‹ La botanique de la bibleChapitre 58 sur 76 · LES ÉPINES · texte numérisé non relu

LES ÉPINES

*§fn rencontre dans la Sainte -Ecriture plus de vingt mots qui sont traduits dans les versions modernes par épine, ronce, chardon , etc.

Inutile de faire observer qu’ici plus que partout ailleurs il est impossible d’indiquer des espèces. Le nombre prodigieux de plantes épineuses qui encombrent le sol de la Palestine, comme du reste celui de tous les pays chauds, rendent le choix de l’exégète extrêmement difficile. Voici comment Celsius s’est exprimé sur ce sujet dès le dix-septième siècle :

Fuerunt in Judæa haud pauca loca a spinis diversorum generum denominata, quod esset hæc terra non tantum lacté et melle fluens, sed herbis quoque inutilibus et spinis multifariis passim infestata.

Voici quelques-uns des mots en question avec les conjectures qu’on peut faire quant aux plantes qu’ils désignaient :

Le mot kotz se rencontre très - fréquemment dans toute la Bible; le Septuagint le traduit toujours par axavOa ; c'est évidemment un mot d’un sens général qui correspond à notre expression épines. Il existe dans Gen. iii, 18 : a Le soi te produira des épines et des chardons. » Nous retrouvons le mot axavOa dans le Nouveau - Testament, comme dans Matth. vii, 16 : « Cueille-t-on des raisins sur des épines? »

Le mot atad se rencontre dans trois passages où Je Septuagint le traduit par papoç, ce qui indiquerait qu il s agit non de notre ronce comme les versions modernes le feraient croire mais des plantes extrêmement épineuses de la famille des Rhamnacées, les R hanimcs, les Zyziphus et les Paliurus fvot l’article : Epine du Christ, page 41).

Voici les trois passages en question : « Et arrivés à 1 aiie d cttcid, c est-à-dire le lieu appelé atad , ou des épines, — ils firent une grande lamentation.» Gen. l, 10.

« Les arbres se réunirent pour oindre un roi qui îégnat sui eux, et ils dirent à l’olivier : Règne sur nous! Et l'olivier leur dit : Renoncerais-je à mon huile qui m attire 1 estime des dieux et des hommes pour aller me balancer au-dessus des arbres?

« Alors les arbres dirent au figuier : Règne sur nous ! Mais le figuier leur répondit : Renoncerais-je à ma douceur et à mon fruit exquis pour aller me balancer au-dessus des arbres?

« Alors les arbres dirent à la vigne : Eh bien ! toi régné sur nous! Et la vigne leur dit : Renoncerais-je à ma liqueur qui réjouit les dieux et les hommes pour aller me balancer au-dessus des arbres?

« Alors les arbres dirent à l’Épine (atad) : Eh bien ! toi, règne sur nous! Et Y Épine répondit aux arbres : Si en vérité vous voulez m’oindre pour m’établir roi sur vous, venez et abritez-vous sous mon ombrage; sinon il sortira de l’Épine un feu qui dévorera les cèdres du Liban. » Juges, ix, 8-15.

Le caractère d’inutilité absolue qui appartient à la plupart des Rhamnacées répond très-bien à l’esprit de cette admirable allégorie, et le peu d’ombre que les Rhamnus et les Paliuvus sont capables de donner explique très -bien l’amère ironie de la réponse de l’Épine.

« Avant que vos chaudières aient senti le feu des Epines , il emportera par la tempête et l’Épine qui est encore verte et celle qui brûle déjà. » Ps. lviii, 9.

Ici encore les plantes que je viens de signaler répondent parfaitement au sens du passage, car elles sont sèches et faciles à allumer.

Le mot choctc/i se rencontre dans plusieurs passages et a été rendu par plusieurs, mots différents. Le Septuagint le traduit tantôt par àxavOa, tantôt par xv»ïj, ortie .

Ce mot ne devait pas désigner une espèce particulière. Dans 'l Rois, xiv, 9, il devait désigner une plante herbacée, — l’Ortie ou le Chardon :

(( Le Chardon (choach) du Liban envoya ce message au cèdre du Liban : Donne ta tille en mariage à mon fils. Alors les bêtes sauvages du Liban passèrent sur le Chardon et l’écrasèrent. »

Il en est de même dans Job, xxxi, 40 : « Que les Chardons (choach) croissent à la place du blé. »

Mais dans Prov. xxvi, 1), ce mol semble indiquer plutôt une grande épine provenant d’une plante lignacée, d’un arbre : « Une épine qui entre dans la main d’un homme ivre. »

Le mot dardar, se rencontre une seule fois, Gen. iu, 18. Le Septuagint le rend par tpiêoXoç, mot que nous retrouvons dans le Nouveau-Testament, et que les Grecs appliquent aux chardons, aux centaurées et autres hérités épineuses qui croissent dans les terres cultivées. rp'ioXo? est traduit et probablement avec raison par Chardon dans les passages suivants : « Cueille-t-on des figues sur des Chardons? » Matt. vu, 16. « Mais la terre • clui ne produit que des épines («xavda) et des chardons (■cpiîiXouç) est abandonnée. » Héb. vi, 8.

Le mot chedek se trouve dans deux passages : Prov. xv, 19 : «La voix du paresseux est comme un haie d’Épines (chedek). » Michée vii, 4 : Le meilleur d’entre eux est comme un buisson d’Épines [chedek), le plus droit pire qu’une haie. »

La seule donnée que nous ayons pour nous guider dans le sens à donner à ce mot est le nom arabe chadak qui est appliqué aujourd’hui à certaines Solanées épineuses, tel que le Solanum sanctum ou spinosum, buisson redoutable qui abonde en Orient et qui est très-propre à former des haies infranchissables. Cet arbuste dont les longues épines s’entrecroisent dans tous les sens, produit une fleur semblable à celle de la pomme de terre {Solanum tuberosum) et un fruit, jaune d’abord rouge

ensuite, de la grosseur d’une prune et contenant des graines noires.

Le mot shcimvr est souvent employé par Esaïe et

toujours en association avec shait. Voir : ch. v, 6; VIL 23; ix, 17; x, 17; xxvii, 4; mais il est impossible de préciser les plantes que ces noms indiquaient ; il s agit sans doute de toutes sortes de buissons épineux.

Il en est de même du mot sillon employé par Ezéchiel, (ch. xxviii, 24), du mot sikkim qui se rencontre dans Nom. xxxiii, 55, et de plusieurs autres expressions sur la signification exacte desquelles il est inutile de faire des conjectures.

En somme, les mots hébreux que nous traduisons par épines, chardons, ronces, orties, etc, paraissent avoir indiqué les plantes épineuses et sauvages d’une façon très-générale. Or, les plantes épineuses de l’Asie- Mineure sont surtout les Rhamnacées, les Solanées, les Centaurées et les Chardons.

Le genre Cardans lui-même compte une infinité d’espèces dont un grand nombre sont originaires de l’Orient. Le Cardans marianus est une des plus grandes et des plus belles, et elle abonde dans tous les pays méridionaux.

Une légende singulière s’attachait à cette plante au moyen-âge. On prétendait qu’une goutte du lait de la vierge Marie était tombée sur un chardon, et que la tache blanche s’était multipliée et perpétuée, produisant ainsi l’espèce qui a reçu en conséquence le nom de Cardans marianus ou Chardon Notre-Dame .

Les jeunes feuilles de ce chardon, débarrassées de leurs épines, sont mangées en salade dans plusieurs pays ; le réceptacle de ses fleurs peut remplacer nos artichauts et ses racines plaisent à un grand nombre d’animaux,

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