, lorsqu’il est convenablement fabriqué et sur-

tout lorsqu’il est pur, constitue une boisson agréable, saine, nécessaire meme pour beaucoup de tempéraments surtout dans les climats chauds où le travail épuise promptement les forces de l’homme.

L’abus du vin et des liqueurs distillées et fortement alcooliques, l’ivrognerie, cette plaie sociale des pays froids, a produit dans ces mêmes pays, une réaction qui, en cherchant à supprimer complètement l’usage de toute boisson alcoolique, semble avoir manqué son but en le dépassant, puisqu’elle vise à priver l’humanité de toute une classe de boissons précieuses pour la santé, agréables au palais, exhilarantes pour l’esprit, et dont il est

certainement convenable et sage d’user, pourvu qu’on n’en abuse pas.

Les sociétés de* tempérance ou d’ abstinence totale qui existent en si grand nombre en Angleterre et en Amérique sont tombées dans cet extrême. On comprend que le spectacle de l’ivrognerie poussée à l’excès ait déterminé cette réaction, mais on doit admettre ici comme en toutes choses, que la vérité ne se trouve ni à l’un ni à l’autre des deux extrêmes. La parole d'Horace ne trouve nulle part une meilleure application qu’ici :

Est modus in rebus, sunt certi denique fines Quos ultra, citraque, nequit consistere rectum.

La proscription totale des boissons alcooliques, soit par des lois, soit par des influences sociales, si elle préserve matériellement un certain nombre d’hommes de s’enivrer, ne déracine nullement le vice et ne détruit point le goût de l’ivrognerie chez ceux qui en sont susceptibles.

Loin de là, les lois qui interdisent la vente des spiritueux, comme aux Etats-Unis dans l’Etat du Maine, par exemple, ont nécessairement pour effet de rendre les boissons alcooliques un objet de luxe difficile à se procurer, un fruit défendu qu’on savoure, quand on l’obtient, d’autant plus qu’on en a été privé.

On s’enivre dans les pays du Nord, on' ne s’enivre pas dans le Midi; pourquoi? parce que dans le Nord le vin est rare et cher, tandis que dans le Midi il est abondant et à bon marché. On peut tirer de là ce précepte qui ressemble à un paradoxe, mais qui n’en exprime pas moins une grande vérité : Si vous ne voulez plus cV ivrognes, plantez des vignes.

Les sociétés d’abstinence d’aujourd’hui étaient représentées chez les anciens Juifs par la singulière secte ou famille des Réchabites. La proscription du vin parmi eux ne parait pas cependant avoir été destinée autant à prévenir l’ivrognerie qu’à former avec d’autres privations qu’ils s’imposaient, le programme d’une vie austère, toute consacrée aux pratiques religieuses et à des occupations sérieuses. Voici comment Jérémie nous fait connaître les Réchabites :

a Et je pris Jaasénia et toute la maison des Réchabites et je les amenai à la maison de l’Eternel Et

je plaçai devant les fils de la maison des Réchabites des coupes pleines de vin et des calices, et je leur dis : Buvez du vin. Mais ils dirent : Nous ne buvons pas de vin; car Jonadab, fils de Réchab, notre père, nous a donné ce commandement : Vous ne boirez point de vin, ni vous, ni vos fils, à perpétuité; et vous ne bâtirez point de maisons et ne sèmerez aucune semence et ne planterez

ni ne possèdeiez des Vignes ; mais vous habiterez sous des tentes toute votre vie, afin que vous viviez longtemps dans le pays où vous séjournez. » Jér. xxxv, 3.

Le vice de l’ivrognerie est constamment condamné dans les Saintes-Ecritures :

(( Le vin est moqueur, la cervoise tumultueuse;

« Qui par eux se laisse étourdir n’est pas sage. »

Prov. xx, 3.

« L’amateur du plaisir tombe dans l’indigence;

(< Et celui qui aime les vins et les parfums ne s enrichira pas. » Prov. xxi, 17.

« Ne vous enivrez point de vin dans lequel il y a de la dissolution, mais soyez remplis de l’Esprit. » Eph. v. 18.

Mais 1 usage du vin avec modération est traité de légitime d’une manière également constante; notre Seigneur Jésus-Christ, d ailleurs, nous en a donné l’exemple dans un des premiers et dans un des derniers actes de sa carrière publique : aux Noces de Cana et dans l’institution de la Sainte-Cène.

Voici quatre passages en présence desquels il serait difficile de ne pas admettre que le vin est un des produits de la terre que Dieu a donnés à l’homme comme une bénédiction :

« Il fait croître l’herbe pour les animaux

« Et les plantes pour le service de l’homme;

« Tirant ainsi le pain du sein de la terre,

« Et le vin qui réjouit le cœur de l’homme

ce Et qui, plus que l'huile, fait resplendir son visage. »

Ps. civ, 14.

« Donnez de la cervoise à qui va périr « Et du vin à qui a l'amertume dans le cœur ; <( Qu il en boive et oublie sa misère,

« Et de ses peines perde le souvenir! »

Prov. xxxi, 6.

« Ainsi parle P Eternel : Comme quand il se trouve du suc dans le raisin, ou dit : Ne le détruis pas car il y a là une bénédiction ! Ainsi agirai-je pour P amour de mes serviteurs »

Esaïe, lxv, 8.

<c Et 1 Eternel dira a son peuple : Voici, je vous

envenai le blé et le moût et l’huile, et vous en serez rassasiés. »

Joël, ii, 19.

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