‹ La Boulangerie Municipale de CataneChapitre 14 sur 32 · SION · texte numérisé non relu

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En cinq ans la baisse du prix des farines à donc été sensible, et cette baisse se serait probablement fait senir sur les prix du pain mème s'il n'avait été municipalisé.

M. Cicero ne tient pas compte non plus dans ses caleuls de toutes les autres conditions qui, comme nous l'avons fait observer au début de ce chapitre, sont impossibles à évaluer et influent cependant sur le prix réel : ainsi la quantité ou le poids du pain dont on avait parfois à se plaindre.

Si maintenant nous voulons apprécier le gain annuel des consommateurs, nous devons multiplier 60.000 kilogrammes, Chiffre quotidien de la production, et non 70.000 par 0.36, ce qui nous donne 2.160 L. par jour et 768.400 1. de bénéfices au lieu de 2.500.000 évalués par le pro-syndic.

Et encore peut-on dire que ce soit [à un bénéfice pour eux ? car 1! faut observer avec M. Tenerelli que si les consommateurs réalisaient peut-être comme clients de la boulangerie municipale un léger bénéfice, ils en perdaient tout l'avantage comme clients de Ja commune puisque la différence du prix en leur faveur était sans cesse contrebalancée par la perte qu'ils subissaient comme contribuables de la commune, dans li mesure de 147.994,27 au 9 juillet 1904, de 450.000 I. au moins au 19 août 1906 (1).

(1) Voir Résultats financiers, p. 154.

St NT

I faut ajouter aussi qu'un certain nombre de contribuables n'élaient pas clients de la boulangerie municipale, et de ce fait ils subissaient une perte sans retirer aucun bénéfice de l'entreprise.

C'étaient d’abord ceux qui fabriquaient leur pain euxmêmes, ce qui était encore assez fréquent à Catane, et, à partir de 190%, tous les actionnaires de la boulangerie coopérative.

Enfin une observation nous permet de mettre en doute tout le bénéfice même résultant du fait de la municipalisation au profit du contribuable.

En effet, nous serons amenés, en étudiant le coût de production, à faire cette constatation que le coût de production était plus élevé à la boulangerie municipale que dans les boulangeries privées (1).

Comment donc, dès lors, les consommateurs auraientils pu jouir d’un prix de vente inférieur à celui de lindustrie privée alors que le municipe produisait à un prix plus élevé que les particuliers ?

Nos évaluations n’ont porté jusqu'ici que sur les prix du pain de deuxième qualité, et si nous regardons un peu ceux de la troisième, nous serons amenés plus encore à douter de tout avantage financier pour le consommateur.

En effet, les prix de ce pain étaient maintenus bas,

par parti pris, comme cela arriva d’ailleurs quelques

(1) Voir Le prix de revtent, p. 82.

ee

fois aussi pour les autres qualités. C’est ainsi qu'en janvier 1903, sous prétexte d'éviter des troubles qui s'étaients produits l’année précédente à la même époque, el malgré une élévation des prix du grain, le pro-syndic avait donné l'ordre de ne pas relever Les prix du pain, el il en était résulté une perte qu'il évalue lui-même à 27.653 L. (1).

De mème, dans un article de Corrière de seplembre 1904, il avoue qu'à cette époque où le grain avait été un peu augmenté, il avait fait réduire le prix du pain de troisième qualité de 0.24 à 0.22 « dans le but de favoriser les consommateurs les moins heureux ».

Dans une lettre adressée à la Commission d'enquête, le directeur B... disait que, «pour parer aux rigueurs de l'hiver, saison dans laquelle notre principal souci est de veiller aux besoins des classes pauvres », il avait pris sur lui de fabriquer un pain de troisième qualité, meilleur qu'auparavaat, et qu'ilen résulterait peut-être une perte dont il croyait devoir avertir la commission (2); celle-ci n'indiqua pas d’ailleurs le chiffre de cette perte.

C'était évidemment un souci généreux que de vouloir favoriser la classe pauvre: 1l eût fallu que ce ne fût pas au détriment des autres classes, n1 surtout de

l'intérèt général de la cité. Et nous ne pouvons que

(l) Corrière di Catania, 14 septembre 1904.

(2) Enquête, p. 61.

ce Dre

constater que c'était Ià une forme de protection des classes bien dangereuse puisqu'elle tendait à la ruine des finances communales.

Pour apprécier les prix de vente de la boulangerie municipale, nous trouvons, à partir du 1° juillet 1904, un terme de comparaison plus exact que les précédents ; ce sont les prix établis par la boulangerie coopérative. Or, bien qu'elle ne fût pas organisée avec des procédés aussi rationnels et perfectionnés que la boulangerie municipale, la boulangerie coopérative à pu, sans interruption, vendre le pain à un prix toujours inférieur de 0.02 au moins, au prix de sa rivale : la différence alla parfois jusqu'à 0.05 et 0.06. Et cependant dès la première année, elle réalisait des bénéfices.

Voici les prix respectifs des deux boulangeries pour

la première quinzaine de septembre 1904 :

1re qualité. 2e qualité. 3° qualité.

Municipale. 2er 0 40 0 30 0 22 Coopérative . . . . 038 60927 0 20

Le jour de la fermeture ils étaient les suivants :

ire qualité. 2e qualité. 3e qualité.

Municipale 2e 2. * 0 40 0 32 0 20 CONDÉTAINEN "À 0 35 0 26 0 18

Enfin nous pouvons trouver encore un autre terme de comparaison, ce sont les prix du pain dans les autres

villes de Sicile ou à Naples.

ne des

Le tableau suivant est calculé sur les prix de la première quinzaine de septembre 1904.

Jr qualité. 2° qualité. 3° qualité.

RE SE ENT EPS ELU TRE 0 40 0 30 0 22 SNTOCUSO ET AN CALE, » 0 32 0 20 MESSE M RER Le 036-0510 006 Palerme (boulangeries privées) . 0 38 0 34 0 26 Palerme (boulangerie municipale) 0 36 0 32 0 22 NA DIS SA En te EN 0 40 0 35 0 30

La comparaison avec la boulangerie municipale de Palerme est partièulièrement intéressante ; s'il est vrai qu’en septembre 1904, elle vendait le pain aux mêmes prix que celle de Catane, il faut remarquer qu'en 1905 tandis que celle-ci avait maintenu ses prix, celle-là les avait abaissés et vendait le pain 0,30, 0.26 et 0,20, et de plus, réalisait la même année 1905, un bénéfice de 12.000 1. La boulangerie de Palerme, il est vrai, possède un moulin ; sa création a précédé celle de la boulangerie et de ce fait, les conditions d’achat des farines sont plus avantageuses pour elle qu'à Catane.

Une dernière question reste à examiner : quels allaïentêtre les prix des boulangeries privées lors de leur réouverture ? Là encore nous pouvons {rouver un terme de comparaison, étant donné surtout que les conditions de fabrication ne varièrent pas à cette époque et qu'aucune cause extérieure ne vint alors agir sur les prix.

Or les prix établis par les patrons boulangers furent les mêmes que les anciens prix de la boulangerie municipale : 0.40 pour la première qualité ; 0.32 pour la

Tous

seconde; 0.22 pour la troisième (1). Un règlement du 15 mars 1907 ordonnait bien aux boulangers de réduire ces prix à 0.36, 0.30 et 0.20, mais les patrons protestèrent et craignant des troubies à la veille de l’arrivée du roi qui devait venir en avril, le municipe ne voulut pas recommencer la lutte et eéda : le 16 mars, le règlement du 15 était abrogé et les prix antérieurs établis. Il parait qu’un nouveau règlement doit venir prochainement rouvrir les hostilités entre la municipahté et les patrons boulangers, mais au 1° juin 1907 nous n’en avons pas encore entendu parler.

Toutes ces comparaisons aboutissent donc à ce résultat que la municipalisation ne semble guère avoir sensiblement abaissé le prix de vente du pain, car la baisse que l’on constate à celte époque aurait pu se produire sans elle. À supposer même quelle eût amené ce résultat, il resterait encore à prouver qu'il n’est pas dû plutôt qu'au fait de la municipalisation, au régime même de la grande industrie. On est en droit de croire que, du fait seul de l'introduction des procédés de la grande industrie, du développement du machinisme, et des procédés plus rationnels de fabrication, on aurait pu arriver, sans la municipalisation, à cé résultat.

Mais, d’autre part, l’introduction de ces procédés de la grande industrie n'est-elle pas le fait de la municipalisation ?

(1) Sicilia, 23 août 1906.

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Nous ne songeons nullement à contester ce mérite à la municipalité dé Catane, et nous inclinons même à croire qu'en le faisant, elle a été seulement logique, puisque l’industrie privée, morcelée et sans ressources, s’en élait toujours montrée incapable. Cela. n'infirme d’ailleurs nullement les conclusions précédentes qui étaient celles de M. le ministre des finances, Schanzer : € Quant au prix, disait-il,.les résultats ne peuvent ètre reconnus satisfaisants, si on compare par exemple à Palerme, ville qui offre à peu près les mêmes conditions que Catane, où les prix du pain ont été en moyenne de quelques centimes de moins qu'à Catane. »

Dans ses observations à l’enquête, le pro-syndie prévoyait qu'après la construction du moulin, et la systémalisation de l’entreprise. les prix pourraient être abaïissés 80:25, 0.20,-0.15:

On sait que ces beaux projets ne furent pas réalisés, et qu'au lieu de cela, l’année 1906 vint offrir aux consommateurs et aux contribuables une terrible note à

payer.

Le prix de revient.

€ Vendre au prix de revient les objets de première nécessité : tel est selon moile but de la municipalisation, » disait le pro-syndic. Et évidemment, s'il est nécessaire pour un particulier de réaliser un bénéfice, résultat de

la différence entre le prix de vente et le prix de revient.

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on comprend qu'il n’en est pas de même pour une ville qui peut vendre le produit au prix même de revient, et que de ce fait une entreprise municipale se trouve en élat de supériorité sur les entreprises privées. Encore faut-il cependant, que les prix de vente de l'entreprise municipale soient calculés de façon à couvrir les frais, et sinon à lui faire des bénéfices, du moins à lui permettre de ne pas être à charge à la commune.

Avant d'étudier cette queslion, nous dirons que le calcul de ce prix de revient nous à été fort difficile, à cause de l’imperfection et des lacunes de la comptabilité et des registres de l’entreprise de Catane.

Les commissaires chargés d'établir l'enquête de 1904 ne purent eux-mêmes mener à bien leur travail ; ils furent obligés de renoncer à établir le prix de revient pour les trois qualités et d'élablir seulement un prix de revient unitaire moyen pour la période qu'ils éludiaient, octobre 1902 à juillet 1904, sans distinction de quatité. Ils constataient que le prix de revient d’un quintal de pain avait été de 7 L. 134, dont 3 L. 437 pour la maind'œuvre, 21. 210 pour la revente et 1 1. 487 pour autres frais (1).

Il$ avaient ainsi établi leurs calculs :

(1) Enquête 1904. p. 64.

Un tes

| Farines . . . . 24066 | Ingrédients divers. 0 059

Combustibleethuile 0 518

Éclairage et force soit 28125 motrice. . . . 0.129 |

Main d'œuvre. .3457

Salaires au personnel technique. . 0 O0

Eléments directs

Intérêt du capitalde .

4er établissement 0 033

Éléments ; :

Amortissement et soit 0 49 complémentaires | EUTÉ RES 2.50 089 Dépenses diverses . - 0 368 Dépenses de distribution et vente du pain. . . 2 46

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