LES JONCS
Wnc Je mots sont traduits par jonc et roseau dans les versions modernes des Saintes-Ecritures.
J ai traité, à 1 article Roseau , de la vraie Canne ( Arundo clonax), mentionnée dans la Bible sous le nom de kaneh, et à laquelle il faut probablement rappoitei aussi le mot agmon que nous rencontrons dans Job xli, 20; Esaïe ix, 13; xix, 15; lviii, 5. Dans ces
passages, Osterwald traduit tantôt par chaume , tantôt par jonc.
Les autres mots sont :
Aroth, employé une seule fois, Esaïe xix, 7, où Osterwald traduit prairies :
« Et on fera détourner les fleuves les prairies
qui sont auprès des ruisseaux et sur l’embouchure du fleuve, et tout ce qui aura été semé vers les ruisseaux séchera et sera jeté loin et ne sera plus. »
A chu, employé dans Gen. xli, 2 : « Sept jeunes vaches montaient hors du fleuve et paissaient dans
des marécages . » Job. viii, 11 : « Le Papyrus montera-t-il sans limon? L 'herbe des marais croîtra-t-elle sans eau? »
Suph, employé dans Ex. n, 3, 5 : « Elle posa le berceau (avec l’enfant Moïse) parmi des roseaux au bord du fleuve.» Jon. ii, 6 : « Les roseaux m’avaient entouré la tête. »
Gomme on le voit, il est difficile de préciser le sens de ces trois mots; il faut se laisser guider par le contexte; ainsi dans les passages: Esaïe xix, 7; Gen. xli, 2; Job viii, 11, il faut évidemment traduire par herbes des marais , en entendant les Joncs et autres graminées qui sont propres aux prairies humides et aux bords des fleuves.
Dans Ex. n, 3, jonc serait une meilleure traduction que roseau ; et dans Jon. ii, 6, c’est évidemment par algues qu’il faut rendre suph.
Le vrai jonc ( Juncus commuais) est une plante trop cosmopolite et trop connue pour qu’il soit besoin de la décrire, ni de mentionner les nombreux usages auxquels elle sert.
Outre le Jonc commun on remarque dans les marais de l’Orient, et notamment sur les bords du Nil, le Jonc comestible ( Cyperus esculentus ) et le Jonc fleuri ( Butomus umbellatus), qui pouvaient fort bien être désignés dans le songe de Pharaon et dans le récit de l’exposition de Moïse.
Nous rencontrons encore le mot gome dans plusieurs passages importants et on peut, avec une certitude presque complète, le traduire par papyrus.
Voici quelques-uns des passages en question:
« Ne pouvant le tenir caché plus longtemps, elle prit un batelet de papyrus qu’elle enduisit de poix et de résine et elle y plaça l’enfant, et l’exposa dans les joncs au bord du fleuve. » (Ex. n, 3.)
« Le papyrus grandit-il où il n’y a pas de marais ? » (Job viii, 11.)
« Terre aux navires ailés qui es au delà des fleuves d Ethiopie, toi qui envoies des messagers sur la mer dans des nefs de papyrus sur la surface des eaux!
Allez, émissaires légers » (Esaïe, xviii, 1.)
Celsius fait dériver le mot g orne du verbe gimme :
Absorbera, bibere quia in aqua nascitur et aquam semper îmbibit. ^
Dans le Septuagint ce mot est rendu par 7ra7ïupoç dans Job mii, 11, et par êiêXtvaç dans Esaïe, xviii, 2.
Le Papyrus, Cyperus papyrus , est une belle plante aquatique. Sa tige triangulaire s’élance hors de l’eau jusqu’à la hauteur de trois ou quatre mètres. La fleur entourée au commencement par un spathe, forme un plumet touffu, penché d’un côté, qui flotte gracieusement sous 1 action du vent. Cette belle plante formait autrefois des fourrés impénétrables au bord du Nil, dans la Basse-Egvpte, et dans les marais de l’Asie- M meure. Aujourd’hui on n’en trouve en Afrique que sur le Nil blanc en Nubie et, en Palestine, près du lac
de Gennézareth et dans les marais impraticables de Huleh, l’ancien Mérom
Pline rapporte que le Papyrus croissait en Egypte
(1) T. ist, am. Natural History of lire Bible,
et en Syrie de son temps, mais que dans ce dernier pays on ne s’en servait que pour faire des cordes :
Priusquam digrediamur Ægypto et papyri naturæ dicetur
Papyrus ergo nascitur in palustribus Ægvpti an t quiescentibus Nili aquis, ubi evagatæ stagnant duo cubita non excedente altitudine gurgitum
Ex ipso quidem papyro navigia texunt. Et e libro vêla, tegetesque, necnon et vestes atque strangula ac fîmes..... Nascitur et in Syria circa quem odoratus ille calamus lacum. Neque ad alios usus illis quam funibus. Rex Antigonus in navalibus usus est rebus (Pline xiii, 11.)
Au bord de l’Euphrate, au contraire, dans les environs de Babylone, on en faisait du papier.
La fabrication du papier avec la tige et la moelle du Papyrus remonte à une très-haute antiquité. Il n’y a
nul doute que cet art n’ait été inventé aux beaux jours de l’ancienne Egypte; il paraît antérieur à l’invention du parchemin. Le procédé était des plus simples. La tige du 'papyrus n’est feuillée qu’à sa base; chaque feuille part d’une gaîne qui l’entoure sous l’eau. On prenait ces gaines, on les aplatissait, on les étendait, bord a bord, sur une surface bien plane et unie, on mettait une autre couche par dessus en travers et on soumettait le tout à une forte pression : le papier était fait.
Le papier le plus fin était fabriqué exclusivement avec la moelle; c’était Y hiératique; on le réservait pour les manuscrits sacrés :
Hieratica appellabatur antiquitus, religiosis tum voluminibus dicata, quæ ab adulatione Augusti nomen accepit. Sicut seeunda Liviæ a conjuge ejus. (Pline xiii, 11.)
Après la conquête de l’Egypte par les Romains ce pays
a fourni presque tout le papier qui était employé à l\ome et ce produit est devenu ainsi un article important de commerce entre l’Egypte et l’Italie.
Ce commerce, et par conséquent l’emploi du papier de papyrus en Europe, persista jusqu’au huitième siècle ; mais dès l’invasion de l’Egypte par les Arabes, la fabrication du papier disparut sur les bords du Nil
ce qui amena en Europe l’emploi du papier de coton, inventé anciennement, dit-on, par les Chinois. Ce n est qu’au onzième siècle que les Maures d’Espagne ont commencé à faire du papier avec la fibre du chan-
vre et du lin.
Le Papyrus ne servait pas seulement à la fabrication
du papier; comme il résulte de la citation de Pline
donnée plus haut, on en faisait des canots légers en
tressant les tiges comme les branches de saule dans la
vannerie de nos jours, et en les enduisant, comme la
mère de Moïse, « de poix et de résine. » Le voyageur
Biuce fait remarquer que ces canots sont encore en
usage en Abyssinie, ce qui explique très-bien l’emploi
du mot papyrus dans le passage, Esaïe xviii, 1. On
assure même que la racine du Papyrus a le goût de
la reghsse et qu’on l’employait autrefois comme cette substance.
LE KIKAJON
^ci encore on ne peut rapporter que des conjectures. Le mot kikajon (Jonas, iv, 6) est rendu dans d’autres versions par gourde , palmiste, ricin et lierre ; mais les gourdes, quoique d’une croissance rapide, ne s’élèvent pas sans soutien et ne poussent point dans les terres arides; le palmiste ( Chamœrops kumilis) est d’une croissance des plus lentes. Le ricin croît rapidement et le grand développement de ses feuilles répondrait assez bien aux conditions du récit.
Le Septuagint traduit xoXowjvQy;, mot souvent rendu en latin par cucurbita, ce qui a donné lieu à la traduction moderne de gourde. Niebuhr voit le Kikajon de Jouas dans le Lagenaria vulgaris , grande courge abondante en Orient, mais il ne donne aucun argument à l’appui de son hypothèse.
Ceux qui traduisent ce nom par Ricin se fondent sur la ressemblance qu’il y a entre Kikajon et hiki , mot em-
ployé par Dioscoride en parlant du ricin. Voici la description qu’il donne de cette plante:
« Ricini nomen accepit a similitudine quce est illius semini cum ricino animali. Arbuscnla est parvæ ficus altitudine, toliis platani, truncis, ramisque cavis, in calami modum, semine in uvis asperis. »
(Dioscoride, iv, 164, tusoi lumoç).
On ne saurait mieux décrire en moins de mots le Ricinus communis qui était d’ailleurs très-connu dès les temps les plus reculés. Hippocrate le mentionne comme étant employé en médecine; Hérodote en parle, comme un produit de l’Egypte, sous le nom de ccXXixuxpiov et donne le nom de xûu à l’huile qu’on exprimait des graines. Des graines de ricin ont été trouvées dans des Sarcophages très-anciens.
Mais les conjectures sur cette question demeureront toujours sans résultat, car le Kikajon de Jonas fut, comme le dit poétiquement l’écrivain sacré, l’enfant d’une nuit et, quelque rapide que soit la croissance de certaines plantes, aucune ne pourrait, à moins d’un miracle, atteindre dans quelques heures les dimensions nécessaires pour abriter un homme des ardeurs du soleil.