CHANT ONZIEME
En ce temps-là la France était en de'sarroi. Les premiers de TEtat foulaient aux pieds la loi ; Ministres, se'nateurs, députés, sans scrupules, Epris d^un vif désir de grossir leurs pécules. Trafiquaient à Tencan de leur autorité.
Non seulement chacun pouvait à volonté, Moyennant quelqu'argent, rougir sa boutonnière, Mais encore acheter avec licence entière Une place, un emploi, l'arrêt d''un tribunal, Un titre, un passe droit, bref tout en général.
Adressant un appel à Tor des gobe-mouches, D'honnêtes gens fondaient des Sociétés louches,
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Dont du reste ils savaient se retirer à temps Avec d'énormes gains. Les autres, plus prudents, Préféraient emprunter le secours d'un beau-frère Ou d'un ami, chargé de conclure une affaire Et d'en rendre le compte ensuite à leur mandant. On le savait, mais nul ne protestait pourtant, Caries volés comptaient sur un sort favorable Pour faire un Jour aussi ce trafic profitable.
Alors sortit du sein du peuple un justicier Qui s'appelait Gilly. C'était un ouvrier Qui faisait des tonneaux. Dieu, lui mettant la foudre A la main, lui dit : « Va ! Hâte-toi de dissoudre La Chambre, ce ramas d'escrocs et de bandits : Dénonce les voleurs qui pillent ton pays ! » Et Gilly répondit : « Votre bonté m'accable. Seigneur, mais je ne suis qu'un pauvre misérable Ignorant et borné. Donc, sans vous offenser, Daignez me dire au moins qui je dois dénoncer.
— Va ! reprit le Seigneur, dénonce tout de même. Sur les puissants du jour lance ton anathème : Je conduirai tes coups au but qu'il faut toucher ! » Et l'ouvrier Gilly, sur-le-champ, sans broncher,
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Se mit à dénoncer en son langage inculte. Alors se produisit un immense tumulte.
Les dénoncés en bloc lui tombant sur le dos Assignèrent Gilly devant les tribunaux ; Le justicier fut mis en prison pour ses crimes, Et Ton distribua ses biens à ses victimes.
O Rouvier ! ô Baihaut ! ô Cazot ! ô Raynal !
Gens loyaux, gens très bons, miroirs de sens moral,
Trônes de pureté, réceptacles de gloire,
Temples d'honneur, vaisseaux de splendeur, tours d'ivoire,
Etoiles du matin, merveilles de nos jours.
Sages conservateurs des fonds secrets, secours
Du pauvre actionnaire, ornements de nos fastes,
Gens très forts, très puissants, très vertueux, très chastes,
Combien vous avez dû souffrir au fond du cœur
Des accusations de Giily l'imposteur !
Mais, puisque grâce à Dieu votre cause est gagnée. L'insulte vous sera désormais épargnée.
Les tribunaux saisis en chœur vous ont absous ; Le public à son tour s'est prononcé pour vous, Et maintenant encor tout le monde s'accorde A trouver que Gilly méritait bien la corde.
Puisse donc son destin faire réflécliir ceux Qui voudraient dénoncer les puissants vicieux Au lieu de s'arranger ensemble à Tamiable, Ce qui presque toujours est bien plus profitable.
Si je rappelle ici cette histoire d'antan, Ce n'est que pour flétrir un perfide cancan, D'après lequel Gilly, Taustère démocrate, Se serait sans pudeur laissé graisser la patte Par Targent corrupteur du brave général Pour dénoncer Rouvier et son ami Raynal. Une imputation si bassement formée Ne peut de mon héros ternir la renommée. Du reste tout son temps était alors acquis Aux travaux qu'il faisait pour sauver le pays.
Qu'on en juge plutôt. Quatre fois par semaine Le soir il s'arrachait de son amante en peine Pour aller, disait-il, avec des ennemis Du régime actuel, tenir près de Paris, Dans un vieux souterrain, un conciliabule Où figuraient beaucoup de gens à particule Et qui le plus souvent durait jusqu'au matin. Plusieurs fois la duchesse avec un ton câlin
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Avait sollicité la faveur d'entreprendre
Cette course avec lui; mais bien loin de se rendre
A ce vœu naturel, il Pavait rejeté, Car la duchesse aurait compromis sa santé Dans ce vieux souterrain dont Tair était humide. Il jura même avec un sang-froid intrépide (^u'on y voyait parfois des spectres biscornus. La duchesse effrayée alors n'insista plus ; Mais lorsque son amant s'en allait de chez elle, Le soir, elle souffrait une angoisse mortelle, Et quand au petit jour il rentrait échiné Elle allait le coucher dans son lit bassiné.
Les meilleurs partisans du général du reste
L'accusaient hautement d'inaction funeste
Quand une heure passait sans qu'on parlât de lui.
« Hé quoi ! s'écriaient-ils tout tristes, aujourd'hui
Carnot avec sa bande, en carrosses de princes.
S'en va pompeusement visiter ses provinces ;
A peine s'il entend quelques rares sifflets ;
En revanche partout il reçoit des bouquets,
Des robes pour sa femme, et souvent pour lui-même
De beaux gilets en poil de chien d'un prix extrême.
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Et toi tu ne fais rien ! Tu t^endors au milieu
De tes succès passés! Qu'attends-tu donc, morbleu ?
Allons, éveille-toi. Parle, vom.is Tinsulte,
Préside des banquets, excite le tumulte
Afin que les Français constatent bien toujours
Que tu t'occupes d'eux. » Frappé de ces discours,
D'abord le général tous les jourâ fit connaître
Le théâtre où le soir on le verrait paraître.
Chaque fois sa présence excitait des transports
Si brûlants qu'ils faisaient la rage des ténors.
Mais tout cela n'était pour lui qu'un intermède.
« Ecoute-moi, lui dit un matin Déroulède,
Il ne te suffit pas d'aller de temps en temps
Te faire saluer par les honnêtes gens.
Il te faut les moyens de soulever la rue,
Lorsque tu jugeras que l'heure en est venue.
Hé bien ! mon cher, je viens t'apporter ces moyens.
Sous mes ordres rangés, cent mille citoyens,
Les meilleurs, les plus purs de leurs compatriotes
Marcheront avec toi, quand tu mettras tes bottes,
Pour aller châtier la bande de gredins Qui de notre pays dirige les destins.
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Désormais sois leur chef, car toi seul en est digne. En même temps reçois de mes mains, comme insigne De ton commandement, cette trique d'iionneur Dont tu te serviras, j'espère, en vrai Ligueur. » Déroulède, en disant ces paroles, présente Vu brave général une canne effrayante kir laquelle on lisait ces mots « Cogne dessus ». In outre il a prescrit aux Ligueurs résolus
)e venir protester pour le vingt-six octobre lontre un gouvernement d'infamie et d'opprobre, .e héros aussitôt convoque ses amis, it le jour indiqué, la moitié de Paris "apprêtant au combat descendait dans la rue. •Q brave général affirmait qu'à sa vue. es ennemis fuiraient immédiatement ans même résister. xMais au dernier moment, I consentit, vaincu par la duchesse en larmes, demeurer chez lui loin du fracas des armes.
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tmgs à Paris sont souvent dangereux ; is ce jour-là surtout, bien qu'ils fussent nombreux, es amis du héros n'étaient point à la noce, peine les voit-on descendre du carrosse,
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Que des milliers de bras viennent les arrêter.
L'exe'crable Floquet est aile' recruter
Au bagne des bandits et des récidivistes
Pour faire chouriner les révisionnistes !
En vain Tardent Vergoin, méprisant le danger.
Veut parler en faveur du brave Boulanger.
La foule sous ses cris étouffe sa harangue;
Il faut faire marcher les poings et non la langue.
En effet les pavés déjà sillonnent Tair
Et de loin, la police arrive, sabre au clair,
Au secours des bandits. D'autre part la cohorte
Des courageux Ligueurs accourt prêter main-forte
Aux amis du héros, L''indomptable Dillon
Assomme cinq agents à grands coups de bâton,
Et Déroulède crie avec sa voix vibrante :
« Il en a tué cinq ; moi, j'en tuerai cinquante ! »
Il dit, et s'élançant avec d'horribles cris Sur les sergents de ville, arrache leurs habits. Mais soudain les bandits au sein de la mêlée, Sortant des revolvers, font feu. D'une volée, Ils étendent à terre au moins trente Ligueurs, Et sur-le-champ, poussant d'effroyables clameurs,
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Il s'élancent en bloc contre leurs adversaires. Ceux-ci, frappés d'effroi par la mort de leurs frères, Hésitent, et de rœil se consultent entre eux. Les agents, revenant au combat plus nombreux,
Assaillent brusquement Déroulède, et ces drôles Arrachent à leur tour de dessus ses épaules Sa grande houppelande. Ivre de désespoir, Déroulède s'efforce en vain de la ravoir. « A moi ! s'exclame-t-il, à moi les patriotes ! Lâches ! laisserez-vous votre chef en culottes ? Vengeance! Suivez-moi, cet affront veut du sang! » Et d'un bond au combat il revient prendre rang. Pendant ce temps, Naquet au destin qui Topprime Oppose également un courage sublime.
Sans pitié, sans pudeur, ce vieillard chargé d'ans
Allait être égorgé, lorsque ses partisans,
Tombant sur les bourreaux comme un choc de mitraille,
Le délivrent soudain. Mais durant la bataille
Hélas ! il a perdu son fond de pantalon ;
Par bonheur il lui reste encor son caleçon.
Cependant le combat déjà touche à son terme.
Sur presque tous les points les Ligueurs tiennent ferme,
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Mais il est évident qu'ils sont à bout d'efforts. Quarante-cinq des leurs, en effet, de leurs corps
Encombrent les trottoirs, les ruisseaux, la chaussée.
Beaucoup d'autres, pestant après leur odyssée,
Gisent, les bras cassés ou le crâne fendu.
Déroulède lui-même, estimant tout perdu,
Renonce à recouvrer sa grande houppelande.
Il forme autour de lui ses compagnons en bande,
Et, chargeant ses Ligueurs de résister encor,
Il s'empare, suivi de son état-major,
D'un tramway, qui par là passait à peu près vide
Et qui les conduit loin du combat fratricide.
Ils ne s'en vont pas tous, hélas ! L'infortuné Vergoin, par sa fureur belliqueuse entraîné, Vient d'être fait captif. En vain il hurle, il pousse Des appels effrayants, il crie à la rescousse. Seul, le ricanement des vainqueurs lui répond. L'un d'eux, dardant sur lui son regard furibond. Saisit son pistolet. « Ton âme est-elle prête ? Dit-il. Attention ! je te vise à la tête ». Mais voici qu'une femme aux habits en lambeaux S'élance tout à coup au devant des bourreaux.
« Grâce ! dit-elle en pleurs, grâce ! je vous en prie !
Arrachez-moi Thonneur, mais laissez-lui la vie ! »
En prononçant ces mots, la plaintive Sombreuil
Au pied des assassins abaissait son orgueil.
Elle avait vu saisir son amant dans la rue ;
Aussitôt sur ses pas elle était accourue,
Et, hasardant ses jours, venait sauver les siens.
Brusquement ces bandits et ces faubouriens
Se sentirent émus, en dépit de leur rage,
Devant tant de beauté, de grâce et de courage.
« Tu veux que ton amant sorte vivant d'ici ? Dit l'un d'entre eux. Hé bien! il faut boire ceci. >> Et la main d'un bandit à la mine expressive Présentait à Sombreuil, aussi morte que vive, Un grand verre rempli d'eau sale de ruisseau. Elle tremble; un frisson fait tressaillir sa peau; Sa paupière déjà semble prête à se clore. Mais Vergoin d'un regard lamentable l'implore ; Et sur-le-champ Sombreuil, réprimant un hoquet. Prend le verre en sa main et le vide d'un trait.
.es cœurs les plus grossiers respectent le courage. Zq ramas de bandits assoiffés de carnage,
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Profondément touche d'un si beau dévouement, Remet en liberté Sombreuil et son am.ant. Puis, tandis que le camp des Ligueurs se débande, Les vainqueurs, arborant la grande houppelande De Déroulède au bout d'un immense piquet, Descendent triomphants vers Phôtel de Floquet Affirmer à grands cris leur amour énergique Pour Tor des fonds secrets et pour la République.
Quand Déroulède apprit au héros son échec,
« Tant pis, dit Boulanger. Tiens, prends, mon cher. Ave
Ce rouleau d'or achète une autre redingote,
Et partage le reste à chaque patriote ;
Tes Ligueurs me sont chers encor, bien que battus.
L'émeute jusqu'ici nous a toujours déçus.
Hé bien ! soit, je vaincrai parles armes légales,
J'en prendrai mon parti ». Ces paroles loyales
Eurent leur récompense : avant la fin du mois
D'un député Paris avait à faire choix.
Je ne reviendrai pas sur cette période. Qui n'a point présenté du reste d'épisode Digne d'être transmis à la postérité.
Comme on le prévoyait, après être resté
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Pendant quarante Jours sous la colle de pTue, Après que des milliers d'aflficheurs à la hâte Eurent couvert ses murs, ses arbres, ses trottoirs D'innombrables placards verts, bleus, rouges ou noirs, Paris, pour s'enlever cet affreux cataplasme, Nomma le général avec enthousiasme.
Après un tel succès, le brave général Excita du pays Tengouement colossal.
Subissant Tascendant de son noble génie, La France saluait son étoile bénie.
Le monde entier voulait lui parler ou le voir. On se le disputait; il avait chaque soir Trente invitations à dîner. Toute femme Avait ses traits gravés dans le fond de son âme. Des cuisinières même, oubliant leurs fourneaux, Devenaient tout à coup folles pour mon héros.
Voyant de son amant le succès incroyable,
La duchesse voulut inviter à sa table,
Un soir, en son honneur, tout le noble faubourg.
Sans doute des marquis, des ducs jusqu'à ce jour
\vaient vu fréquemment le général chez elle;
Mois ils venaient tout seuls, amenés parleur zèle
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Pour le renversement d'un régime odieux, Tandis qu^à ce dîner il s'agissait pour eux De compromettre aussi leurs femmes en présence De plusieurs citoyens dépourvus de naissance.
Le magnifique hôtel de la duchesse un soir Néanmoins fut ouvert tout grand pour recevoir Les plus illustres noms de notre vieille France. Certainement, parmi cette noble affluence, Beaucoup de gens prudents venaient congratuler Rochefort, le priant de ne pas pétroler Leurs hôtels, quand viendraitla prochaine Commune. Quelques autres, surpris de voir une lacune Dans leur d'Hozier au nom célèbre de Dillon, Voulaient absolument en savoir la raison.
Mais la plupart étaient venus chez la duchesse Pour voir dans sa splendeur, son succès, sa jeunesse. Le plus beau, le plus grand de tous les généraux. Cette invitation arrivait à propos; y
Aussi tous les salons, bien avant Theure exacte, Étaient déjà remplis d'une foule compacte. Tel, lorsqu'une diva de passage à Paris Vient nous faire admirer ses gloussements exquis,
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Le high-life, aussitôt qu'on commence à Tapprcndre, Accourt à l'Opéra s'écraser pour Tentendre.
Quand la duchesse, ayant le général au bras, Apparut tout à coup rayonnante d'appas, Et qu'elle vit partout ses meilleures amies Lancer sur son amant des œillades hardies, Son orgueil redoubla ses feux pour Boulanger; Et lorsqu'elle passa dans la salle à manger, 3n aurait juré voir Flore au bras de Zéphyre. Vlais, à propos de salle à manger, je dois dire ^uel fut exactement le menu du dîner, e n'est pas un détail qu'on puisse éliminer.
'.onsommé Louis quinze et soupe à la tortue.
- Hors d'œuvrc variés — Caviar russe — Morue oulangère et turbot Chambord — Noix de chevreuil t tilet Richelieu — Lapins à la Sombreuil.
- Poularde financière et canards patriotes.
• Haricots panachés — Navets farcis — Carottes evision — Salade au jus — Sorbets au rhum
• Bastille de nougat — Gâteau référendum Bombe coup d'Etat — Glace à la vanille — Pèche
i vin — Fruits variés — Petits fours de PArdèche.
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Mais ce qu"'on admirait le plus dans son repas, Ce n'étaient point ces mets rares et délicats, C'étaient Tesprit, la grâce et Fentrain des convives. Quand le héros parlait, les faces attentives, Pour marquer leur respect, s'épuisaient en efforts; Quand il ne disait rien, les invités alors Prodiguaient les discours gracieux pour lui plaire. « Certainement, disait un duc sexagénaire, Monsieur le général, votre sort est fort beau. Mais vraiment ce doit être un terrible fardeau
D'aller de temps en temps, ainsi que vous le faites, Banqueter chez le peuple et partager ses fêtes. On doit être bien mal dans de pareils milieux.
— Mon Dieu ! j'y vais aussi rarement que je peux, Répondit Boulanger, car cela me dégoûte. Aussi, quand on m'invite à casser une croûte Aux troquets de Charonne ou de Ménilmontant, Je décline toujours cet honneur rebutant.
Mais quand je suis prié chez les gens du grand monde, Alors c'est différent, j'accepte à la seconde.
— Je vous comprends fort bien, reprit le duc flatté. Pour tout homme d'esprit, notre société
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Doit avoir plus d'attraits que celle du vulgaire, Bien que dans notre temps révolutionnaire La noblesse ait perdu bien du prestige, hélas !
— Holà! Monsieur, cria Dillon, nUnsultez pas La noblesse, sinon vous m'en rendriez compte.
— A Dieu ne plaise, dit le duc, monsieur le comte. J'exprimais simplement le regret qu'à présent
La noblesse n'ait point de pouvoir suffisant.
— Oui, reprit Rochetbrt, aujourd'hui la canaille Chez nous cherche à jouir plus qu^elle ne travaille. Mais quand ce sera nous qui la gouvernerons, Nous saurons mettre un frein à ses prétentions.
— Et vous accomplirez une œuvre salutaire.
Dit le duc. Savez-vous que vous pourriez bien faire, Monsieur de Rochefort, un ministre excellent De la justice ? — Soit, reprit nonchalemment Rochefort, je le crois aussi ; car, je m'en flatte, Ce département m'est connu de longue date.
— Et Monsieur Boulanger, s'écria brusquement Une jeune comtesse au visage charmant.
N'est-il pas quelque poste où son mérite aspire?
— Il est vrai, dit une autre avec un tin sourire ■
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Vous êtes nécessaire au bonheur du pays.
— C'est certain, déclara vivement un marquis. Vous seriez tout à fait superbe en connétable. JV pensais ce matin en me mettant à table.
— Voyons, n'est-ce pas, dit le duc, qu'en vérité Vous n'êtes point hostile à toute royauté ?
— On sait bien, s'écria plaisamment un vidame, Que quatre fois par jour le général proclame Qu'il est et qu'il prétend rester républicain. Mais nous n'en croyons rien. Le général est fin ; Ses promesses ne sont que des moyens habiles De grouper sur son nom les voix des imbéciles.
— N'est-ce pas, dit le duc de sa plus douce voix, Que nos princes vous sont aussi chers qu'autrefois Et que vous béniriez le jour, comme il est juste, Qui vous rappellerait sous leur pouvoir auguste? »
Le général, pressé par ces questionneurs, Restait silencieux. Ses regards gouailleurs Contemplaient vaguement la masse des convives, Qui lui faisaient en chœur ces demandes naïves. « Je vous comprends, reprit le duc de sa voix d"or ; Vous ne désirez pas vous compromettre encor.
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Et vous avez raison, Monsieur : En poliiique Le silence est toujours d'une bonne tactique. Mais nous nous entendonsquand même vous et moi. Monsieur le ge'ne'ral, à la santé du Roi ! »