‹ La boulangeadeChapitre 14 sur 15 · I.d JhniLvii^Ciiiic 2 I I · texte numérisé non relu

I.d JhniLvii^Ciiiic 2 I I

A dépenser par an dix mille francs (.le renie Seulement, si d'ici quinze jours je n'invente Un moyen excellent tiré des fonds secrets D'abattre le parti boulani^istc à jamais.

— Et moi, dit Thévenct, qu'on m'appelle faussaire Si je ne trouve pas le nombre nécessaire

D'écrits compromettants pour faire condamner Tous les individus qui pourraient nous gêner.

— Et moi, mes chers amis, ditConstans, je m'engage A rendre à Norodon sa ceinture, ce gage

D'estime et d'amitié dont il m'avait fait don,

Si d'ici peu de jours par le fer, le poison,

La balle ou le gourdin, mes agents de police

Des factieux n'ont pas encore fait justice.

Dans un mois au plus tard, j'en suis bien convaincu,

Le dernier boulangiste enfin aura vécu.

— C'est parfait, dit Carnot. Chers amis, je constate Que chacun d'entre vous est un bon démocrate.

Hé bien ! faites-moi donc l'honneur sans vous gêner De partager ce soir mon modeste dîner.

Amusons-nous, tandis qu'il en est temps encore. Vous me raconterez vos amours que j'ignore,

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Vous, mon cher Thcvenet, car on dit qu'à Lyon Vous vous étiez acquis la réputation D'un vert galant. Allons, n'est-ce pas, que l'on rie ! J'entends me divertir une fois dans ma vie. »

Cinq ou six Jours à peine après cet entretien Empreint d'un sentiment vraiment cornélien, Les amis du héros plongés dans la tristesse Envahissaient soudain l'hôtel de la duchesse. Les plus calmes étaient pleins d'appréhensions : Les ministres suivant leurs résolutions Parlaient d'anéantir d'abord les Patriotes, Et tout de suite après d'attacher les menottes Au brave général pour le mettre en prison. Aussi lui donnait-on des conseils à foison.

« Mon général, disait un Ligueur, je possède

A Paris un immeuble énorme où l'on accède

Par onze boulevards différents. Venez-y ; f

Jamais certainement vous n'y serez saisi.

Non, disait un second, non, pas de double issue. \ Laissez-nous seulement, de peur qu'on ne vous tue, y

ï — Si l'on vous prend, criait un troisième Ligueur,

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Général, ne mangez que des œufs à la coque. On ne peut Gtre trop prudent à notre époque.

— Ou plutôt, s'écria la duchesse, demain. Sauvez-vous en Belgique avec le premier train,

— Oui, dirent plusieurs voix, oui, partez à Bruxelles.

— Merci, mes chers amis, de vos conseils fidèles. Répondit Boulanger, se levant brusquement. Mais je ne veux en suivre aucun pour le moment. Je suis tranquille, allez. On prétend à cette heure Qu'une troupe d'agents, violant ma demeure, Doit m'apporter bientôt les fers ou le trépas. Rassurez-vous, Messieurs, on ne l'osera pas.

Et quand même on viendrait attenter à ma vie, Serait-ce une raison pour quitter ma patrie? Quoi ! tandis que j'aurais toute ma liberté, Chacun de mes amis serait persécuté !

Tandis que je ferais à mon gré mes affaires, Mon bon Naquet ferait des chaussons de lisières ! Mais je serais un lâche ! un coquin ! un maraud ! Non, mes chers compagnons, dussé-je à l'échafaud Etre conduit demain dans une carriole, ^e ne partirai pas, j'en donne ma parole ! »

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Ce langage si fier ayant calmé Teffroi

Qui glaçait tous les cœurs, chacun s'en fut chez soi,

Extrêmement content, excepté la duchesse,

Qui, bien que s'en cachant, resta Pâme en détresse.

La duchesse, en effet, avait de grands ennuis.

A présent son amant presque toutes les nuits

La laissait pour partir en courses solitaires.

La duchesse à la fin, flairant quelques mystères,

Alla trouver un jour une agence en priant

De faire un peu filer chaque nuit son amant.

Un procédé pareil était vilain, sans doute ;

Mais est-ce qu'un amour vraiment profond écoute

La voix de la raison. Et d'ailleurs à présent

Un grand nombre d'époux entre eux en font autant.

L'agence mit trois jours à donner sa réponse.

Boulanger, sous le nom de Monsieur Saint-Alphonse,

Allait voir fréquemment une riche Yankee,

Ex-marchande de porcs à New-York, et chez qui

Il demeurait la nuit : on produisait du reste

Plusieurs lettres de lui d'un sens très manifeste.

En recevant ce coup aussi brutalement, La duchesse faillit perdre le sentiment.

Elle pensa mourir : par bonheur la colère

Vint lui rendre soudain sa vigueur ordinaire.

D'un bond elle courut trouver le ge'néral;

Tranquille, celui-ci, penché sur un bocal,

Distribuait du pain à quelques poissons rouges.

« Don Juan de ruisseau, monstre, coureur de bouges,

S'écria la duchesse avec brutalité,

Est-ce ainsi qu'on insulte à ma crédulité?

Hé quoi ! lorsque la nuit dans mon lit solitaire, Je croyais ta présence au Parti nécessaire. Quand Je priais le ciel d'épargner mon époux, Infâme, tu courais à d'atfreux rendez-vous ! Et quand, au petit jour, tu revenais sans forces Le chef branlant, les yeux vagues, les jambes torses, le montais te border de mes mains dans tes draps ! \h ! va, vous n'êtes bons qu'à mettre en un seul tas, /ous autres hommes! Tous, tous, vous êtes semblables: i^ourbes, cupides, vils, lâches et méprisables.

Il qu'est donc cette femme avec qui tu t"es mis ? i!st-elle née, au moins ? Mais non ! Tiens, j'en frémis 'our toi. Tomber si bas ! Peut-être est-elle riche ? 4ais quand même ! Pour toi jamais ai-je été chiche.

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Moi qui te fournissais des millions par an ! Peut-être achète-t-on cette femme à Tencan ? Sa beauté, sa jeunesse, ont pu te faire envie Mais moi, ne suis-je pas aussi jeune et jolie? Peut-être bien qu'encor, les hommes sont si sots, Tu Taimerais Hé bien! voyons, dis quelques mots.

Je t'accuse, réponds, défends-toi, misérable! Dis-moi qu'un tel amour serait invraisemblable. Que tu m'aimes toujours et que ces lettres-ci Ne sont qu'un vil papier de mensonges noirci ! » — Madame, répondit Boulanger, je n'ai cure De vouloir derechef nier ma signature.

Par la double raison que ce serait très mal, Et que vous possédez en main l'original. Ces lettres sont de moi. Madame, je l'avoue. Dussé-je voir pâlir encore votre joue,

Je vous dirai de plus que mon cœur en effet S'est laissé captiver par un nouvel objet. De grâce, écoutez-moi jusqu'au bout. Cette femme Que vous me reprochez, oui, je l'aime, Madame. Si j'étais simplement un homme au nom obscur, Je ne vous ferai point ces aveux à coup sûr.

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.ressaierais d'excuser mon crime tcte basse, Je verserais des pleurs, j'implorerais ma grâce, J'accuserais des sens l'entraînement fatal. Moi, je n'en ferai rien. L^illustre général

Dont cinq de'partements ont fait leur mandataire,

Le sage rédempteur, dont la voix salutaire

A la France bientôt imposera des lois,

Sûrement peut aimer deux femmes à la fois.

Certes, ne croyez pas que mon cœur vous repousse.

Non, votre affection m'est toujours aussi douce.

Mais, sans vous faire tort, j'estime que je puis

^^3usdonnanttousmesjours vous prendre quelques nuits

Enfin, pour épargner d'inutiles paroles,

Mon cœur est assez grand pour servir deux idoles.

— Malheureux ! s'écria la duchesse, PJst-ce ainsi Que dans l'abjection ton cœur s'est endurci ? Quoi, c'est là le regret que tu me manifestes ? Au lieu de m'assurer qu'à présent tu détestes

Ton infamie, au lieu de tomber à genoux, D'apaiser humblement mon douloureux courroux,

lu l'excites encore avec tes railleries ! Non content de briser mon cœur, tu l'injuries !

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Enfin, tu viens m''offrir de partager à deux

Ce que tu peux donner de transports amoureux !

As-tu donc oublié qui je suis, misérable ? Moi, qui garde, rangés en file interminable, Deux cents portraits d'aïeux de face ou de profil, Et dont la race, noble à partir de Tan mil, A nos rois autrefois a donné des maîtresses ! Auprès de mes grandeurs songe à tes petitesses. Tu me parles du rang glorieux qui t'attend ? Tu vantes ta valeur, ton succès éclatant Qui déjà te permet de t'exprimer en maître. Mais c'est moi qui t'ai fait ce que tu parais être !

Un jour tu t'es trouvé sur mes pas ; tu m'as plu. Mais tout en te prenant pour amant, j'ai voulu Te voir digne de moi. Crois-tu que ton mérite Jusqu'ici t'ait valu ton triomphe insolite ? Détrompe-toi, mon cher ; mon or seul t'a donné Ta réputation, ton succès spontané, Des amis, de l'estime et surtout des suffrages. Et si je te chassais comme un laquais à gages, Demain chacun fuirait avec dérision L'âne que j'avais fait prendre pour un lion !

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— Ne faites point cchi, par charité', Madame ! Avant de me bannir, arrachez-moi mon ame, S'écria vivement le brave général.

Oui, je me suis conduit en amant déloyal;

Oui, je vous ai trompée ; oui je suis bien coupable.

Appelez-moi parjure, ingrat, fou, misérable,

Tout ce que vous voudrez, mais ne me chassez pas.

Je me suis efforcé sans réussir, hélas !

D'étouffer dans mon cœur la passion naissante

Qui de la trahison devait m'ouvrir la pente.

Vains efforts ! Un pouvoir suprême m'entraînait. Et rempli de remords j'ai fait ce que j'ai fait. Fus-je réellement criminel ? Je le nie. Vous qui fîtes toujours tant de psychologie, Vous savez que le libre arbitre est un vain mot, Et que le malheureux qui monte à Téchafaud Par un arrêt injuste est déclaré coupable De crimes dont au fond il n'est pas responsable. Vous le savez, Madame ? Hé bien ! accordez-moi Un pardon qui m'oblige à vous rendre ma foi.

— Quoi ! tes noirceurs me sont à peine découvertes, Et tu veux ton pardon tout de suite? Non certes,

S'écria la duchesse avec emportement.

— Cher tre'sor! répondit Boulanger tendrement,

Vois, je tombe à tes pieds. Regarde-moi, j'embrasse

Tes genoux adorés et je baise la trace

De tes pas. Par pitié, donne-moi mon pardon.

Je t'idolâtrerai d'une telle façon,

Vois-tu, que désormais ton sort fera l'envie

De tout ton sexe. Ainsi qu'autrefois, notre vie

Ne sera qu'un tissu brillant de soie et d'or. Sans cesse à mes côtés, tu seras mon Mentor, Mon amour, mon désir, mon espoir, ma conquête. Tu ne me réponds pas ? Tu détournes la tête ? Chère duchesse, hé quoi ! M'abandonnerez-vous, Quand peut-être je vais succomber sous les coups D'une ligue innombrable à ma perte occupée? Pardonnez-moi ! Sinon, de cette même épée Dont jadis j'ai si bien défendu mon pays, Je me perce le cœur pour fuir votre mépris ! »

Mais sans prêter l'oreille à ce pressant langage, La duchesse gardait son sévère visage, Et laissait son amant se traîner sur ses pas. Quand la porte soudain s'ouvrit rvec fracas.

La Boiilangcadc

« Cest moi! dit Rocheforttout paie et liors d'haleine,

Cette fois c'en est fait : la nouvelle est certaine.

Ce soir même, ce soir, cent gardes à cheval

Sont chargés d'enlever ici le général.

Et sur-le-champ Tun d'eux sitôt la chose faite

D'un coup de pistolet lui cassera la tête!

— Grand Dieu ! dit la duchesse avec accablement, Ernest, mon pauvre Ernest, quel triste événement !

— Tu m'appelles Ernest, donc tu m'aimes encore ! S'écria Boulanger. — Je t'aime, Je t'adore, Répondit la duchesse en tombant à genoux Contre le général. Cher ange, embrassons-nous. Je te vois malheureux ; il suffit, je pardonne.

— Juste ciel ! le terrible avis que je leur donne Leur a troublé l'esprit ! s'écria Rochefort

En les voyant par terre unis dans ce transport.

— Non, non, mon cher marquis, s'écria la duchesse En sautant brusquement sur ses pieds d'une pièce. Plus tard vous saurezlout ; mais nous sommes pressés, De grâce, apprenez-nous ce que vous connaissez.

— Hé ! cria Rochefort, je viens de vous le dire. Tous vos amis, d'après la rumeur qui transpire.

La Boidangeade

Dans la Seine ce soir seront déjà tombe's. Moi-même, avec Dillon, nous sommes englobes Dans cet arrêt inepte, infâme et sanguinaire.

— O mon Dieu ! s'écria le général. Que faire ?

Je ne puis pourtant pas mourir comme cela !

— Partons, dit la duchesse, oui, fuyons au-delà Des frontières. Prenons Texpress pour la Belgique.

— Certes, dit Rochefort, ce serait très pratique, Si nous pouvions tomber juste à Theure du train.

— Toujours, dit Boulanger, montons dans un sapin, Au besoin nous prendrons une locomotive.

— On monte Pescalier! ! dit Rochefort. Qui vive ! Les gendarmes peut-ctre ? Ecoutez! Malheureux Que nous sommes ! — Mais non ! espèce de peureux,

Dit la duchesse, c'est Dillon seul, sans gendarmes. Ce Rochefort vraiment nous donne des alarmes !

— Oui, c'est moi s'écria Dillon, c'est moi qui viens Pour nous sauver, unir à vos efforts les miens.

Mon landau nous attend tous les quatre à la porte. En partant, je l'ai fait emplir de toute sorte De masques, de lorgnons fumer,, et de faux nez. Nous les mettrons en route, et ces soins terminés,

En cinq heures, à moins d'anicroches nouvelles, Sans ctre reconnus, nous atteindrons Bruxelles !

— Fuyons donc ! s'écria le brave général !

Certes un tel départ n'a rien de triomphal,

Mais je dois conserver un chef à notre cause,

Et puisqu'on ne voit pas un Français qui s'expose

Pour défendre mes jours, quittons ce sol ingrat !

On va nous accuser de partir sans combat,

De laisser nos amis à la miséricorde

De gens qui les tueront parle fer ou la corde,

Enfin de nous sauver comme de vrais poltrons.

Qu'on nous insulte, soit. Bientôt, nous reviendrons !

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