CHANT DOUZIEME
Cependant, accablé d'affronts et de chagrin,
Floquet avait rendu son portefeuille enfin.
Carnot, plissant son front en accent circonflexe,
Demeura plusieurs jours extrêmement perplexe ;
Puis il manda Rouvier, Constans et Thévenet.
a Vous me voyez, dit-il, Messieurs, bien inquiet.
Si vous m'aimez, daignez agréer ma requête.
On m'a dit que chacun de vous était honnête,
Et que vous étiez tous à l'abri des soupçons,
Ce qui n'est pas commun au temps où nous vivons.
Bref, vous seriez, d'après un bruit très véridique, Les meilleurs citoyens de notre République.
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Ké bien ! j'ai résolu, Messieurs, de vous offrir
A tous les trois un beau portefeuille à tenir.
Vous, Rouvier, vous aurez, n'est-ce pas, les Finances,
Car vous connaissez Tart de faire des dépenses
Comme en fait un Rothschild avec très peu d'argent.
Appliquez à TEtat ce précieux talent,
Et nous verrons bientôt nos caisses anémiques
D'un excès de ducats devenir pléthoriques.
Quant à vous, Thévenet, on dit que vous avez Certains amis qui font très bien les seings privés. Aussi, pour m'assurer leur précieux office Au besoin, j'ai voulu vous donner la Justice. Tâchez, si vous pouvez, devons associer Un procureur auquel on puisse se fier.
Pour vous, mon cher Constans, je n'ai rien à vous dire; Pour mener le vaisseau de l'Etat qui chavire, Vous en savez plus long qu'un pauvre ingénieur Comme moi. Cher ami, prenez l'Intérieur.
Et maintenant, Messieurs, votre patriotisme Saura-t-il écraser enfin le boulangisme? » Les ministres tous trois dirent d'un ton ferme : Oui ! « Je consens, s'écria Rouvier tout réjoui,