‹ La boulangeadeChapitre 5 sur 15 · CHANT QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHANT QUATRIEME

Et maintenant, ô Muse, étendons notre vol :

Planons dans un ciel pur à mille pieds du sol,

Et fuyant désormais tout détail inutile,

Tâchons si nous pouvons d'aborder le grand style.

Car jusqu'ici, lecteur, notre narration

Ne forme simplement qu'une introduction

Dont le but est de rendre un peu plus clair peut-être

L'enchaînement des faits qui vont vous apparaître.

Ne vous avisez pas de vous montrer surpris,

Et de me reprocher en jetant les hauts cris.

De consacrer trois chants à faire une préface. Sinon je vous dirais carrément, bien en face,

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Que lorsqu'une préface a cent pages au plus,

On ne s'écarte pas des usages reçus.

Je vous dirais encor, lecteurs, ne vous déplaise,

Que sans préface une œuvre est bien souvent mauvaise.

Toujours une préface a de Tutilité.

Primo, pour les bouquins dont la ténuité

Pourrait rendre parfois difficile la vente,

Car le public en veut pour ses deux francs cinquante.

Si cette opinion choquait vos sentiments, Je vous engagerais à lire les romans Du magistrat-auteur. Monsieur de Beaurepaire. La Faculté les donne en remède ordinaire Pour rendre le sommeil à ceux qui l'ont perdu. Hé bien ! ce résultat miraculeux est dû. D'après les médecins, à ce que la préface Dans ces livres vantés tient la plus large place. Mais pour ma part, je crois, en sceptique endurci, Que le reste de l'œuvre y contribue aussi.

Secundo, la préface est un moyen commode Qui permet à l'auteur d'exposer sa méthode, De louer ses amis ou de les débiner, D'énumérer les plats qu'il mange à son dîner,

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D'accuser du public la lâche indifférence, De pleurer sur les arts atteints de décadence, Entin en dernier lieu de faire son portrait, Soit moral, soit physique, habilement surfait. Et qui pour ses lecteurs le rendra, Je suppose, Beaucoup plus séduisant que ses vers ou sa prose.

Troisièmement, l'auteur qu'on ne comprend pas bien Trouve dans sa préface un excellent moyen D'expliquer ce qu'il veut dire dans son ouvrage. Voilà pourquoi, séduits par un tel avantage, Les jeunes décadents sont si grands préfaciers. Plût au ciel aujourd'hui que tous nos romanciers Dans leurs avant-propos suivissent ces exemples, Etqu'entre autres Goncourt, faisant les siens plus amples, Réussit à se voir, par un retour tardif, Compris chez un public jusqu'à présent rétif!

Alors Goncourt, rendu meilleur par la fortune. Ne nous poursuivrait plus de sa plainte importune, Et les ratés en corps le couvriraient de fleurs, Heureux de voir enfin réussir un des leurs. Il choisirait au sein de cette troupe amie Les candidats rêvés pour son Académie.

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Et peut-elre, qui sait? en trouvant des lecteurs, Trouverait-il aussi quelques admirateurs, Qui lui procureraient au déclin de sa vie La douce illusion d'avoir eu du génie.

Vous le voyez, lecteurs, les préfaces souvent Ont plus d'utilité que Flaubert ne prétend. En outre, s'il vous plaît, observez que la mienne Est avec mon sujet tellement homogène.

Que si sur vos conseils j^allais la retrancher Mon poème aussitôt se mettrait à clocher. Or, vous sentez déjà comme ma Muse boîte, Et comme nous quittons souvent la ligne droite. Je serais donc coupable, en ôtant de mes vers Tout ce qui contribue à les rendre plus clairs.

Le songe du héros et le discours du diable Sont d'une utilité, je crois, incontestable Pour expliquer à fond Pâme du général.

Quoiqu'on n'en ait rien dit dans le moindre journal. Ces faits démontreraient pourquoi, dans sa conduite, Boulanger quelquefois paraît manquer de suite. Tout ce qu'il fait de bien, ses lettres notamment. Mon héros ne le doit qu'à son propre talent;

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Et lorsqu'il fait le mal, qu'il ment ou qu'il conspire, C'est la suggestion du diable qui l'inspire.

Ce songe est-il ou non une réalité?

Un miracle est toujours avec peine accepté : Aussi je crois plutôt que des vapeurs malignes Trompèrent mon héros, d'autant mieux que les signes, Apposés par Satan sur ses reins, et plus bas, Disparurent aussi d'un seul coup. En tout cas, Mon héros désormais doit être irresponsable De tout ce qu'il pourrait commettre de blâmable. Car on sait que cela produit le même effet, Soit d'être hypnotisé, soit de croire qu'on l'est.

Sentez-vous, ô lecteurs, combien il est à plaindre,

Celui qu'un étranger réussit à contraindre ?

Perdant son libre arbitre, il perd également

Toute vertu morale et tout discernement.

Il devient dans la main de celui qui le mène,

Un instrument qui n'a que la forme d'humaine.

Et qui se prêtera sans hésitation,

A la plus détestable abomination.

D'un semblable destin mon héros fut victime :

C'est de l'amour, hélas ! que vint son premier crime.

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Amour ! charmant tyran des hommes et des dieux ! Amour! qui rajeunis un monde déjà vieux, Qui nous dira jamais pourquoi les philosophes, Ont si souvent sur toi lancé leurs apostrophes ? Dans leurs doctes écrits presque tous t'ont traité, De faiblesse honteuse ou bien de lâcheté. Mais loin qu'à leur avis je consente à souscrire, Je ne puis détester ni nier ton empire, Et je ne vois en toi qu'une haute vertu, Dont chacun devrait être amplement revêtu.

Les plus fameux héros dans la Fable ou l'histoire.

Nous présentent toujours quelques traits à ta gloire,

(Si ce n'est, a-t-on dit, Godefroi de Bouillon,

Qui ne sentit jamais ta douce impulsion).

Nous pouvons donc, je crois, devant ces grands exemples

Apporter notre encens et notre or dans tes temples,

Car môme en admettant que le bon Godefroi,

Et la philosophie aient raison contre toi,

Vous n'en seriez pas moins, ô plaisirs de Cythère,

Le meilleur passe-temps qu'on ait sur cette terre.

Dieu sait pourtant combien l'amour s'est transformé, Depuis les temps lointains où d'un vers enflammé,

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Ovide célébrait ses victoires sur Thomme.

Nous avons eu d'abord les Chrétiens qui, dans Rome,

Furent les inventeurs de Tamour conjugal.

Certains individus, d'esprit paradoxal,

Disent que cet amour existerait encore.

Assurément ces gens ont besoin d'ellébore ;

Seul, le compte rendu des tribunaux suffit

Pour montrer à quel point est mince leur crédit.

Nous avons eu plus tard l'amour troubadouresque.

De braves paladins à l'âme romanesque,

S'en allaient en Syrie, en Prusse, n'importe où,

En quête de combats à se rompre le cou.

Pendant que, dédaignant d'aussi nobles hommages,

Leurs dames les faisaient cocus avec leurs pages.

Cet amour, dans l'espèce, était bien transcendant ;

Aussi l'on a gagné, je pense, en le perdant.

Les femmes d'à présent goûtent peu l'héroismc.

(Ceci, croyez-le bien, n'est pas un pur sophisme.

Quelle femme en effet voudrait se soucier, D'aller prendre jamais pour amant un pompier? Ce serait empiéter sur les droits de sa bonne). Ensuite, dans un genre un peu moins monotone,

Nous avons eu l'amour du siècle des Valois.

Passionné toujours, sanguinaire parfois,

Il ne faisait agir que les corps sans les âmes.

C'est pourquoi je suis sûr que la plupart des femmes,

Eprises fortement des dogmes de Platon,

Ne voudraient plus subir Tamour fait sur ce ton,

Et qu'elles montreraient plutôt leur préférence A celui qui régnait au dernier siècle en France, A cet amour léger, froid, sceptique et moqueur. Qui parlait à Tesprit sans passer par le cœur. On peut également rappeler pour mémoire, L'amour byronien, fatal, imprécatoire, Amour dont forcément on se voyait privé, Si Ton n'était maudit, bâtard, enfant trouvé. L'amour a maintenant perdu ce caractère ; Au lieu d'être mortel, il fait vivre au contraire.

Si bizarres que soient ces grandes passions, Elles donnent encor moins de répulsions Que l'amour maladif créé par Lamartine, Et vivement goûté par la gent féminine ; Non que j"ai en horreur les nacelles, les flots, Les couchers de soleil, les saules, les sanglots ;

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Mais, franchement, comment ne pas trouver comiques Ces malheureux amants scrofuleux ou phtisiques ? Pour ceux dont Pesprit rêve un pareil ide'ai, Le temple de Pamour devient un hôpital.

Que ne puis-jeà pre'sent posséder ta lanterne, Pour tacher de voir clair dans notre amour moderne, O Diogène ! Certes, il est bien évident Que cet amour existe et quUl est très fréquent, Car les femmes, hélas 1 quoiqu^on le leur défende, N'ont jamais eu d'amants en quantité si grande. Et c'est bien naturel, n'en déplaise aux bourgeois. Lorsque de bons parents, abusant de leurs droits. S'avisent de pousser leurs filles dans l'alcôve D'un vieux mari gaga, ventripotent et chauve,

Pourquoi donc les objets de ces transactions Se refuseraient-ils des compensations ?

Quel homme sans pitié pour ces pauvres victimes Ne leur passerait pas d'amours illégitimes ? Leur seul tort, ce serait de prendre par erreur Un amant de raison pour un amant de cœur. Faute qui se commet beaucoup à notre époque Et que le plus souvent l'intérêt seul provoque.

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Tout le monde aujourd'hui, même les gens de bien, Voit dans Tamour non plus un but mais un moyen.

De là vient que jamais les ruptures choquantes Et les déceptions n'ont été si fréquentes. Le bon ton a soumis toutes les passions, Je ne sais dans quel but, à des conventions, Qui sont, chose étonnante, encore plus sévères Dès qu'il est question d'amours irrégulières. On comprend aisément qu'un jeune duc panne, Pour rendre à son blason son lustre un peu fané. Epouse les écus d'une vieille drôlesse.

Mais on ne comprend pas qu'une noble duchesse

Du faubourg Saint-Germain prenne un clown pour amant Hé bien, à notre époque il est honteux vraiment Que d'un pareil abus nous subissions l'empire. Avant les libertés de penser et d'écrire Ne devrions-nous pas avoir celle d'aimer ? L'ancien régime, en qui l'on se plaît à blâmer, Etait plus tolérant en pareille matière. Ainsi sous Louis quinze, avec licence entière, Les femmes, sans ternir leurs noms patriciens, Satisfaisaient leur goût pour les comédiens.

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(Je doute qu'à présent nos acteurs aient encore D'aussi nobles amours, mais l'Etat les de'core.) Je dois le confesser, je suis fort partisan, En dépit du progrès, des usages d'antan. Donc, lorsque dans mes vers tel ou tel personnage Vous scandalisera par son dévergondage, Au lieu de le blâmer, dites-vous que toujours On a vu de grands cœurs petits dans leurs amours. Et maintenant je vais vous conter pour conclure De mon noble héros la première aventure.

Il se promenait seul sur les grands boulevards, Un soir. Autour de lui, les camelots braillards Détaillaient son portrait et sa biographie. A son aspect connu, la foule recueillie Lui faisait place avec un bonheur empressé. Puis, des voix s'élevaient, lorsqu'il était passé, Exprimant le respect par un discret murmure. Alors, le cœur léger, la conscience pure, Mon héros prodiguait ses sourires bénins, Satisfait de lui-même et des contemporains.

Il venait d'arriver devant le Vaudeville, Quand il fut abordé de manière civile

Par une jeune duègne assez laide de traits Qui, Parretant, lui tint ce langage à peu prés : « Monsieur, votre mérite et votre renommée Tiennent en ce moment plus d'une âme charmée. Sachant combien de cœurs sont à vous dans Paris, Peut-être apprendrez-vous sans en être surpris Qu'une illustre duchesse à la beauté sereine Vous attend chez Durand près de la Madeleine.

— Une duchesse ! oh ! oh ! répondit Boulanger.

— Hé bien, voyons, Monsieur, sans vousdésobliger, Me suivez-vous ou non, reprit la messagère?

— Ouais, dit le général, en une telle affaire, Il faut prendre le temps de la réflexion. N'a-t-elle point d'époux, la dame en question?

— Monsieur, rassurez-vous,elleest veuve et majeure, Et comme vous pensez très libre. — A la bonne heure. Pourtant, encore un mot; tu me donnes ta foi

Que ta maîtresse est bien duchesse, réponds-moi ?

— Elle? Monsieur. Je puis le jurer sur mon âme.

— Hé bien, ma belle enfant, allons voir cette dame. A quoi bon demeurer plus longtemps indécis ? Quoiqu'ayant fréquenté beaucoup les ducs jadis,

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Je n'ai pas encor pu séduire de duchesse,

Et, par ma barbe, il est grand temps que je connaisse

Comment on fait Tamour avec ces femmes-là.

Le voyant décidé, sa compagne héla

Un fiacre, grâce auquel, en trois quarts d'heure à peine

Ils arrivaient tous deux devant la Madeleine.

En haut d'un escalier décoré tout à neuf,

Mon héros fut conduit au cabinet dix-neuf.

Il entr^ouvre la porte, entre, puis la referme,

Et quoiqu'un peu troublé pénètre d'un pas ferme

Dans un petit salon brillamment éclairé.

Le plafond présentait dans un cadre doré

Des guirlandes d'Amours jouant avec des roses

Sujet propre à charmer les étrangers moroses

Venus pour se guérir de leur spleen à Paris.

Les murs étaient vêtus de superbes lambris.

Avec des filets d'or et des pâtisseries. Pour les vieillards usés par les galanteries, On voyait des tableaux ultra-vénériens, Dont l'usage remonte aux Epicuriens.

On remarquait en outre une superbe glace. Mais qui n'offrait aux yeux sur toute sa surface

Qu^un tas d''inscriptions, souvent de mauvais ton. Les sophas, recouverts en velours de coton, Semblaient avoir porté beaucoup de personnages. Ils e'taient bas, moelleux, bons à plusieurs usages.

Au milieu du salon, assise, Pair pensif. Superbe à défier tout essai descriptif, Reposait une dame à taille de déesse.

Son costume alliait le goût à la richesse : Jupe à grands retroussis en peluche bleu-paon, Découvrant de côté le dessous à grand pan En satin clair de lune uni; corsage à pointe, En peluche pareille, à ceinture disjointe. Ses oreilles portaient des brillants merveilleux Dont réclar pâlissait auprès de ses beaux yeux.

Lorsque le général avait fait son entrée.

Très simplement, d'un geste plein de simagrée,

Elle Pavait prié de s'asseoir sur le champ.

« Monsieur, dit-elle avec un sourire charmant.

Déjà je commençais à ne plus vous attendre. »

La saluant d'un air respectueux et tendre,

Mon héros répondit : « Madame, excusez-moi.

Pour vous manquer je sais trop ce que je vous doi.

Mais, madame, souffrez ma demande importune : Qu^est-ce donc qui m.e vaut mon heureuse fortune?

— Ah ! murmura la dame avec affliction,

S'il me fallait répondre à cette question,

Je devrais raconter mon existence entière.

Mais n'importe, je veux quand même y satisfaire.

Vous avez devant vous, monsieur, un cœur brisé

Que les déceptions de la vie ont usé.

Ma fortune, mon rang, ma beauté, ma jeunesse,

Bien loin de dissiper ma mortelle tristesse,

Me font encor mieux voir quelle fatalité

Emousse mes désirs sur la réalité.

Souffrant d'un malsans nom qui nuit et jour m'obsède, Jusqu'ici j'ai cherché vainement un remède. J'ai d'abord essayé les concerts, les dîners, J^es bals, les cotillons, les plaisirs effrénés; Puis la dévotion, la morphine, que sais-je ? Je me croyais soumise à quelque sortilège. Et prête à succomber à mon affection, Quand un jour, grâce au ciel, j'eus l'inspiration D'aller à tout hasard voir une somnambule. Je m'y rendais, riant de moi-m.ème. incrédule.

J'en revins le cœur plein d'espoir, épanoui. D'après la somnambule un bonheur inouï M'attendait. Pour amant, je devais reconnaître L'homme le plus fameux que ce siècle eut vu naître. A ces mots je courus, oubliant mes chagrins, Acheter Talmanach des grands contemporains. Ma satisfaction fut de courte durée ; Hélas! je feuilletais Talmanach écœurée : Freycinet, Coquelin, Wilson, Ferry, Floquet... Non, ce n'était pas là ce que mon cœur voulait.

Je retombai bientôt dans ma grande névrose, Confiante en la mort plus qu'en toute autre chose. Insensée ! Au moment où je n'espérais plus, Votre nom vint frapper mes esprits abattus. Dé]à pour célébrer votre gloire naissante, La langue des Français devenait impuissante. « Est-ce lui ? demandais-je à mon cœur indécis ? Réponds, cet homme est-ill'amantquim'est promis? » Mais, mon cœur ne disant rien de compréhensible. Ma pudeur s'alarmait d'un aveu trop pénible.

Cet aveu, maintenant enfin je m'y résous. L'homme le plus fameux de ce siècle, c'est vous.

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Mes doutes ont pris fin. Je cède à Tévidence,

Je me suis donc permis en cette circonstance

Une témérité qui pourra vous choquer.

Mais qu'il me fallait bien prendre pour m'expliquer.

J'attends ce que m'avait promis la somnambule ;

Si le sort me prépare un revers ridicule,

Si mon dernier espoir doit encor se iiétrir,

Alors, tout est fini ; je n'ai plus qu'à mourir.

— Non, vous ne mourrez point, je le jure, Madame ! S'écria tout à coup Boulanger avec Hamme.

Vous vivrez ! croyez-moi, je n'ai jamais menti. Ce que vous éprouviez, je l'ai longtemps senti. Oui, nos cœurs étaient faits pour vivre côte à côte. Pour nous, le ciel devait, dans sa bonté très haute. Aux ronces de la vie ajouter quelques fleurs.

— Ah ! reprit la duchesse en répandant des pleurs, Quel langage charmant ! On dirait un poète.

Ah ! mes vœux sont remplis et ma joie est parfaite.

Tu dis vrai, je le sens, Ernest, mon bien-aimé. Depuis longtemps mon cœur par le sort opprimé, Sans oser se le dire adorait ton image. (En prononçant ces mots, elle ouvrait son corsage.)

Et maintenant parlant à ta réalité, Je tremble d'obtenir ce que j^ai souhaité. Mais qui peut définir le bizarre amalgame, De contradictions dont est faite notre àme? » (A ces mots la duchesse enleva son corset, Et le reste, ma foi, personne ne le sait.i

Quand mon héros reprit enfin sa connaissance. Il était seul. Encor frappé de somnolence, Il portait vaguement ses yeux de toutes parts. Les restes d'un souper sur le parquet épars. Les meubles renversés, les coussins au pillage, Bientôt du souvenir lui rendirent Tusage. Il eut en s'étirant un sourire badin.

Il ouvrit la fenêtre : On était au matin. Partout, accomplissant leur mission utile, Des voitures Richer se suivaient à la file.

Tout en humant l'air pur à longs traits, mon héros Se tenait en son cœur de ravissants propos. Quels nez exaspérés et quels regards sinistres, Ses collègues auraient au conseil des ministres, Quand il leur conterait son histoire d'amour ! Mais il fallait partir avant qu'il fît grand jour.

Il crie : « Hola ! Quelqu'un » et tire la sonnette. Un garçon d'accourir. « La note est-elle prête ? Allons, de'pêchons-nous, espèce d'empaillé. » — « Monsieur, dit le garçon, la dame a tout payé. »

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